‹ La Huronne [microforme]Chapitre 65 sur 66 · ET PE OS PS · texte numérisé non relu

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tape sur Ja joue de l'artiste; désirent-ils une chose, ils ferment yeux et se jettent tête basse du côté où elle luit sans calculer h distance ni les difficullés, sans même songer aux impossibilités, Aussi dépensent-ils souvent en pure perte des forces et un temps précieux. Mais enfin vous avez bien un plan, mon ami?

— Ma foi, non. Nous nous sommes mis en route avec l'espoir que les circonstances nous aideraient. D'ailleurs Yureska s'était chargée de l'affaire.

— Ah! cette Huronne ! Votre ami veut l'épouser, n'est-ce pas ?

— Il n'a pas d'autre souhait; mais quoique Yureska l'aime, elle ne paraît pas disposée à l'exaucer. Un préjugé de race la retient.

— Singulière créature ! murmura le capitaine.

Puis il ajouta d'un ton plus élevé :

— N'a-t-elle pas été élevée avec Victorine ?

— Oui, elle est sa sœur de lait. Elles seraient sans doute restécs ensemble ; mais la mère d'Yureska étant morte pendant que celle-ci était en bas àge, le père se remaria à une Indienne fière, vaniteuse et ennemie des blancs, la Corneille-Noire, qui ne voulut pas que sa belle-fille fréquentât Victorine. Depuis lors, les deux jeunes filles ne se virent plus guère qu’à la dérobée. Mais la mutuelle affection qu’elles avaient sucée au même sein ne s’est jamais démentie, car dès qu'Yureska apprit l'existence de Victorine par un Indien, elle nous proposa d’aller la voir et la délivrer s’il était possible,

— Et, en vrais Canadiens écervelés, vous n'avez pas pensé à prendre la voie de mer ?

— Pardon; je l'aurais fait, car le trajet est plus facile; mais il fallait trouver un navire, et j'étais informé aw’il n’en partirait point cette année des ports de l'Atlantique pour Vancouver.

— Et votre retour? car enfin vous ne vous proposiez pas, j'imagine, d'offrir pour cadeau de noces à une jeune fille délicate comme M'° de Nelsac une pérégrination de six mille milles à travers les tribus sauvages et les territoires incultes du Nord-Ouest ?

— Je confesse, dit Alfred en souriant, que je n'avais pas envisagé cette perspecti' #.

— Elle vous attendait cependant. À moins, continua le capitaine de son ton narquois, que vous n’eussiez préféré vivre en aimable communion d'idée et de procédés avec les Têtes-plates, les Nez

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Alfred ne répondit pas à cette boutade ; il paraissait tourmenté par une idée obséiante.

— Je parie que vous avez une question à m'adresser? lui dit Mathieu.

— J'en conviens, monsieur, mais je n'ose.

— Ne suis-je pas quelque peu votre ami ?

— Eh bien! monsieur, s'écria Alfred avec la vivacité d'un homme qui cède, quoiqu'à regret, à un irrésistible besoin d'épanchement, eh bien, vous qui me connaissez si bien, savez-vous ce que c'est que ceci ?

En disant ces mots, il tirait de son capot un portefeuille de maroquin et en cxtrayait un sachet octangulaire en cuir marqué de signes rouge.

A cette vue, Dras-d’Acier détourna brusqueinent la tête.

— Et cela? ajonta Robin en sortant de sa poitrine un sachet parfaitement semblable au premier, mais qui pendait à son cou par une fine chaine d’or.

Soit ignorance, soit effort inouï de volonté, le capitaine ramena sur son interlocuteur nn visage serein, et répondit tranquillement en regardant les deux amulettes :

— Ma foi, jeune homme, je ne sais; mon art divinatoire ne va pas jusque-là ; ces brimborions sont très-curieux. De qui les tenezvous ?

Alfred était trop ému pour avoir saisi le mouvement passager de Bras-d’Acier. Ce qu'il savait de son histoire, il le conta au capitaine avec les incidents de la mort de Mariette, la pauvre marchande de gâteaux de la porte Prescott.

Pendant ce bref récit, fait d'une voix navrée, le capitaine Mathieu demeura impassible. Pas un muscle de sa fice ne bougea; mais un observateur attentif eût peut-être remarqué que ses dents étaient violemment serrées les unes contre les autres ; que ses lèvres blêmissaient et que des gouttes de sueur se montraient à la

naissance de ses cheveux.

— Malheureuse enfant! Et vous avez veillé à ses funérailles? dit-il sourdement, quand Alfred eut terminé,

— N'était-ce pas mon devvir ?

— Oui, jeune homme, c'était votre devoir ; mais tant d'autres ne font pas le leur!

L'arrivée d'Yureska coupa court à cet entretien.

— Comment vas-tu, aujourd’hui, ma sœur ? s'empressa de lu dire Bras-d'Acier.

— Mieux, reprit-elle ; ma fièvre est passée , et je viens vous demander de partir.

— Es-tu donc assez forte pour nous suivre?

— Oh! oui, s'écria-t-elle. Est-ce que l'idée de voir bientôt Alphonse ne me soutiendra pas ? Il n’y a pas pour plus de trois jours de marche d'ici à la maison Jasper ; les femmes de Louis le Bon me l'ont dit ; je suis sûre de ne pas manquer de vigueur en route.

— Je vais, dit Bras-d'Acier, tout organiser pour le départ,

Il s’approcha du trappeur, qui fourbissait ses armes, tandis que les squaws apprêtaient le déjeuner.

— Quel est ton dessein, mon cousin ? lui dit-il.

— J'ai envie de retourner sur le territoire des Grands- Couteaux *, tépliqua Louis. De longtemps la chasse ne sera profitable dans ces parages. Les frontières de l'Orégon sont giboyeuses, j'y planterai wa tente cet hiver. Quant à toi, Bras-d’Acier, si tu veux gagner la ma son Jasper, je te fais présent de trois chevaux. Tu trouveras sur ta route, en suivant la branche sud de la rivière Pembina, des caches où j'ai renfermé des secs de pemmican et de poudre.

Le capiteine voulu! lui payer ses chevaux; mais Louis le Bon refusa obstinément.

— Je suis heureux de te rendre un service, mon cousin, dit-il Une autre fois tu m'obligeras. Aujourd’hui, j'ai ce plaisir ; ne le gâte pas par tes offres! Si même une de mes femmes...

— Merci, merci, mon cousin! s'écria le capitaine en riant.

— Eufin, c'est comme tu voudras; mais sois certain que je te la donnerais de bon cœur, et au choix, dit le trappeur d'un ton qui ne permettait pas de suspecter un instant la sincère cordialité de ses propositions.

Mais ni les chatteries de vipërine, ni les robustes appas de Crapaude, ni la provoquante carnation de Frétillante, n'avaient séduit

1 Les Indiens ct les trappeurs désignent souvent les Américains par cette appellation,

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le capitaine. Il renouvela ses remerciments au généreux Louis le Bon; on déjeuna solidement, d’un cuissot du daim tué la veille ; les trois amis enfourchèrent leurs montures, saluèrent une dernière fois le trappeur et ses compagnes, et s'cheminèrent vers les sources de la rivière Pembina.

Ils n'avaient pas emporté d'aliments; mais les caches du trappeur leur fournirent plus de nourriture qu’il ne leur était nécessaire. Ces caches sont des silos, que les voyageurs et chasseurs du Nord creusent dans la terre, et où ils déposent des provisions qu'ils retrouvent ensuite aux époques de disette. Des marques particulières en indiquent la place.

Quatre jours ne s'étaient pas écoulés, quand les trois cavaliers entrèrent dans la vallée Jasper, à cinq lieues des montagnes Rocheuses, dont les pics altiers se confondent avec les cieux.

Un lac étroit arrose cette vallée, d’où descendent les eaux impétueuses de l’Arthabaska, qui court se perdre au nord, vers le 55e degré de latitude dans le lac du même nom.

La maison Jasper, célèbre comme dernière station avant les montagnes Rocheuses, s'élève au pied du lac. C’est une chétive habitation, construite par un pauvre trappeur qui, comme beaucoup d’autres dans l'Amérique du Nord, a, sans s’en douter, immortalisé son nom, en s’établissant sur un point alors presque totalement inconnu du reste du monde.

Tout le pays circonvoisin, sur une étendue de plus de cent milles, porte, en effet, ce nom : lac Jasper, vallée Jasper, mont Jasper, rivière Jasper, cte.

LA vallée est très-fertile, les cours d’eau poissonneux, les gorges attenantes gihoyeuses; et, quoique le froid sévisse rigoureusement l'hiver, quoique la chaleur y écrase l’été par sa lourdeur de plomb, la vallée Jasper me semble, en raison de sa position topographique, destinée à devenir un jour le centre d’une colonie riche et puissante.

Cependant, elle ne possédait, en 1843, qu’une maison ceinte d'une palissade de pieux de cèdres, avec quelques hangars à l'extérieur.

Ces hangars sont appropriés aux chevaux dont se servent les employés de la Compagnie de la baie d'Hudson pour gagner le campement des Barges, au delà des montagnes Rocheuses, où commence à être navigable la rivière Columbia, qui va se verser dans Île

— 54h — Pacifique, après avoir baigné un littoral de près de cent quatrevingt-dix-sept mille milles carrés.

Le cœur d’Yureska battait fort en approchant de la station. Un pressentiment lui disait que c'était là qu'elle reverrait Alphonse, dont el'e était séparée depuis bientôt quatre mois. Aussi marchaitelle en tête de la colonne, pressant ses compagnons, se dressant sur ses étriers, et aiguisant ses regards pour distinguer au Join le premier signe de son bien-aimé.

Mais son impatience fut déçue ; Mougenot ne se montrait pas.

Quand ils ne furent plus qu'à quelques pas du poste, la jeune fille se prit à trembler. Des craintes affreuses l'assaillirent. Elle ralentit instinctivement l'allure de son cheval. Elle l'aurait arrêté tout à fait, si elle eût él8”seule.

— Allous, du courage, ma sœur ! lui dit Alfred en faisant un geste au capitaine, qui lança sa monture au galop et fut en un instant à la porte de la station.

Trois ou quatre individus accoururent à sa rencontre.

Mathieu échangea rapidement quelques paroles avec eux, et, se levant sur ses étriers, agita son chapeau en criant :

— Hourra! Mougenot est ici!

— Soutiens-moi, mon frère, dit Marie, qui pâlit et s'affaissa sur sa selle,

En rouvrant les yeux, la jeune fille se trouva dans les bras de son amant, Il l'avait assise au pied d'un arbre et baignait d’eau fraîche son visage décoloré.

Je passe sous silence la scène qui suivit ; elle est de celles que la parole et la peinture flétrissent quand elles s’avisent d'essayer de les reproduire. Comme l’impalpable poudre d’or qui glace les ailes du papillon, eiles enchantent l'âme, mais se fanent dès qu'on 2s ::"che du doigt.

Le voyage d'Alphonse Mougenot, depuis la maison * w'.i:y, ai! comparativement été aussi paisible que celui de ses 1m°3 avait &t5 accidenté. À part son inquiétude sur leur sort, j’. r':i cit éprouvé qu'un chagrin sérieux, la mort de Tête-de-Rx2r, qui s’étaii noyé, en voulant sauter un rapide près de la stat. ,a Ciploten. Gusrt à lui, il jouissait d'une santé parfaite et se senta.: toit disnosé à continuer le voyage.

Cependant la saison était avancée. L'automne avait mordoré la

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chevelure des arbres; les nuits se faisaient froides, et l'hiver signa lait déjà son approche par de fréquentes gelées. Les gens de Jasper conseillèrent aux voyageurs d'attendre le printemps pour se remettre en route. Ceux-ci fermèrent l'oreille aux avis, et partirent après quelques jours de repos.

js s'étaient munis de raquettes et de vêtements de fourrure.

Bien leur en prit, car, à la gorge du Bol de-Punch, entre les pics Brown et Ilouker, ces colosses des montagnes Rocheuses, dont la cime domine de cinq mille mètres le niveau de la mer, une tempête de neige les força à quitter leurs chevaux pour continuer le chemin à pied. Le pays a un aspect sauvage terrifiant. Des masses énormes de granit surplombent le sentier tortueux et abrupt que l'on suit dans l’encaissement des montagnes. Parfois ces masses se détachent de leur base et routeat avec un fracas horrible au fond de profonds ravins ; parfois elles barrent le passage ; il faut que le piéton les gravisse en se taillant à la hache des escaliers dans leurs flancs ; parfois, en tombant, elies détournent le cours d’un torrent et causent de vastes inondations.

Quand le teinps est beau, la traverse des montagnes Rocheuses exige une semaine ; mais quand la pluie a défoncé les sentiers, ou quand la neige les a couverts, cette même traverse demande souvené 11 mois. Heureux alors celui à qui elle n'a pas été fatale !

N' 3 aventuriers s'étaient renforcés de deux engagés métis. Is avancèrent à petites journées, marchant tantôt en raquette, et tantôt escaladant avec les pieds, les genoux, les mains, des pitons presque inaccessibles; tantôt aussi franchissant quinze ou vingt fois dans la même journée des torrents impétueux, au milieu desquels ils entraient fréquemment jusqu'aux aisselles et d'où ils sortaient couverts de glaçons. La nuit, ils reposaient dans des trous pratiqués sous la neige, les pieds tournés vers un feu que chacun d’eux était obligé d'entretenir tour à tour, Ajoutez à ces fatigues, à ces souffrances, qu’Alfred et Alphonse furent pris du ma! de raquettes", que la réverbération de la neige donna Yureska des brûlements d'yeux, et vous aurez une idée amoindrie des incroyables tourments contre lesquels ils eurent à lutter avant d'atteindre le campement des Barges.

4 Mal des plus douloureux. 11 est produit par l’échauffement que causem au pied les courroies qui servent à atiacher les raquettes,

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Je puis certifier au lecteur que, loin d'exagérer, je passe suus silence la moitié des tortures qui attendent le voyageur assez imprudent pour tenter de franchir les montagnes Rocheuses du nord à la fin de l'automue.

Au campement des Barges la caravane fit une halie de quelques jours pour se rétablir.

Elle s'embs:4ua ensuite dans deux grands canots, sur le rio Columbia, fleuve dangereux, entrecoupé de rapides, de récifs et de remous, mais dont les rives merveilleuses semblent avoir thésaurisé toutes les beautés naturelles que l'imagination d'un artiste peut rêver. Ce ne sont que forêts majestueuses, campagnes superbes, murailles de balsalte qui de loin font l'effet de forteresses avec leurs tourelles, leurs créneaux, leurs mâchecoulis, leurs batteries, La faune est à légal de la flore. On rencontre sur ces bords enchanteurs les animaux des deux hémisphères, depuis l'ours blanc du Nord jusqu'à la panthère des régions méridionales, depuis le grand hibou polaire jusqu’au colibri des tropiques.

Admirateurs passiounés de la nature Alfred et Alphonse ne se lassaient pas de contempler le panorama magique et incessamment varié qui se déroulait à leurs regards.

Un jour qu'ils venaient de doubler la pointe du fort des Nezpercés, à la jonction de la rivière de ce nom avec le Columbia, Alfred aperçut tout à coup, en avant d'eux, un canot de forme bizarre. Il était peint en rouge et apparemment monté par quatre individus : deux aux deux bouts et deux au milieu. Les premiers ramaient ; les seconds étaient immobiles. On ne voyait, du reste, que la tête de ces derniers, dont le corps était emprisonné dans un sac de peau.

— Vous voulez savoir ce que c’est que cette embarcatior? dit le capitaine Mathieu aux jeunes gens ; c’est un convoi funèbre de Chinooks. Des deux têtes qui sortent de ce sac de peau, l’une est vivante, c'est probablement celle d'un esclave ; l’autre est morte, c'est assurément celle d’un grand guerrier. Cela est horrible, n'est- > pas? Mais une chose plus horrible c’est que l’esclave sera transporté, lié au cadavre, dans un lieu où il restera trois jours sans nourriture, après quoi un autre esclave sera chargé d'étrangler ce malheureux. Voilà comment la tribu des Chinooks honore les funérailles de ses chefs, |

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— Mais il faut délivrer ce pauvre homme! s’écria Alfred.

— Il faut, répondit Mathieu, laisser les sauvages agir à leur guise, si nous ne voulons pas être égorgés par eux. Les peuplades qui habitent le rio Columbia sont les plus sanguinaires du Nord- Duest; prenons garde de nous attirer leur ressentiment.

Ce fut le dernier incident notable qui précéda îe débarquement le la petite expédition au fort Vancouver, fundé en 1824 par le docleur John Mac Longhlin, sur une éminence près du Columbia et à trente lieues de la mer.

Il est l'entrepôt d'un commerce cor-idérable et ressrmble assez au fort Williams pour qu'il soit inutile d’en donner une description.

Eu atterrissant, le capitaine Mathieu, prit Robin à l'écart et lui dit :

— Jeune homme, avez-vous confiance en moi?

— Oh! monsieur, je serais bien ingrat…

— Bon; ainsi vous suivrez en tous points la ligne de conduite que je vous tracerai.

— Je vous le jure.

— Pas un mot de vos projets à qui que ce suit. Aux questions qui vous seront adressées, répondez que la passion des aventures seule vous a attirés ici vous et M. Mougenot. Tàchez aussi d'avoir de la patience. C'est la vertu essentielle à qui veut réussir dans une entreprise. La Huronne passera pour ma femme; ille faut. Elle est prévenue et consent à jouer ce rôle. J'espère que M. Alphonse ne sera pas jaloux ! ajoula-t-il en souriant.

Alfred souscrivit à tout et commença, avec Mougenot, des explorations dans les environs du fort, pour tromper les heur:s qui leur paraissaient mortellement longues.

Le capitaine Mathieu et Yureska avaient quitté la factorerie deux ‘ours après leur arrivée.

On était en décembre 1843.

Durant un mois on n’en entendit pas parler,

L’'attente commençait à peser aussi lourdement à Mougenot qu’à Robin. Ils se surprenaient même à accuser le capitaine, quand ce dernier rentra à Vancouver, par une belle matinée de la fin de janvier 1844.

— C'est fait! dit-il aux deux amis dont ies regards Îles pres saicnt de questions.

Et, les entraînant dans une chambre particulière, il leur raconta qu'Yureska, ayant repris les vêtements de son sexe s’était rendue ala : Mission, où elle avait eu plusieurs entrevues avec Victorine de Nelsac ? Pen lant ce temps, le capitaine courait à Astoria, espérant y trouver un des navires ainéricains affectés au service de ce poste. Son espoir s'était heureusement réalisé, un brick était mouillé dans la rade d’Astoria. Mathieu reint quatre passages, et retournant promptement à la Mission, décida, au moyen d’Yureska, Victorine à les accompagner. L'évasion du couvent était d'autant plus facile que la jeune fille sortait presque tous les jours, pour visiter quelques familles indiennes du voisinage.

Une fois en fuite, elle et Yureska avaient revêtu des habits d hommes, et elles étaient maintenant, sous ce‘costume, à bord du brick américain.

En écoutant ce récit, Alfred ne se possédait plus de joie. Il pleurait , baisait les mains du capitaine, et poussait des exclamations folles.

— Venez, monsieur, menez-nous vers elle, dit-il quand son émotion se fut un peu apaisée.

— Non, mon ami, ma tâche est finie, M. Mougenot et vous descendrez en canot jusqu’à Astoria, et dans deux jours, s’il plait à Dieu, vous ferez voile pour New-York.

— Quoi! vous ne nous accompagnez pas, monsieur? exclama Mougenot surpris.

Le capitaine sourit tristement et répliqua :

— C'estimpossible, jeune homme, ma vie n’appartient plus aux civilisés, ils en ont brisé tous les ressorts moraux. Ce qui reste de force physique, je le donne volontiers au désert. Mon canot est là qui vous attend, partez et que le ciel vous protége!

— Laissez-moi, de grâce, vous faire une question ? dit Alfred d’une voix suppliante.

— Faites, mon ami.

—- Eh bien, qui êtes-vous? et par quel lien vous suis-je attaché?

Un nuage passa sur le front du chasseur ; inais il répondit avec une grave fermeté ; |

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— Pour vous, comme pour le reste des hommes, je suis et dois être, mon ami, le capitaine Mathieu, surnommé Poignet-d'Acier, rien autre chose. Prenez néanmoins ce paquet, vous l’ouvrirez dans dix ans d'ici et pas avant. Vous me le promettez, n'est-ce pas ?

— Je vous le jure, monsieur, dit Alfred, d'un ton mouillé de

1rmes.

Et il serra dans son portefeuille un paquet scellé que l'étrange

apitaine venait de lui remettre.

— A présent, adieu, jeunes gens! et soyez heureux! cria celuici en sortant précipitamment de la chambre.

Deux minutes après, et avant qu’ils fussent revenus de leur stupéfaction, les sabots d’un cheval résonnèrent dans la cour du fort.

Alfred et Alphonse se jetèrent simultanément à la fenêtre et virent le capitaine Mathieu, qui remontait au galop le Colombia, dans la direction des montagnes Rocheuses.

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