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Un grattement vif, continu, entrecoupé par des reniflements prolongés se faisait entendre.
— Je voudrais bien savoir qui peut gratter et renifler de la sorte, murmura l'artiste. Si c’est un rat, il besogne dur! mais un rat ne mène pas semblable vacarme avec ses fosses nasales ; évidemment, ça doit être un autre animal.
Comme pour justifier cette réflexion, un aboïemen: doux et joyeux atteignit son oreille.
— Oh! ch! ça change la thèse, reprit Alfred. — Zoé, Zoé, ajouta-t-il, les lèvres plaquées à la solution de continuité qui existait au bas de la porte.
4 cet appel, les grattements redoublèrent accompagnés de légers aboïements à peiue perceptibles.
— Zoé ! ma foi, c’est bien Zoé. La chère petite ! Heureusement que Victorine m'avait chargé de l'emmener. Je lui devrai sans doute la liberté, Mais voyons, il ne faut pas perdre de temps; j'ai mon couteau, établissons des rapports plus directs avec le sauveur que le ciel m'envoie.
De son côté, il voulut creuser; mais aussitôt son couteau s'ébrécha sur un corps dur qui occupait toute la largeur de la porte.
— Pas de chance ! fit-il. Encore, si j'y voyais clair! Au reste, on peut écrire les yeux fermés ; essayons.
Et le captif, tirant de sa poche un petit portefeuille garni de son crayon, en déchira une feuille au hasard, traça quelques mots, et cria :
— Loë!
La chienne répondit par un jappement.
— Zoé, chez Alphonse ! continua notre héros, en glissant son billet sous le lambris.
Un silence complet régna pendant près de deux heures.
Accroupi contre la porte, la respiration suspendue, Alfred essayait de surprendre le sens des sons qui venaient de l'extérieur.
Le temps pour lui coulait avec une lenteur désespérante,
La fièvre, tour à tour, brûlait et glaçait ses membres.
À la fin, des aboïements successifs et des pas résonnérent. Le jeune homme tressaillit et se leva.
Il avait reconnu la voix de son ami Alphonse Mougenot.
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La porte de la cave fut enfoncée ; le prisonnier extrait du cachot et l'on entra en explications.
La maison où Alfred avait été claquemuré était une masure abandonnée, bâtie sous le Carouge. Le nom des deux individus auteurs du guet-apens, dont il avait failli devenir victime, demeura toujours un mystère. Mais Alfred supposa, avec raison, que c’étaient des hommes aux gages du père de sa maîtresse et que le dessein de ce dernier était de le jeter à bord d’un navire pour le transporter dans quelque lointaine partie du monde. Néanmoins il fallait se taire ; il sut être discret. Quant à sa belle amante, on apyrit d’abord qu’elle voyagcait pour cause de santé, ensuite le bruit courut qu’elle était morte.
Alfred ne versa pas une larme : son cœur n’avait plus d'écho.
Il vécut d'ivresse, sans s’enivrer; de tourbillons, sans s’étourdir; de vertiges, sans perdre la tête.
Un amour l’attachait à l'existence : son amour pour Zoë, la petite chienne de sa Victorine ; Zoë qu’il chérissait parce qu’elle avait eu part aux tendresses de la pauvre défunte; Zoë qui lui avait sauvé la liberté, peut-être les jours ; Zoé dont on lui refusait la possession à tout prix; Zoé, avec laquelle il avait chaque jour des rendez-vous au jardin du Gouvernement.
Cet amour n'était-il pas aussi justifiable et aussi justifié que bien d’autres amours — répondez, belle lectrice qui aimez un vilain cavalier ?
f Autrement le Cap-Rouge,