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La Huronne

Quand même vous n'auriez pas consacré au Canada quelques-unes de ces belles et poétiques pages dont on ne trouve l'inspiration que dans un cœur animé de nobles sentiments, je me ferais, madame et excellente amie, un charmant devoir de vous offrir ce volume à vous tant aimée et admirée par delà l'Atlantique, et à qui l'institut canadien de Montréal a, dans une de ses plus mémorables séances, offert un si précieux témoignage de sa haute distinction.

H. Emile Chevalier.

Château de Maulnes, 1er juin 1831.

'Les dissensions intestines dont aujourd'hui PÂménque septentrionale est le théâtre appellent vivement sur cet hémisphère les regards du monde entier.

Quel que soit le résultat de la lutte engagée entre le Nord et le Sud, nul doute que les effets ne s'en fassent ressentir sur le vieux continent européen.

Écrire en ce moment un livre, et un livre aussi attachant que consciencieusement étudié sur l'Amérique du Nord, était une saine et opportune idée.

M. H. Emile Chevalier l'a pensé comme moi, et il s'est mis courageusement à l'œuvre.

Si je ne me trompe, le public lui en saura un juste gré. « Grande réussite oblige, du reste. »

Le succès incontestable et mérité de son dernier rom an, les Pieds-noirs, lui faisait une loi de ne pas laisser sans successeur un volume accueilli avec une aussi éclalante faveur !. Mais M. Chevalier a compris, en outre, qu'après avoir attiré l'attention sur les forêts canadiennes et sur quelques types indigènes rendus attrayants par leur excentricité même, il serait bien à lui de donner à ses lecteurs une connaissance mathématiquement exacte des lieux où sont éclos les événements qui serviront de thème à ses ouvrages futurs.

Voila pourquoi il a créé la Huronne.

Voilà pourquoi il a pris plaisir à faire défiler devant nous le panorama des deux mille lieues qui séparent le fleuve Saint-Laurent de l'île Vancouver.

Ses premiers chapitres portent l'empreinte du long séjour qu'il a fait au Canada. Ils nous initient d'abord aux coutumes de ceux qui se considèrent encore avec orgueil comme les descendants des hommes intrépides par lesquels le glorieux nom de Français fut implanté dans ces contrées, lointaines alors, et dont quelques tours de la roue d'un steamer nous séparent à peine aujourd'hui.

La mémoire de Jacques Cartier n'est point éteinte dans les cœurs qui battent sur les bords du Saint-Laurent.

Si, en 1759, l'Angleterre réussit, par le droit de la

1 Plusieurs éditions en six mois. Note de l'éditeur.

force, mais surtout par l'astuce et la ruse, à englober dans ses possessions la plus riche de nos anciennes colonies, les Canadiens se regardent toujours de fait comme Français. Leurs locutions populaires si bien reproduites par M. Chevalier le démontrent évidemment.

Le jour où ils verraient exaucer leur vœu le plus ardent, serait celui où ils pourraient, de nouveau, faire flotter sur leurs têtes le pavillon sacré de leur mère patrie.

On en trouvera la preuve éloquente dans les pages de la Huronne.

Et, d'ailleurs, qui n'a entendu parler, qui ne se souvient avec tristesse des valeureux et héroïques, mais inutiles efforts, tentés en 1837 et 1838 par les nobles champions de l'émancipation canadienne ? Combien de ces petits-fils de la France ont perdu la vie en voulant secouer le joug de l'Angleterre ! l'Angleterre que la France a toujours trouvée , et trouvera toujours , prête à profiter de ses moindres fautes et de son inexpérience en fait de colo* nisation.

Parcourez la Huronne , et vous serez complètement édifiés sur les causes malheureuses qui ont amené pour nous la perte de territoires immenses, d'où la Grande- Bretagne tire chaque année une notable partie de ses meilleurs revenus.

En lisant les passages qui ont trait à la vie de bohème au Canada, on sent que l'auteur a dû s'identifier avec

elle, et on lui pardonne facilement de s'être quelque peu étendu sur ce sujet ; tant il est vrai qu'un romancier ne saurait jamais trop rester fidèle aux modèles qui ont posé devant lui.

Mais passons à ce qui donne une importance réelle cet ouvrage. Certes, ce n'est pas à l'aide de coups de dictionnaire géographique, et de l'imagination la plus heureusement douée, que l'on parvient à peindre de pareils tableaux.

Chaque trait esquissé porte l'empreinte de la vérité. Comment pourrait-il en être autrement?

M. Emile Chevalier a employé sa meilleure jeunesse à étudier les divers pays dont les souvenirs alimenteront désormais sa plume féconde et laborieuse.

Pendant plusieurs années, il a vécu de la vie du désert, côte à côte avec les enfants de la nature. Les scènes qu'il décrit lui étaient devenues familières; il a figuré en personne dans la plupart des épisodes qu'il a livrés ou livrera à la publicité.

Ce nouveau volume contient le récit éminemment dramatique d'un voyage de deux mille lieues à travers les solitudes de l'Amérique septentrionale, et à propos duquel jl nous faut détruire une erreur très-grave et malheureusement fort accréditée : on se figure que beaucoup de Français ont parcouru ou parcourent encore les immenses

possessions des Compagnies de la baie cTIludsun et d.i Nord-Ouest.

C'est un tort.

Le nombre des Français ayant dépassé les Grands Lacs est si restreint, qu'il serait facile d'en citer les noms.

L'auteur de la Huronne nous en donne la raison.

Indépendamment de l'attrait littéraire de l'œuvre, où l'intérêt palpite à chaque pas, le lecteur pourra puiser dans son livre des connaissances géographiques d'une exactitude rigoureuse.

Quant aux us et coutumes des Canadiens et des Indiens, il est facile de voir qu'ils ont été calqués sur place ; j'en dirai autant de ce qui a rapport aux sociétés secrètes du Canada.

M. Chevalier a fait partie de la Commission géologique anglaise, dont les travaux ont été si dignement appréciés lors de la grande Exposition parisienne de 1855.

Attaché à la rédaction de plusieurs journaux américains, tels que le Courrier des Etats-Unis, le Pays, etc., etc., et rédacteur en chef propriétaire de la Ruche littéraire de Montréal, personne, mieux que lui, n'a été à même d'approfondir la question américaine, et en même temps d'étudier les différents types indigènes, indispensables à la continuation de la série de romans sur P Amérique, qu'il se propose de publier.

Encore quelques mots et je conclus.

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