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LÀ TRAITE DES PELLETERIES

Quelques années avant la funeste bataille des plaines d'Abraham, qui livra la Nouvelle-France aux Anglais, le gouverneur du Canada avait chargé M. de Bougainville, devenu plus tard si célèbre comme navigateur, de demander à la mère patrie des secours en hommes et en argent.

Mais la France était elle-même réduite aux abois. La fatale administration des courtisanes portait ses tristes fruits. Et le ministre répondit à Bougainville :

— Quand la maison brûle, voulez-vous qu'on songe à l'écurie?

— Parbleu ! répliqua le spirituel officier, on ne dira pas que Votre Excellence parle comme un cheval !

Le mot du ministre était aussi absurde qu'il était dur ; nnis il résumait l'opinion de la France, qui ne voyait dans ses colonies que des causes de frais inutiles. Il n'en était pas de même de l'Angle-

1 Outre mes souvenirs, j'ai emprunté à divers ouvrages anglais et français les détails de ce chapitre.

terre ; elle comprenait bien les avantages réels qu'elles offraient à une gestion habile. M. Collot Fa dit avec raison : « Lorsqu'à la paix qui suivit la guerre de 1757, si désastreuse pour la France, le cabinet de Versailles crut ou parut croire qu'en abandonnant le Canada à l'Angleterre il ne perdait qu'une possession sans utilité, un domaine sans revenus, un objet continuel de dépenses sans dédommagement, entin une source constante de guerres lointaines et dispendieuses, l'Angleterre en jugea bien différemment. Elle vit dans cette cession un moyen de plus d'alimenter les manufactures de sa métropole par les denrées tirées de ses propres colonies et d'augmenter ainsi les ressources de sa marine0 »

Bien dirigée, la traite des pelleteries seule eût pu compenser largement les sacrifices que la France faisait pour le Canada. Je ne parle pas de la pêche de la morue dont elle dota l'Europe, et qui aurait dû être pour elle une mine de richesses inépuisables.

Peu en faveur chez les anciens, les pelleteries devinrent une passion au moyen âge. Pour arrêter cette passion, les monarques décrétèrent des lois somptuaires. C'était jeter de l'huile sur le feu. La passion devint une fureur. En 1553, les Anglais formèrent à Londres la première compagnie de pelleteries. Les pays situés à l'ouest et au nord-ouest des monts Ourals furent le théâtre de son exploitation. Mais un caprice d'Elisabeth prohiba tout à coup l'importation des pelleteries étrangères, et, pour comble de disgrâce, la mode détrôna le goût des fourrures.

Il se raviva après la découverte du Canada par les Français.

Des pêcheurs qui visitèrent la côte d'Acadie rétablirent le commerce des pelleteries. Les gros bénéfices qu'il donna alléchèrent les spéculateurs ; ils fondèrent des comptoirs pour la traite et en demandèrent le monopole exclusif.

Un sieur Chauvin jouit le premier de ce monopole au commencement du dix septième siècle. Ensuite fut créée une compagnie dite des Cent- Associés à laquelle le roi abandonna à perpétuité la Nouvelle-France et la Floride, avec le droit de trafiquer pour toujours des « cuirs, peaux et pelleteries. » Richelieu en était le chef. Mais, comme elle manqua à ses engagements, ses pouvoirs lui furent retirés trente-six ans après sa formation, en 1663. L'année suivante, nouvelle compagnie. Elle prend le nom de Corn*

pagnie des Indes occidentales. Une gestion mauvaise la ruine bientôt.

Elle employait plus de cent navires. En 1674, elle tomba sous le poids d'une dette de 3, 523,000 fr. Louis XIV paya cotte dette, abolit la compagnie et afferma ses attributions à un appelé Ouliefte. La tyrannie de ce fermier exaspère les Canadiens, qui obtiennent qu'on lui enlève son privilège. D'autres commerçants et d'autres compignies n'eurent pas plus de succès jusqu'à la conquête du Canada. Cependant il avait été, certaines années, exporté des pelleteries pour au delà de deux millions !

Tandis que la France tirait des régions baignées par le Saint- Laurent et le Mississipi de précieux approvisionnements de pelleteries, les Anglais lui faisaient une rude concurrence. En 1610, un de leurs navigateurs, Henry Hudson, découvrait la vaste mer intérieure qui porte aujourd'hui son nom. En 1668, le fleuve Ruper, qui se jette dans cette mer, vit s'élever sur ses rives glacées le premier fort britannique. Un an après, organisation d'une compagnie puissante sous le nom de Compagnie de la baie d' Hudson. Elle fut instituée en vertu d'une charte à perpétuité, octroyée le 2 mai J669. Parmi ses actionnants, la compagnie comptait d'illustres personnages: le prince Ruper, premier gouverneur ; le duc d'York, le duc d'Albemarle, etc. Le capital social fut fixé à deux cent douze mille cinq francs, divisé en vingt-huit actions de deux mille cinq cent francs chacune. C'est à la sagesse de ses débuts que cette compagnie dut l'importance qu'elle acquit promptement, et qui n'a cessé de s'accroître jusqu'en 1859, terme de ses privilèges. Elle devait exécuter à ses frais des voyages de découvertes, et ses actions étaient transmissibles par droit de succession aux héritiers des fondateurs.

Le territoire soumis à sa juridiction était immense ; il embrassait plus d'un million de lieues carrées, mais n'était pas borné. Par le traité d'Utrecht, il fut convenu que des commissaires se réuniraient pour tracer au nord et à l'ouest les limites entre la baie d'Hudson et la Nouvelle-France. Rien ne prouve que cette clause ait été exécutée.

Insensiblement l'Angleterre nous dépouilla de nos colonies de l'Amérique septentrionale jusqu'au traité de la paix lionteusey signé à Paris, le 10 février 1763.

Alors, la Compagnie de la baie d'Hudson, demeurée sans concur-

rent, exerça un empire omnipotent sur la moitié au moins de l'Amérique septentrionale. Jusqu'en 1783, sa prospérité fut inouïe. A cette époque, les Canadiens firent à Montréal une association sous la dénomination de Compagnie du Nord-Ouest, avec autorisation d'exploiter les régions inconnues du Nouveau- Monde, baignées par la mer à l'ouest, et qui n'étaient pas comprises dans la charte de la Compagnie de la baie d'Hudson. Les chefs de cette compagnie furent MM. Benjamin Frobisher et Simon Mac-Tavish.

Ils réussirent au delà de leurs espérances. Mais la rivalité amena la guerre entre les deux compagnies, dont les partis de trappeurs ensanglantèrent plus d'une fois les prairies du nord-ouest.

Le parlement anglais ayant eu connaissance de ces déplorables collisions, réunit, en 1825, les deux compagnies en une seule, sous le nom de l'Honorable Compagnie de la baie d'Hudson, avec le privilège exclusif de commerce à l'ouest des montagnes Rocheuses. Les affaires contentieuses et criminelles qui peuvent surgir sur le territoire de la compagnie relèvent des cours de justice du Haut-Canada ; mais elles sont le plus souvent jugées sommairement par les agents de la Compagnie.

Son capital actuel s'élève à huit cent mille livres sterling, et les actions, dont la valeur nominale est toujours de cent livres, valent cependant plus du double. Les bénéfices annuels sont estimés à six millions de francs.

Je les crois plus considérables.

L'administration et l'inspection ont été confiées à un gouverneur général dont l'autorité est absolue. Ses appointements, y compris ses frais de route, s'élèvent à trois mille livres sterling. Il a pour le seconder trois agents spéciaux résidant dans les principaux cheflieux de la compagnie : ces chef-lieux sont Montréal, pour le Canada ; laiactorerie d'York, pour la baie d'Hudson proprement dite, et Vancouver,sur le rio Columbia. Chacun des agents reçoit un traitement de deux mille livres sterling ; au-dessous d'eux se trouvent vingt-trois surintendants de districts ou chefs-facteurs, sans rétribution fixe, mais ayant sur les bénéfices une part qui s'élève d'ordinaire à mille livres sterling. Au-dessous d'eux, on compte encore trente-cinq commis principaux, des officiers de santé, de simples commis, des surnuméraires et finalement des engagés.

Les engagés, généralement naturels de l'Ecosse ou Canadiens

sont enrôlés au service de la compagnie pour trois et cinq aus an, prix de trois cent soixante quinze à quatre cent vingt-cinq francs par an.

Tout ce personnel, composé de douze à quinze cents individus, est armé, discipliné, soumis à un régime sévère comme une armée. Souvent un acte d'insubordination est puni de mort. Mais il n'est pas vrai, comme Ta écrit le major Poussin, et comme l'ont reproduit plusieurs écrivains, que les chefs aient « droit de vie ou de mort sur tout individu qui ne se soumettrait pas aux règlements de la Compagnie. » Il n'est pas vrai non plus que l'esclavage soit régulièrement maintenu par la Compagnie, et que « chaque trappeur soit accompagné de deux ou trois esclaves. »

Les engagés, chargés de parcourir le pays en canots pour le transport des marchandises, sont désignés plus spécialement sous le nom de voyageurs. Ces engagés sont des Canadiens-Français, parmi lesquels on trouve quelques hommes de sang mêlé, appelés Bois-brûlés, et des Iroquois métis. Tous ceux qui sont pères de famille reçoivent individuellement, par semaine, dans l'hiver, huit saumons salés et huit mesures de pommes de terre; et, dans l'été, de la graisse et des légumes. Ils sont obligés de suppléer à l'insuffisance de ces vivres par le produit de la chasse et de la pêche. Ces hommes, braves jusqu'à l'audace, et audacieux jusqu'à l'imprudence, sont aussi connus sous le nom de coureurs des bois* Leur incomparable habileté dans la navigation des cours d'eau, leur gaieté proverbiale et leur insensibilité aux fatigues et aux privations leur ont conquis une réputation universelle.

« Ils ne se sentent, dit Washington-lrving, jamais plus heureux que quand ils sont lancés dans quelque longue et difficile entreprise, côtoyant lacs et rivières, campant la nuit sur leurs bords et bivouaquant à la belle étoile. Ce sont d'adroits bateliers; ils manient la pagaie et l'aviron avec autant de vigueur que de dextérité; ils rameront toute une journée sans faire entendre un seul murmure. D'ordinaire, celui qui tient le gouvernail entonne une vieille chanson française, avec un refrain régulier, que tout l'équipage répète en chœur, en marquant la mesure avec les rames. Quand, par hasard, ils sont découragés ou fatigues, il suffit qu'un d'entre eux fasse entendre un de ces refrains pour que tous se raniment et reprennent leur activité habituelle. Les lacs et les rivières du Canada sont fa-

miliarisés avec ces chants français, que leurs échos ont cent fois répétés et que les pères ont transmis à leurs enfants depuis les premiers jours de la colonisation. »

Outre ces vastes régions de la baie d'Hudson, la compagnie a des établissements dans les îles Sandwich et en Californie. Elle em ploie deux bâtiments à son trafic de la baie d'Hudson et cinq corvettes marchandes à celui de la côte du nord-ouest.

Les cargaisons de pelleteries qu'elle expédie chaque année sont considérables. En 1795, elle payait pour deux cent mille francs de droits d'entrée dans les ports de l'Angleterre, et les taxes sur les pelleteries sont faibles. En 1841, le navire Columbia a rapporté à Londres des fourrures pour treize cent mille francs.

Voici la quantité de pelleteries tirées des territoires delà Compagnie en 1833 34 :

Castors 1,074

Parchemins et jeunes castors, peaux. 98,988

Rats musqués. ...<,... 694,092

Blaireaux 1,069

Ours 7,451

Hermines 491

Pêcheurs 5,296

Renards rouges, blancs, argentés. . 9,937

Lynx* . . . . 0 . . . . 14,255

Martres. . , 64,490

Putois 25,100

Loutres . . 23,303

Ratons *.■-.. 713

Cygnes. ...... . . . 7,918

Loups. 8,484

Volverènes. . . . . . . , , 571

Dans ce tableau ne figurent pas les milliers de peaux de buffles qui sont exportées ou consommées sur le territoire même et dans les Canadas. Pour avoir un aperçu des gains que peut réaliser la Compagnie, il faut savoir que la peau de castor forme la base du système monétaire. Elle vaut de trente à quarante francs sur notre marché. Dans

les échanges que font avec les sauvages les agents de la Compagnie, les proportions sont à peu près comme suit :

Armes à feu. — 10 bonnes pe3ux de castor pour 1 seul fusil1. Poudre de chasse. — 1 castor pour 1/2 livre. Plomb de chasse. — 1 castor pour i livres. Haches. — 1 castor pour 1 grande et petite. Couteaux. — 1 castor pour 6 grands couteaux. Grains de verroterie. ' — 1 castor pour 1 livre. Habits galonnés. — 6 castors pour 1 seul. Habits sans galons. — 5 castors pour un seul. Tabac. — 1 castor pour 1 livre.

Boîtes a poudre en corne. — 1 castor pour 1 grande boîte et 2 petites.

Chaudrons. — 1 castor pour chaque livre pesant. Peignes et miroirs. — 2 peaux pour 1 peigne et 1 miroir.

On voit quels bénéfices monstrueux la Compagnie prélève sur les Indiens, indépendamment de ceux qu'elle retire de ses propres employés, à qui elle vend les objets nécessaires à leur équipement deux et trois cents pour cent plus cher quelle ne les paye à la fabrique. Ses agents font, de plus, frauduleusement, pour leur compte personnel, le commerce des liqueurs fortes, qui leur donne des profits incroyables. Je me rappelle avoir vu un Indien échanger contre une bouteille de whiskey, toute une charge de pelleterie, qui lui avait coûté plus de six mois à amasser; un autre donna, pour un coup de rhum, une peau de renard argenté valant au delà de cinq cents francs !

Cette traite est accompagnée de dangers de toute espèce. Encore aujourd'hui, certaines tribus sauvages exercent de terribles représailles sur les visages pâles. Le métier de traitant exige des qualités qui se trouvent rarement réunies dans le même individu. Il faut qu il ait un courage assez ferme pour se faire respecter des Indiens, dont la cruauté est connue; assez de sagacité pour savoir déjouer leurs ruses; assez de sang -froid pour se tirer d'affaires dans les

1 Les fusils que la Compagnie trafique ainsi valent environ 25 et 30 fr. sur le marché anglais.

circonstances les plus difficiles, et au milieu de gens que l'ivresse rend souvent furieux. Il faut en outre qu'il jouisse d'une santé à l'épreuve du froid le plus rude ; car dans les régions de l'Amérique voisines de la mer polaire, la température est telle que, durant certaines heures, les hommes les plus robustes ne peuvent y résister, et succombent après quelques mois de la vie la plus misérable. Pour se faire une idée du froid qui règne dans les environs de la baie d'Hudson, il faut lire ce qu'en dit l'historien du voyage exécuté en 1746, sur les bords de cette mer, par William Moor et Smith. La différence entre la température extérieure et celle des cabanes était si grande, que les plus vigoureux d'entre les Anglais s'évanouissaient en entrant dans leurs huttes, et restaient un certain temps sans connaissance. Si l'on ouvrait une porte ou une fenêtre, l'air, qui faisait aussitôt irruption, changeait en flocons de neige la vapeur concentrée dans la cabane. La sève des troncs d'arbres qui avaient servi à la construction de ces frêles demeures , gelant et dégelant tour à tour, les faisait craquer avec un bruit semblable à la détonation d'un arme à feu. L'esprit-de-vin prenait la consistance de la graisse. Les instruments les plus tranchants, les haches les mieux trempées se brisaient comme du verre, quand on essayait de s'en servir pour couper du bois. Lorsqu'une partie du corps était gelée, elle devenait dure et blanche; si on négligeait d'avoir recours aux remèdes ordinaires, tel que le frottement, la partie atteinte se gangrenait et c'en était fait du malade. Si l'on touchait du fer ou toute autre surface solide ou unie, les doigts y restaient attachés par la gelée. Si, en buvant de l'eau-de-vie, la langue ou les lèvres touchaient le verre, la peau y demeurait collée. Nous eûmes, dit Ellis, un exemple singulier dans un de nos matelots qui portait une bouteille d'eau-de-vie de la maison à sa tente : n'ayant pas de bouchon, il mit son doigt dans le goulot, et la gelée l'y fixa avec tant de force qu'il fut obligé d'en perdre une partie pour ne pas perdre l'autre.

Aux souffrances occasionnées par le froid, s'ajoutent, pour les chasseurs et les marchands de fourrures, celles que causent les privations les plus pénibles. L'interprète Long fait le tableau le plus lamentable de la situation des Jraitants sur les bords glacés du Canada, ils sont quelquefois réduits à se nourrir pendant plusieurs jours, d'une herbe spongieuse connue parmi les Canadiens sous le

nom de tripe de roche, et qui occasionne non-seulement de vives douleurs d'entrailles, mais encore assez souvent des vomissements et de dangereuses hémorrhagies. Que de crimes la faim n'a-t-elle pas fait commettre dans ces lointaines solitudes, où la justice ne peut faire entendre sa voix protectrice !

Ce n'est pas tout : la Compagnie spécule jusque sur les vices de ses employés. Lord Selkirk, qui lui acheta, en 1812, un immense terrain sur les rives de la rivière Rouge, a publié, sur l'ancienne compagnie du Nord-Ouest, des détails d'une application immédiate pour celle delà baie d'Iludson.

« Quand, dit-il, un employé commence à manifester le goût de la dépense, on lui accorde un crédit illimité jusqu'à ce qu'il soit considérablement endetté envers la Compagnie. Dès ce moment, il devient l'esclave de ses patrons, qui font de lui ce qu'ils veulent Pour endetter ses agents, la compagnie trouve de grandes facilités dans l'usage où elle est de suivre, pour l'argent, un cours particulier qui lui donne la moitié de sa valeur légale. Les hommes enrôlés à Montréal ont des gages calculés suivant le cours réel, niais chaque objet que leur vend la Compagnie est coté suivant le cours nord-ouest. Un employé a-t-il besoin d'un ustensile ou de comestibles, on lui en dit le prix, et il le calcule d'après les prix courants de son village;, mais quand on établit son compte sur les livres de la Compagnie à Montréal, chaque livre sterling se trouve plus que doublée. La profonde ignorance et la confiance naïve des Canadiens expliquent le maintien de ce système. La Compagnie recommande d'ailleurs à ses complices, vis-à-vis de ses employés, le plus grand secret sur ces coupables manœuvres 1 »

Ces infamies, la Compagnie de la baie d'Hudson les perpétue, je le répète. Heureusement que son incroyable monopole touche à sa fin, et que l'Angleterre se voit forcée de lui retirer un pouvoir dont elle a abusé pour décimer les pauvres tribus indiennes, tenir dans l'ignorance et l'abrutrissement un grand nombre de blancs, et cacher à la connaissance du monde les trésors incalculables que renferme son domaine.

Voici le relevé à peu près exact de ce domaine.

A Test des montagnes Rocheuses il embrasse de 2,500,000

.milles carrés ou 047,250 000 hectares; à l'ouest, il en circonscrit

500,000 ou 129,450,000. Enfin, comme si cela ne suffisait pas à

l'ambition de la Compagnie ou plutôt de l'Angleterre, dont elle n'est, au reste, que le représentant, elle a, en 1842, pris à bail, moyennant une redevance de cent trente, à deux cent mille francs par année, tous les établissements russes de l'Amérique du nord, à l'exclusion, toutefois, du poste de l'île de Stitka, dans la Nouvelle-Archangel, où la Russie à un grand établissement.

Le but de la Grande-Bretagne était, sans doute, d'arriver à s'emparer de tout le littoral du Pacifique. Les Américains ont fait avorter ce projet.

Maintenant, la Compagnie de la baie d'Hudson est en décadence, mais l'Angleterre espère encore posséder longtemps le territoire du nord ouest. Elle se propose une confédération de toutes ses provinces de l'Amérique septentrionale, avec une vice-royauté à la tête; je doute toutefois qu'elle réussisse. Les Canadas sont plus prêts à s'émanciper qu'à recevoir une monarchie d'outre-Atlantique.

Quoi qu'il en soit, en 1843, la Compagnie de la baie d'Hudson était encore dans sa splendeur. Chaque année une brigade partait de Montréal pour les plaines de la rivière Rouge, de TAssiniboine et de l'Arthabasca où Ton chassait le buffle, le castor, et tous les animaux à fourrures en général. C'était là un des principaux centres de la traite des pelleteries, et ce sont ces régions, semées de prairies mouvantes, de forêts inextricables, arrosées par des milliers de lacs et rivières ; ce sont ces contrées comprises entre le quarante-septième degré de latitude et l'océan Glacial, la baie d'Hudson et le Pacifique, occupées par huit ou dix mille blancs et soixante-dix à quatre-vingt mille Indiens, qu'on nomme le Désert Américain.

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