HOUILLE BLANCHE ET HOUILLE NOIRE
taines régions, le prix du combustible minéral, en élevant la valeur de l'électwcité hydraulique, en grossissant les bénéfices des usines, elle donna à la houille blanche l'élan définitif. De son côté, la houille noire se défendait. Ses partisans faisaient maintes réserves sur l'avenir de l'énergie hydroélectrique. Ainsi s'engageait une polémique. Elle n'est pas près d'être close.
Il ne nous appartient pas d'apprécier la valeur des arguments techniques apportés, dans ce débat, par les partisans et les adversaires de la houille blanche et de la houille noire. Nous croyons que le problème de leur valeur comparée ne comporte pas de solution générale et unique. L'abondance, le rendement, la facilité d'emploi des deux sources d'énergie sont des données qui varient d'une région à l'autre. Et c'est en se plaçant sur le terrain géographique que l'on a le plus de chances de pouvoir juger équitablement dans quelle mesure elles font pencher la balance en faveur de l'une ou de l'autre des deux sources d'énergie.
Quelle est, d'abord, la plus abondante des deux ? S'il s'agit de l'énergie aménagée et utilisée, la plus abondante est, sans contestation possible, celle que fournit le charbon de mine, exploité intensivement depuis 150 ans, alors que la houille blanche est une nouvelle venue. Avant la guerre, la production mondiale du charbon de mine s'élevait à 1200 ou 1400 millions de tonnes. Or l'ensemble des usines hydroélectriques actuellement aménagées fournit environ 12 millions de HP moyens, soit 104 milliards de HP heure par an. Si l'on admet qu'l cheval-heure électrique fait le même travail qu'l kilogramme de charbon, (ce qui est un minimum) on obtient, comme énergie équivalente des usines aménagées, 104 000 000 tonnes de charbon consommées annuellement. L'énergie moyenne de toutes les chutes d'eau actuellement aménagées représente donc
à peine le douzième de l'énergie produite par le charbon, ce qui est très peu.
Si, maintenant, l'on considère l'énergie disponible, la situation n'est plus la même. Il est vrai que nous manquons encore de données précises sur les ressources mondiales en houille blanche. Seuls un très petit nombre de pays, en Europe et en Amérique, ont fait l'inventaire de leurs forces hydrauliques. Encore leurs évaluations sont-elles provisoires. Cependant, elles permettent de se faire une idée à peu près suffisante des richesses communes. Si l'on totalise, en effet, l'énergie disponible aux Etats-Unis, au Canada, en France, dans les pays Scandinaves, en Italie, en Suisse et en Espagne (v. tableau 1), on atteint un contingent d'énergie de 138 millions de HP moyens, l'équivalent de 1200 millions de tonnes, presque la production houillère totale du globe.
Or d'immenses régions restent en dehors de cette évaluation, une grande partie de l'Europe, toute l'Amérique du Sud, l'Asie et l'Afrique entière avec les régions équatoriales et les pays à mousson. Il est vrai que nous n'exploitons pas encore et même que nous ne connaissons pas toutes nos richesses charbonnières, et qu'elles pourraient nous donner beaucoup plus qu'elles ne nous donnent. Mais il est vrai aussi qu'en les exploitant, l'homme les épuise, tandis que la houille blanche est une source d'énergie constamment renouvelée et pratiquement inépuisable.
Ainsi il n'est aucunement aventuré de dire que si l'homme aménageait un jour toutes les forces hydrauliques disponibles à la surface du globe, il obtiendrait une somme d'énergie supérieure à celle qu'il obtient actuellement de ses mines de charbon. Seulement la répartition de chacune des deux sources d'énergie varie avec les diverses régions du globe. Il est des régions
-HOUILLE BLANCHE ET HOtllbLE NOIRE 201
qui sont du domaine de la houille noire et d'autres du domaine de la houille blanche.
La même conclusion s'impose en ce qui concerne le prix respectif de l'une et de l'autre. Tout le monde sait que le rendement utile d'une machine à vapeur est extrêmement faible. Dans certains générateurs, le gaspillage de force varie entre 80 et 90 pour iOO. Avec un moteur d'un rendement moyen, on estime que, pour obtenir une énergie d'un che»al-heure, il faut I kilogramme ou I kg. 500 de charbon. En supposant que le charbon d'industrie coûte 40 francs la tonne (prix d'avant -guerre), le cheval-heure reviendrait sur place à fr. 04 ou fr. 06, prix minimum. Le plus souvent, il s'élevait à fr. 10, fr. 12. Or le pris de revient du courant électrique pris aux bornes des alternateurs dans les usines hydroélectriques (non dans les usines thermiques] dépassait rarement fr. 04 le cheval-heure et s'abaissait fréquemment à fr. 01. En France, le prix de revient du cheval-heure électrique était quatre ou cinq fois plus faible que le prix du cheval-heure vapeur.
Ainsi on pouvait, dans les années qui ont précédé la guerre, considérer l'énergie hydroélectrique comme moins coûteuse que l'énergie produite par les moteurs thermiques. Mais ce n'était vrai que pour les oavs riches en chutes d'eau et pauvres en charbon oi au moins, pour ceux qui possédaient concurremmi deux sources d'énergie. Encore, l'écart entre prix respectifs variait-î! avec les régions et av moments. Suivant que le charbon était plus ou facile à extraire ou à transporter, ou, inversemen vaut que l'on se rapprochait des régions de d'eau ou que l'on s'en éloignait, suivant que le p construction des usines et l'aménagement des n s'élevait ou s'abaissait, la turbine hydraulique
portait sur la machine à vapeur, ou était e£Bcacement concurrencée par elle. Ainsi la valeur respective de la houille blanche et de la houille noire, comme leur abondance, variait d'une région à Tautre.
Il nous reste à considérer la question du transport des deux forces. Les partisans de la houille blanche considèrent que, sur ce terrain, tout au moins, le combustible minéral ne peut entrer en concurrence avec sa rivale, dont la facilité d# transport est le plus essentiel avantage. Cependant, ici encore, il faut s'entendre.
Quand la houilje blanche a fait son apparition dans le monde, on a été surtout frappé par sa mobilité, par la faculté que l'énergie hydroélectrique possède d'être transportée à distance. Mais c'est là un avantage qu'elle possède sur la force hydraulique directement exploitée, sur l'énergie fournie par les vieilles usines à roues ou à turbines, non sur le charbon. En réalité, si l'énergie hydroélectrique se transporte plus aisément que la houille, elle va beaucoup moins loin que celle-ci, et, le plus souvent, elle est utilisée dans le voisinage immédiat des chutes d'eau ou à faible distance. Elle a, il est vrai, sur le combustible minéral, un avantage très précieux : la facilité avec laquelle on la divise et on la détaille. Mais on conviendra que cette qualité-là n'est pas l'apanage exclusif de l'électricité hydraulique et qu'elle lui est commune avec le courant électrique venu des usines thermiques. Trop souvent, on confond « houille blanche » et « énergie électrique ». Et il en résulte, dans les comparaisons que l'on fait, des conclusions injustifiées. L'énergie concurrente du charbon, ce n'est pas le courant électrique, mais l'énergie hydroélectrique. Et celle-là n'est pas d'un transport plus facile que le combustible minéral, tout au contraire. Des deux sources d'énergie, l'une est sédentaire, terrienne, autochtone : c'est, à rencontre d'une opinion trop répandue, la