‹ La houilleChapitre 19 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Usages (le la Iienzine. — Dégraissage. — Sa transformation en nilro-benzinc ou en essence de mirbane. — La Parfumerie.— La Conli série.

C'est à l'illustre Faraday, un des plus grands savants de l'Angleterre, que revient l'honneur d'avoir signalé la benzine, dont Thistoire allait prendre dans la suite une si grande importance ; la première fabrication industrielle de cette précieuse substance est due à Pelouze. C'est en 1856 qu'elle prit naissance dans la parfumerie de M. Mailly, et elle se fabriqua plus tard à Champerret, dans une usine dirigée par Collas. Aujourd'hui elle se prépare en grand dans un grand nombre d'usines, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, dans tous les pays civilisés qui dislillentla houille.

La benzine ou benzol est un liquide incolore, limpide et mobile, doué d'une odeur éthérée quand il est pur, et d'une odeur peu agréable quand il

, mélangé à divers carbures , , comme l'huile [ère directement extraite du goudron de houille, benzine entre en ébuUition à 86® ; quand on la Toidit à la température de la glace fondante, e se fige en une masse cristalline blanche et msparente. Elle brûle avec une flamme fuligîuse très-éclairante.

La benzine dissout très-bien le soufre et le phosore;-elle dissout aussi les corps gras, la cire, résine, les goudrons, les peintures, et on l'em- 3ie maintenant avec un très-grand succès dans xt du dégraissage. Elle offre l'immense avance de pouvoir être appliquée sur les éloffes les us précieuses, sans détériorer leurs couleurs, ns nuire à leur lustre.

C'est tout un art que celui du dégraisseur; car il ut étudier la nature de la tache pour trouver son âsolvant, examiner l'étoffe pour ne pas la déterrer ; mais il est certaines substances comme la nzine que l'on peut employer presque toujours ipunément, et la houille vient encore fournir n concours dans ces manipulations délicates.

Quand on fait agir l'acide nitrique fumant sur benzine, il se dégage des torrents de vapeurs tilantes, et le liquide ne tarde pas à se séparer deux couches distinctes, dont l'une est le nitroinzine. C'est un corps huileux doué d'une odeur omatique exquise qui rappelle le parfum des

amandes amères, et qui est aujourd'hui en en ^'rande quantité pour parfumer les saYOi pommades et mùme les bonbons.

N'avi'2-vous pas vu quelques marcham veiidi'nt des savons au goudron^ et ne \ou!

vmiis pas demandé si celte qualiGcationnét dm* à une imagination amoureuse du cl nisiiie? Rien n'est plus vrai cependant qi dési^'natiun, et Tinfecte benzine, sous le j réactions cliimiques, donne un parfum véi

Aujourd*luii la passion des parfums ne i ble plus à ce qu'elle était dans les temps a et nous ne recherchons plus les odeurs < saient aulrefois les délices de l'Arabie, de et de Rome. Nous savons toutefois appréci odeur a^^ivable de Tessence de mirba nous fournit le goudron de houille, d'aut; que son prix est très-modéré, et qu'il csl celui de Tanlique essence de nard qui, empereurs romains, se payait au poids d ce que disent les auteurs latins.

Ce n'est pas d'hier que les parfums mode, et la lecture des documents ancic prouve môme que depuis des siècles Tu* matières odoriférantes a singulièrement d Les dames égyptiennes portaient sur elles cieux sachets de gomnies-résincs fort aroni et Homère nous rapporte que, lorsque les i l'Olympe favorisaient d'une visite un i

mortel, ils laissaient sur leur passage une odeur d'ambroisie très-pénétrante, signe certain de leur nature divine. — Le même auteur nous apprend que les Grecs enfermaient leurs habits dans des coffres odoranis, et que pendant leurs repas des cassolettes versaient dans l'atmosphère des vapeurs embaumées. A-t-on oublié que le sage Solori blâmait ce raffinement efféminé et qu'il défendait aux Athéniens de se servir de parfums ? Ne se rappellet-on pas que ce luxe fut encore proscrit à Lacédémone? A une autre époque, Socrate ne dut-il pas aussi blâmer l'emploi des aromates? 11 s'écrie avec indignation : « L'esclave et l'homme libre ont la même odeur, quand ils sont parfumés ! »

A quels excès de parfumerie ne se livrèrent pas aussi les Romains, qui employaient avec profusion les essences pour inonder leurs l)ains, leurs chambres ; ils en mêlaient au vin, ils en répandaient sur la tète de leurs convives, et versaient une pluie d'eaji de senteur dans leurs amphithéâtres*.

L'usage des parfums semble ne s'être jamais complètement perdu ; car, plus tard, Grégoire de Tours nous parle de l'art avec lequel Clotilde , Brunehaut et Galsuinte relevaient l'éclat de leur beauté à l'aide d'essences végétales. Mathieu de Coucy rapporte que, dans un repas donné parPhi-

* Gallus, Tibullc, Horace

2U ' UHQiniU.

lipppe ie Bon au due de Bourgogne, des foi versaient des torrents d'eau de rose. — Les mistes au moyen âge vendaient des senteurs, les historiens prétendent que e'e5t|[râce à TeiBi de cosmétiques préparés par Paracelse que de Poitiers conserva ses charmes jusqu'à la lesse;

L'amande amére, qu'imite si bien la nii zine du goudron de houille, parait avoir élé i duite en France sous Louis XDI, etla pftte d'amaiiei fut employée par Anne d'Autriche et plus tard Ninon de Lenclos ^ C'est là une odeur plus que les parfums en faveur chei les andens, peu après nous voyons s'épurer le goût des sA^ stances aromatiques. Aujourd'hui la vaniUe, h violette, Famande amère ont remplacé la rose, k musc et les senteurs fortes, pénétrantes, énefvantes que préféraient les civilisations antérieures.

L'huile artificielle d'amandes améres ou nitrobenzine, dont Tusage en parfumerie s'étend de jour en jour, a été découverte par Mitscherlich en 1854, et à cette époque on ne soupçonnait guère qu'à rExposilion de Londres de 1851 on verrait paraître en abondance les premiers savons à b nitro-benzine ; on soupçonnait encore moins que cette odeur agréable pouvait être obtenue par la

' Voyez Jean Leclaut : quatre livres de secrets de médecine. Rouen, 1028.

U ÏXESnSE ET SES DÉRPTÉS. âlo

simple action de l'acide nitrique sur la benzine que l'on extrait du goudron de houille. Mais, quelque étranges que soient ces modifications, elles ne représentent pas les plus surprenants prodiges des métamorphoses du résidu noir de Fusine à gaz.

Le gourmet qui aime les confiseries peut aussi savourer le goudron de houille sous la l'orme de nitro-benzine ; mais il ne se doule pas qu'il le mange encore sous d'autres déguisements bien plus subtils.

C'est ainsi que l'acétate d'oxyde d'amyle, que Ton peut préparer par des voies détournées à l'aide du goudron, donne une excellente odeur de poires aux compotes qui ont été préparées avec des fruits de qualités inférieures ; Téther butyrique, le valériate d'oxyde d'amyle ont la môme origine : le premier produit est doué d'une odeur exquise d'ananas, et il peut servir à fabriquer des sorbets à l'ananas dans lesquels le fruit des tropiques ne joue aucun rôle ; le second a Todeur de la pomme. Les bonbons anglais qui ont le parfum exquis de la poire, de la Tpomme et de l'ananas, sont ainsi fabriqués avec des substances voisines de la benzine et dérivées comme elle du charbon fossile. Le confiseur se sert fréquemment de ces essences dérivées de la houille, et on peut le voir, dans ses laboratoires, verser ses éthers aromatiques sur les sucreries qu'il parfume (fig. 56).

Encore un pas, et Tinduslrie prendra possession de celte importante réaction théorique. Le jour n'est peut-être pas- loin où ce ne sera ni la . canne à sucre ni la belterave qui nous fourniront Tespril-de-vin ; on le tirera du détritus noir des forêts antédiluviennes.

Nul n'est en droit aujourd'hui de s'étonner à ridée d'une telle métamorphose. La chimie ne sait-elle pas extraire de Targile ce métal sonore, brillant et léger, qu'on appelle l'aluminium, n'accomplit-elle pas tous les jours sous nos yeux des changements à vue , tout aussi merveilleux, tout aussi incroyables?

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