‹ La Huronne [microforme]Chapitre 58 sur 66 · DE CHARYBDE EN SCYLLA · texte numérisé non relu

DE CHARYBDE EN SCYLLA

D était a plus de cent mètres d'élévation, blotti dans un renfoncement qui lui permettait de voir sur le plateau supérieur sans être vu.

Ce plateau était boisé, à l'exception d'une longue saillie projetée, comme un promontoire, au-dessus du vide.

— Quelle sorte de gibier peut attendre cet homme? demanda Aifred au capitaine. Depuis l'attaque des Pieds-noirs, nous n’avons pas rencontré le moindre animal.

— C'est vrai, jeune homme ; mais nous nous sommes rapprochés des montagnes Rocheuses, dont ce pic doit être une des sentinelles avancées, et le chasseur qui est là-haut pourrait bien guetter un daim traqué par les loups. Je ne me ‘ompe pas. Entendez vous des hurlements !

— Très-bien.

— Arrétons-nous ici; nous serons témoins de la chasse, et lorsqu'elle sera finie, nous tâcherons de nous aboucher avec le trappeur,

Du lieu où ils étaient, on distinguait parfaitement la saillie dont

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le faîte s’abaissait comme un toit et finissait brusquement à nn pan de roche qui partait verticalement des premières assises de la montagne.

Alfred et Mathieu causaient encore quand un animal de forte taille, la tête chargée de grands andouillers plats, débuqua du bois, Il allait Irès-vite, la langke pantelante, comme après une longue course. Derrière lui arrivèrent, presque en même temps, une meute de loups qui, en sortant du fourré, se serrcrent les uns contre les autres, de façon à occuper toute la largeur de la saillie et à acculer leur proie jusqu’au bord du précipice.

Le daim s'arrêta devant l'abime, en mesura du regard la profondeur, et se retourna vers ses impitoyables ennemis, qui trottaient lentement en cherchant à l’entourer, Il n'avait que deux partis à prendre : sauter dans le gouffre ou tenir tête aux carnassiers ; mais, de ces deux partis, ni l’un ni l’autre ne pouvait le sauver, Si la chute du haut du rocher eût été mortelle, un combat avec une Lande de loups ne l'eût pas été moins. Un coup de fusil mit fin à ses embarras en mettant fin à ses jours. Le bruit de la détonation intimida les loups, qui rentrèrent précipitamment dans la forêt, tandis que laffûtier, ayant rechargé sa carabine, montait sur le plateau pour saigner la victime.

— Maintenant, dit Mathieu, nous pouvons rejoindre ce brave chase seur; il doit avoir une cabane dans les environs ; nous nous y reposerons ; et, en tout cas, nous ferons un bon souper ce soir. Allons, courage, jeune homme! Vous voyez que j'avais raison en vous ‘disant que Dieu n’abandonnait jamais ceux qui luttaient contre la mauvaise fortune. Bon, vos jambes ont repris leur élasticité.

— Dites-moi donc, je vous prie, capitaine, pourquoi les loups chassent ainsi le daim? demanda Robin, à qui l'espérance avait effectivement rendu une partie de ses forces et de sa souplesse.

— C'est bien simple, jeune homme. Les loups ont l'habitude de chasser ensemble les grandes espèces de la race animale, depuis le chevreuil jusqu’au buffle et au grosses-cornes, qu'ils surprennent au gite, ou à qui ils coupent la retraite en le poussant, par une ruse, à la crête d'un précipice comme celui-ci. Si le trappeur n’eût tiré le daim, ce dernier se serait rué sur les loups, en aurait éventrA quelques-uns, ct serait enfin tombé sous le nombre. Heureusement que la saison n’est pas avancée et que la im ne les pressait pas

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Marie contemplait tristement le coucher de la nature, et les Indiens pétunaient autour du feu, quand un hurlement farouche s’éleva du sein de la forêt.

— Les loups! dit un des Peaux-rouges.

— Taisez-vous! fit le chef à ses hommes.

11 s'étendit tout de sou long, colla son oreille contre la terre et écouta.

Un second hurlement retentit. Il était plus rapproché que le premier.

— Ce sont les loups, murmura l’Indien qui avait déjà parlé.

Le cri lugubre d’un hibou sembla répondre aux hurienents.

— Vous voyez bien que ce ne sont pas les loups! dit le Grand- Aigle-Noir, en se relevant. Si ça avait été les loups, nos chevaux se seraient remués ; ils auraient henni, tandis qu’ils n’ont pas bougé. Ce sont ces lâches d'Ojibbeways. Ils nous ont suivis.

Une grêle de flèches, accompagnée du terrible koup de guerre, coupa la parole au chef, qui saisit rapidement Yureska par la tailic, se jeta avec elle sur un cheval et s'élanes vers l’orée de la forêt.

Vingt-cinq ou trente Indiens firent en même temps leur apparition dans la clairière.

Ils s'emparèrent des compagnons du Grand-Aigle et des chevaux qu'ils conduisaient ; puis la bande se divisa et une partie se lança à la poursuite du chef,

Grâces aux ténèbres et à l'avance qu’il avait sur eux, celui-ci pu leur échapper toute la nuit. Yureska ne chercha point à le gêne dans sa fuite ; car elle présumait, avec raison, que si elle passait aux mains des Ojibbeways, elle tomberait de mal en pis. Par fierté de caractère, le Grand-Aigle-Noir ne la violentait pas ; les autres n'auraient pas manqué de lui faire subir d'odieuses brutalités. Le lendemain matin, espérant que la poursuite avait cessé ou s'était égarée, l’Assiniboine et sa prisonnière prirent quelques heures de repos. Mais aussitôt qu'il fit grand jour, l’Aigle-Noir déchira en

morceaux son capot de daim, et attacha ces morceaux aux pieds de

son cheval pour que l'empreinte trompât l'œil des ennemis, I avait délié Yureska, en lui faisant promettre qu’elle n’essayerait plus de se soustraire à sa puissance et en la menaçant de mort si

<lls manquait à ce serment. un

La jeune fille monta en croupe derrière lui, et ils chevauchèreng du côté du Grand-Portage. C'était la meilleure voie pour éviter les Ojibbeways; et maintenant qu'il n'avait plus avec lui sa bande de chevaux volés, le Grand-Aigle-Noir appréhendait moins de rencontrer les visages pâles, quoiqu'il les craignît cependant encore à cause de la Huronne.

Is n'avaient rien mangé depuis la veille ; mais le désir d’échapper aux ennemis leur avait ôté l'appétit. Cependant, vers le milieu de la journée, les aiguillons de ja faim se firent sentir. Les deux ca valiers descendirent de cheval pour chercher quelques fruits nourris= sants. Mais la saison n’était pas assez avancée et aucune baie n'était mûre. Ils durent se contenter de quelques épis verts de zizania ou rizsauvage et de l'her!. » appelée par les Indiens tige à flûte, parce qu'elle est creuse et qu'ils s’en servent pour fabriquer leurs instruments de musique. Ses jeunes pousses et ses racines forment un aliment substantiel, dont les Peaux-rouges sont très-friands.

Pendant que nos fugitifs faisaient un sobre repas, leur cheval se reposait dans la rizière, dont les hautes touffes le recouvraient en= tièrement.

Is n'osaient allumer du feu, dans la crainte d'attirer l'attention des poursuivants. Cette précaution n’était pas inutile; car, tandis qu'ils mangeaient, les Ojibbeways passèrent à quelques pas d'eux. A l'extrémité de quatre perches, à chacune desquelles on avait fixé un petit cercle de bois, ils portaient attachées les chevelures des infortunés compagnons du Grand-Aigle-Noir. Ce sanglant trophée disait assez le destin qu'ils réservaient au chef assiniboine, si jamais ils le rattrapaient.

— Les vils assassins ! dit-il, à cette vue ; ils s'abattent vingt sur

ua seul, comme des loups poltrons sur un corps mort. Mais je me voengerai, j'irai jusque dans leurs cabanes, je leur reprendrai ces chevelures, et j'emmènerai leurs femmes et leurs enfants en captivité, après avoir massacré tous leurs guerriers. … omme le chef proférait ces mots à voix basse, en surveillant le défilé rapide des Ojibbeways, près de la rivière, son cheval exhala soudain un long hennissement qui fit aussitôt retourner les eunemis.

Us s’arrêtèrent et apprètèrent leur armes.

Quelques-uns d'entre eux, munis de carabines achetées ou sous-

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traites, aux agents de la Compagnie de la baie d'Hudson, mirent pied à terre et pénétrèrent avec précaution dans le champ de riz où bondissait le cheval du Grand-Aigle-Noir, qui flairait les juments des Ojibbeways.

Heureusement , l'Assiniboine l'avait dessellé pour le laisser paître et avait caché ses harnais dans des buissons. Lui-même, un fusil double aux mains, guettait tous les mouvements de ses adversaires. Agenouillée derrière lui, Yureska attendait, anxieuse, le résultat de leurs recherches. Elles ne furent pas longues. Les Ojibbeways se contentèrent de s'emparer du cheval et poursuivirent leur route.

— Partons, dit la Huronne, dès qu'ils se furent éloignés.

— Non, répondit le chef; les loups-cerviers rôdent encore dans les environs. C'est un piége qu'ils nous ont tendu, mais le Grand- Aigle-Noir ne se laisse pas prendre comme un oisillon imprudent.

L’Assiniboine prévoyait juste. Au bout d’une heure, trois Ojibbeways se remontrèrent au détour d'une éminence située au nord de la rizière.

Ds étaient à cheval et étudiaient attentivement, du regard, le terrain qui ondulait devant eux.

— Ne bouge pas, ma sœur, dit l’Aigle-Noir, en ajustant un des cavaliers,

— Quoi ! tu le tuerais ! dit involontairement Marie.

L’Indien se prit à rire d’un rire muet,

Les cavaliers marchaient doucement en redoublant de circonspection.

Soudain, deux coups de feu résonnèrent simultanément et deux Ojibbeways roulèrent sur le sol. Le troisième tourna bride et s'enfuit.

— Vite! vite, ma sœur ! saute sur un cheval et filons ! s’écria je Grand-Aigle-Noir qui venait de tirer ses deux coups de fusils.

Yureska ne se le fit pas répéter. Avec la souplesse d'une jeune panthère, elle s'élança sur un des chevaux; l’Assiniboine enfourcha l’autre et ils partirent à fond de train. Une troupe de Peaux-rouges ne tarda pas à voler sur la trace des fuyards ; muis, comme ils se dirigeaient vers les postes des blancs, les Ojibbeways se relàchèrent insensiblement de leur poursuite et finirent par y renoncer.

Une fois sur la route ordinaire des trappeurs, près du lac Supérieur,

% chef et sa captive ne furent plus inquiétés. Le premier ne parcourait sependant cette route qu'avec répugnance. Pour rassurer la jeune file, il lui dit qu'il la reconduisait au fort Williams, Yureska se défiait bien de l'Indien ; mais, n'ayant aucune connaissance des ré gions où ils se trouvaient, elle ne pouvait raisonnablement tenter de le quitter. Où était-elle ? Où serait-elle allée? Elle entretenait un secret espoir de se croiser avec quelques chasseurs de la Compagnie. Mais cet espoir fut déçu. Une nuit, l’Assiniboine la fit embarquer dans un canot d'écorce et, depuis ce moment, ils tournërent le dos au lac Supérieur. Yureska n'était pas assez ignorante pour ne point s’en apercevoir. Elle en fit la remarque au chef, qui répliqua d’une manière évasive, et lui ordonna péremptoirement “e céder à sa volonté. Yureska fléchit naturellement, N'était-elle pas au pouvoir de l'Indien ? Du reste, il la traitait avec douceur, et même avec une déférence que n'ont point, d'ordinaire, les siens pour les femmes. Ils vivaient de gibier aquatique, de poisson et d'œufs qu'ils trouvaient dans les nombreuses îles semées sur leur roule.

Dans l’une de ces îles, au pied du portage du Rat, embouchure de la rivière Ouinipcg, dans le lac des Bois, Yureska sauva la vie du Grand-Aigle-Noir.

Voulant pêcher, l’Assiniboine avait barré la tête d’une cascade d’un petit cours d'eau, et avait planté, au bas, une grande quantité de pieux derrière lesquels il avait tressé une claire-voie d’osier, ea creusant une fosse au bas de la claire-voie. IL ouvrit ensuite le barrage ; l'eau se précipita du faîte de la chute sur l’estacade, et s'écoula dans [a fosse. Les poissons qui descendirent avec le flot furent retenus par la claire-voie, et l’Iudien eut bientôt fait une pêche abondante.

Pendant ce temps, Marie recueilait des baies pour assaisonner le poisson. La chaleur était accablante. L’Aigle-Noir s’étendit sous en merisier pour s’y reposer, Pendant qu'il sommeillait, un hideux reptile se dressa dans l'herbe, en s’approchant de lui. Il avait la grosseur du bras, cinq ou six pieds de long, un corps flexible, cuirassé d’évcailles jaunâtres qui luisaient comme des pierreries aux rayons du soleil. Par moment, il s’arrètait, tendait au vent sa gueule enflammée, puis l’abaissait et touchait légèrement de la langue les feuilles et les herbes, comme s’il eût été à la quête d’une

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piste ; puis il sifflait et recommençait à glisser silencieusement en raccourcissant de plus en plus l'intervalle qui le séparait du dormeur.

Ses petits yeux brillaient de l’éclat des diamants.

Déj il n’était plus qu’à deux pas de l'Indien, et se hissait sur sa queue pour s’élancer sur lui, quand un cri perçant réveilla ce dernicr et,en même temps, le monstre retombait sur le gazon, partagé en deux troncons.

— Merci, ma sœur ; le Grand-Aigle-Noir n’oubliera jamais ce que tu viens de faire pour Jui, dit à Marie l’Assiniboine en lui tendant iz main.

La jeune fille, encore tremblante de son action, regardait tour à tour et l’affreux animal qui se tordait dans les convulsions de l'agonie, et la hackette avec laquelle elle lui avait tranché le corps. Et, pourtant, elle ne savait pas que cet animal était le terrible serpent à sonncttes, le plus dangereux des reptiles de l'Amérique seytentrionale.

Yureska avait réellement sauvé la vie à l'homme qu'elle détestait le plus au monde. I! lui renouvela ses protestations de reconnaiisance. Mais lorsqu'elle lui parla de la ramener au fort Williams, # fronça les sourcils, et Ja jeune fille vit bien qu’il refuserait toujours de se séparer d’elle. C’est que le Grand-Aigle-Noir était sérieusement épris de sa belle captive, et qu’il avait résolu de l'épouser aussitôt qu'il serait rentré dans son village. En vain, Yureska li aurait-elle dit qu’elle en aimait un autre : par vanité, il ne l'aurait pas crue ; en vertu de sa supériorité masculine, il ne l'aurait pas écoutée.

Ils poursuivaient leur navigation vers le Saskatchaouane, où ils entrèrent à la fin de juin. Quittant alors leur route fluviale, ils s'en foncèrent dans les terres vers le nord.

Un matin, ils découvrirent un monticule, sur lequel s’élevaient des constructions étranges. C’étaient des échafaudages faits avee quatre pieux fichés en terre et recouverts d'une claie chargée de corps et de divers objets.

Ce monticule était un cimetière indien. Le Grand-Aigle-Noir, qui avait tué un daim la veille, déposa, suivant l'habitude, les meilleurs parties du gibier sur un des monuments où gisait le squelette dus de ses patras ou ancêtres.

Ce pieux devoir rempli, le Peau-rouge dit à Yureska :

— Notre voyage est terminé. Tout près d'ici est mon wigwam. Tiens, voici une de mes squaws qui s’avance.

En effet, une jeune Indienue arrivait près d'eux. Elle pliait sous le poids d’un tikkinago, sorte de berceau plat, curieusement déroré de peintures et de verroteries qui,retenu au front par un apekum, courroie de cuir, sert aux mères à porter leurs enfants jusqu'à l’âge de deux et trois ans. Le tikkinago est une planche de bois léger avec un rebord inférieur et supérieur. L'enfant est placé entre les rebords et maintenu solidement par une couverture et un bandage de drap. L'orgueil des Indiennes est de garnir cette bande de rubans et de broderies. Du rebord supérieur, pend un joujou brillant pour attirer l’attention du marmot. Entre les talons des filles, on met de la mousse de façon à faire prendre aux pieds une position rentrée. Entre les talons des mâles, la mousse est ajustée pour déterminer une position parfartement droite des pieds.

Le berceau ne quitte jame*< la mère. Elle le porte partout où elle va, le dépose à côté d' ‘and elle s'arrcie et le reprend dès qu’elle repart.

— Tune diras point à cette squaw que tu es une vierge, dit encore le Grand-Aigle-Noir à Yureska, qui n'avait pas repris les habits de son sexe.

Elle fit un signe d’assentiment.

La femme du chef s'était tout à fait approchée et comblait son époux de respectueuses tendresses, auxquelles il répondait d'un air froid et distrait.

L’Indienne jeta sur Yureska un regard inquisiteur aiguisé par la défiance. Malgré le déguisement de la jeune fille, elle pressentait déjà une rivale. L’œil d’une femme qui aime un homme est la plus pénétrante de toutes les polices.

Le retour du chef dans le village assiniboine fut salué par des fêtes qui durèrent plusieurs jours. Il présenta Yureska comme un jeune Dacotas qui s’était égaré en se rendant au fort Carleton. Les Assiniboines firent bon accueil à leur hôte et lui donnèrent une cabane semblable aux leurs, qui étaient faites d'écorces de bouleaux, en forme de ruche.

Ensuite, le Grand-Aigle-Noir rassembla le conseil des chefs, ra

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conta l'insuccès de son expédition, et une chasse au daim fut décidée.

Cent guerriers furent choisis pour y prendre part.

Les sorciers consultèrent le vol des oiseaux et le décl:rérent fa vorable.

Avant de s'éloigner, le Grand-Aigle-Noir les ayant réunis sur les bords de la rivière du Caribou, chanta la chanson de chasse en s'accompagnant d’un tambourin formé avec un cercle recouvert de peaux d’elk, entre lesquelles’on avait mis cinq ou six galets :

« O mes amis, assis autour de moi, je donne maintenant mon attention au métaï,

» Qui fait couler cette rivière? C'est l'Esprit; il fait couler cette rivière.

» Examinez-moi bien, mes amis ; examinez-moi et comprenæ que nous sommes compagnons.

» Qui a fait marcher le peuple? Un oiseau a fait marcher le peuple.

» Je vais me mettre en marche, et si j'aperçois quelque animal, je tirerai sur lui.

» Je frappe ton cœur, j’atteins ton cœur, Ô animal, c'est ton cœur que j'atteints, c’est ton cœur,

» Je me rends semblable au feu.

s Je puis attirer l’eau d'en haut, d’en bas et d’autour de moi.

» Je peux rendre semblable aux morts ; je l'ai fait pour un bomme.

» Je peux rendre semblable aux morts; je l'ai fait pour une femme.

» Je peux rendre semblable aux morts ; je l'ai fait pour un enfant.

» Tel que je suis, mes amis, tout animal; tout animal je le frappe juste, mes amis. »

Les chasseurs écoutèrent en silence l’hymne cynégétique. Ils partirent les uns à cheval, les autres à pied, armés de lances, d'épieux, d’arcs, de flèches et de quelques carabines. Leur cantonnement était si proche des territoires giboyeux que, le jour même, ils dépistérent un troupeau de daims.

Alors, dans une clairière du bois, ils entourèrent, une immense surface, avec des piquets en forme de nasse, devant une

fuite où les animaux avaient coutume de passer. Puis la troupe se dispersa dans la forêt en battant le fourré et poussant de grands cris. Les daims effrayés se jetérent dans l’enceinte clôturée dont l'ouverture fut aussitôt fermée et où les Assiniboines les assommérent facilement

La nuit venue, 1es imatens campèrent sur le théâtre de leurs ex= ploits et se livrèrent à un copieux banquet avec la chair et la graisse de leurs victimes.

Au fest:7, succédèrent les chants et les jeux.

Pendant qu’ils s’abandonnaïent à ces tumultucux plaisirs, deux des leurs qu'ils avaient détachés à la découverte d’une nouvelle proie * chasser le lendemain, rentrèrent au camp en criant :

— Un visage pâle! un visage pâle !

Et ils montraient un prisonnier qu’ils avaient fait dans leur excursion.

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