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CHAPITRE XVI

La' houille transformée en or. — La métallurgie. — Le charbon fossile, les chemins de fer et les bateaux à vapeur. — L'éloquence de la statistique. — Épuisement de nos mines de houille. — Que feront nos descendants ?

Nous avons vu que la production annuelle; de la houille, dans le monde entier, pouvait s'évaluer à 200 millions de tonnes. Que ne produisent pas ces 200 millions de tonnes en chaleur, c'est-à-dire en force motrice; en gaz de l'éclairage, c'est-à-dire en lumière, en sels ammoniacaux et en matières d'une valeur considérable? Ces 200 millions de tonnes de houille produisent 6 millions de tonnes de goudron de houille ; ce seul résidu pourrait servir à fabriquer 600,000 kilogrammes de violet ou d'aniline, représentant une somme de 30 millions de francs. N'est-il pas permis de dire que l'industrie transforme la houille en espèces sonnantes, et qu'elle la métamorphose en richesses inestimables?

La vapeur est aujourd'hui la principale source

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(le travail do la civilisation; or la houille est le combustible qui, au plus bas prix de revient, donne la plus grande quantité de vapeur. — Chaque jour au^'inente le nombre des machines animées par le charbon de terre, chaque jour donc aussi s'accroît rimportance du noir minéral. En 1850, il y avait en France 6,852 machines; en 1863, le nombre s'en élevait à 22,516, représentant une force de 61 7,820 chevaux-vapeur, ou de 1 ,855,670 chevaux de trait, ou encore de 12,975,690 hommes de peine, c'est-à-dire supérieure à celle de tous les hommes en élatde travailler, qui existent dans le pays * !

Le charbon fossile fait la force des nations puisqu'il est la base de la métallurgie sans laquelle il n'est pas possible de mettre au jour des outils, des machines ou des armes. Dans la guerre meurtrière d'Amérique, dont on a pu suivre pas à pas toutes les péripéties, si le Nord a triomphé du Sud, c'est que le Nord a la houille et les forges, (|ui lui ont assuré sa prépondérance sur une nation presque exclusivement agricole. Le matériel perfeclionné des forges de la Prusse a également assuré à ce pays des victoires faciles contre le Danemark et contre l'Autriche.

Sans houille, il n'y a pas de fer, car c'est le charbon qui réduit le minerai dans le haut four-

* Happort de M. Armand Béhicà l'Empereur.

neau ; or, sans fer il n'y a pas de grande nation. Le fer, c'est la locomotive, c'est le rail où elle glisse, c'est la machine qui agit dans les manufactures.

D'après les derniers recensements du ministère des travaux publics, la France compte aujourd'hui 22,000 kilomètres de chemin de fer; les 4,500 locomotives qui y circulent nuit et jour se nourrissent, en vingt-quatre heures, de près de 4,000 tonnes de houille, coke ou agglomérés ! C'est une consommation annuelle de plus de 1 million de tonnes, qui est appelée à progresser de jour en jour ! Ces rails de fer, ces locomotives, n'ont pu être produites qu'avec le concours de la houille elle-même, qui a réduit le minerai de fer dans le haut fourneau. A quels chiffres fabuleux n'arriverail-on pas, si on calculait le poids de charbon de terre qui a servi à fabriquer tout le matériel de fer des chemins de for du monde entier.

Sur les continents, la prospérité et la richesse dues à la houille sont prodigieuses; au milieu des mers, elles ne sont pas moins étonnantes. Le noir combustible anime le bateau à vapeur et sert à fabriquer ses cuirasses de fer, ses machines et ses éperons d'acier.

La marine militaire exige un approvisionnement annuel de 160,000 tonnes de houilles françaises. Nos porls de la Manche et de l'Océan s'emplissent chaque jour de plus nombreux bateaux à vapeur, qui concourent aux besoins du commerce, et qui

acbëtrat à l'Angleterre p] de houille par an. '

«.Les coques en tdie chaque jour, subordonn aux industries minière coque du Great-Eastem ] ea fer, et représente uae tonnes de houille. Un vt jourd'hui pourvu d'une chevaux, d'une cuirasse centimètres d'épaisseur, en fonte ou en acier, d'un Ce vaisseau a eiîgé 25 à pour sa construction ; il t à 70 tonnes par jour. S; exigent des quantités de son action, lorsqu'illance projecliies, se formule < consommation '. »

Toute machine de fer est produite par la houille et se nourrit de houille; pour faire comprendre la. véritable puissance industrielle du charbon fossile^ quel plus bel exemple à trouver que celle étonnante machine du Great-Eastem, un des prodiges de la mécanique moderne! Les deux arbres des roues à aube de ce nnvire formidable sont composés chacun d'un seul morceau de fer forgé qui

* Amédée Bant. ht Himillèra de Fnmct.

pèse 11,000 kilogrammes! Chacun des quatre cylindres pèse 36,000 kilogrammes, en y comprenant toutes les pièces qui s*y rattachent. Dans la figure 66, nous avons placé le spectateur sur le banc de quart d'un officier mécanicien ; il peut voir en mouvement les quatre machines destinées à faire fonctionner les roues à aube. Les cvlindres gigantesques de ces machines ont presque deux mètres de diamèlre, et le nombre des coups de piston est de quatorze par minute. En poussant la vapeur, on arrive à donner à ces organes une force de 500 chevaux. Quel spectacle merveilleux que de voir fonctionner ces pièces énormes au milieu de rOcéan ! quelle puissance et quelle grandeur dans ce mécanisme !... Tout cela doit sa force à la houille, et a été produit par la houille !

Cessant de diriger nos regards sur ces grandes industries, nous voyons toutes les manufactures exiger des machines et, par conséquent de la houille; nous voyons l'éclairage et le chauffage en consommer des quantités toujours croissantes.

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