‹ La Huronne: scènes de la vie canadienneChapitre 22 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

PAR QUOI ON VERRA QUE LES SOCIÉTÉS SECRÈTES SONT SOUVENTES POIS TRAQUENARDS DE LA POLICE, ET PAR QUOI ON ENTENDRA UN BON CONSEIL DONNÉ GRATIS AUX CANADIENS.

Tandis que Mongenot fuyait, avec Yureska vers son domicile, Robin et ses co-sociétaires parlementaient avec les agresseurs pour gagner da temps. Mais, dès qu'il crut son ami hors de danger, le jeune homme s éloigna à son tour.

Il dtait fatigué au moral comme au physique. Son voyage et la triste mort de Mariette Favaient abattu. N'ayant pu dcjeuner, il se rendit à un petit restaurant de la place du Marché, et prit un bouillon. Ensuite, il s'achemina rapidement vers la Grand* rue^du faubourg Saint-Jean.

A sept heures, Alphonse était devant le n* 4, oii il avait rendezvous, on s'en souvient.

Un café occupait le rez-de-chaussée de la maison. Dans ce café causaient et buvaient grand nombre d'individus, que Robia avait déjà vus à la réunion de la Pointe-Lévis, et dont plusieurs lui étaient personnellement connus.

Ils discouraient des événements du jour, mais d'une façon assez

générale pour ne pas laisser supposer qu'ils y eussent pris une part

active ou qu'ils en fus^eat les instigatçws, Cepeadant les regards ... ^^

soupçonneuit et hostiles qui convergeaient de toutes les tablés vers la porte , quand on l'ouvrait, autant que certaines discussions à voix basse, auraient donné beaucoup à penser à un /oya/ts^e, sHlen fût entré un dans rétablissement.

A sept heures et demie, trois des consommateurs se levèrent et disparurent par la porte du fond ; trois autres ne tardèrent pas à les suivre, et, au bout de quelques minutes, le café eût été vide, si de nouvelles pratiques , venues du dehors, n'eussent remplacé les premières.

Le sculpteur les avait si,ccompagnés à une salle basse, spacieuse, garnie de bancs, et où une tribune avait été improvisée avec quel* ques planches jetées sur des tonneaux.

En pénétrant dans cette salle, chacun des jnitiés donna le mot de passe ; mais tous ils gardèrent leur habillement de villOé

Après les formalités usuelles, le Grand-Maître quitta son fauteuil, et fit un long discours sur le mouvement de la journée. On avait eu tort de soulever ce mouvement, et, surtout de lui donner assez d'importance pour éveiller Tattention des autorités. Le moment était mal choisi. Loin d'avancer Theure de la délivrance, on la reculait par de telles échauffourées. Quand le fer est chaud il faut le battre ; mais, en le battant à froid, il casse. L'impatience est la pierre d'achoppement des révolutionnaires. On ne devrait jamais Toublier. Que résulterait- il de l'émeute du matin ? Rien de bon assurément. De nouvelles arrestations et des dégoûts.. Un échec est trop souvent la ruine d*an parti, car il décourage ses défenseurs, et raffermit ses adversaires. Les ouvriers n'étaient ni assez préparés ni assez convaincus. D'ailleurs, l'explosion, pour être efficace, devait avoir liea sur tous les points à la fois : à Montréal, Saint-Hyacinthe, Trois- Rivières, Sorel, comme à Québec. Maintenant il^seraient surveillés do plus près, et ne trouveraient pas de longtemps une occasion favorable. Était-ce tout? Non. § J'ai, s'écria le Grand-Maître, parcouru les groypes, saisi des lamb^ux de conversations, étudié les visages» fouillé les consciences, et, je regrette de vous l'avouer, frères, mais le devoir m'oblige de vous faire cette déclaration : j'd la certitude que nous réchauffons un traître dans notre sein. 9

Un violent murmure accueillit ces paroles.

— Je le répète, reprit-il tfune voix to^jm^m^k^^ ^^

scandahl pont akst dite ses (àrdleâ, je le rèpête^fi y à ni) trattra parmi nous,

— Nomme^le ! nommez-le!

— Si je le connaissais, jô Tauraid déjà désigna i votre jégitimé courroux.

Le murmure recôilimença. leà Fils de la Liberté s'examinèrent les uns les autres avec dé&ance. Là déûàiice est un des sentiments auxquels Thomme s'abandonne le plus aisément, et elle le rend aussitôt farouche et cruel.

Les interpellations jaillirent dé tQUS côtés. Quelques observations malveillantes et directes allèrent même frapper le Grand-Mattf ë à la fabe. U ne sourcilla pas. C'était unhotnme fort, adroit, pénétrant.Pour lui le cœur humain était un Clavier dont il savait tirer les sons qui lui convenaient. Il savait aussi qu'on ne domine pas Une masse d'individus sans les diviser, et il tenait les Fils de la Liberté divisés entre eux, mais réunis, en faisceaux, autour du labarum de Tasçociàtion. Du reste, il lui avait semblé, en se glissant à travers la foule, sur la place du Château, que des étnissai'res du gouvernement Taiguillonnaient et dévoilaient une t)artie des plans de la loge. Il en avait conclu, assez logiquement, qu'on les trahissait.

— Non, dit-il toujours calme, Je ne le connais pas ; mais s'il est au. miÛeu de vous, et s'il est connu dé l'un de vous, parlez t

Un silence solennel s'établit dans la SàUé.

Après avoir lentement promené son regard perçant sur l'assemblée, le président allait Continuer, quand Alfred Robin se leva.

— Frères, dil-ll d'un ton gravé, sans être à même de répondre à la question qui vient d'être posée par le Grand-Maître, je vais vous fetire tne tévélatiôn qui nôUâ aidera peut-être à découvrir le parjure. Mais, avant, je dois vous demander s'il est permis de porter une accusation contre un membre de <^ette loge, absent.

— Faites! faites!

— Je m'y oppose jusqti*â nouvel ordre, dit le Grand-Maître. Nos règlements le défendent Pour passer outre, il faut une motion écrite, secondée et approuvée à runanimilé par Taséemblée.

Cette opposition suscita une sourde désapprobation. ^

-^ Le cas est exceptionnel, objecta un des frères.

^» Non, répliqua le Grand-Maître, <îâr les règlements l^ont prévut

''^ Hais nous sommes en s^nce extraordinaire, dit un autre.

— S^ce extraordinaire ou ordinaire, nous devons procéder légalem^t, sans quoi nous n'aurions pas notre raison d^être. Que le frère Robin rédige sa motion, et si vous décidez qu'il peut lancer une accusation contre un frère absent, nous récouterons.

— Soit, dit à Robin le membre qui Pavait soutenu, rédigez votre motion, je la seconde et nous voterons par assis et levés.

— Point, répondit le président, le vote aura lieu au scrutin secret.

Cette fois, un véritable grognement se fit entendre.

•^ Frères, dit le Grand-Maître toujours impassible, je suis ici pour maintenir Tordre et veiller à Tobservance de la Gonstitutijn et des règlements ; je suis dans mon droit en agissant comme j'agis, et, si Fun de. vous veut causer du désordre, j'en appellerai aux autres pour l'expulser.

Le calme se rétablit aussitôt. Alfred transmit sa motion au secrétaire quilapritsur-le-cbamp,pouren donner communication à l'assemblée.

— En ce moment on frappa à la porte de la salle.

— Chut ! soufflèrent plusieurs membres.

— Éteignez les lampes, dit le maître des cérémonies. Une nuit profonde envahit la salle.

— Maintenant, dit à voix basse, le Grand-Maître, que le gardien ouvre et demande les trois mots de passe.

*Get ordre fut exécuté.

La personne qui avait frappé ayant, distinctement, donné les trois mots de passe, on ralluma les lampes, et l'attention se dirigea sur le nouveau venu.

Il s'avança vers le président, sortit de sa poche un paquet scellée avec de la cire rouge et le déposa sur le bureau.

Le président prit le paquet et le décacheta en disant :

— Frères, un message de la Loge Suprême. Nous allons un instant suspendre les procédés pour en prendre connaissance.

L'enveloppe renfermait un parchemin, revêtu d'un sceau rouge en cire et de la feuille d'érable, emblème de la nationalité canadienne, comme la cocarde est l'emblème de notre nationalité.

Le président parcourut des yeux ce parchemiu et te pass^ 9tt secrétaire qui le lut & hajite voix.

Il disait :

c Au nom de la liberté, TÉgalité et la Fraternité, salut à nos frères, membres de Tassociation des Fils de la liberté.

» Que le Créateur Souverain dirige leurs pensées et leurs travaux, et qu'il les aide à remplir la haute et belle mission qu'ils ont acceptée !

» Frères, la Loge Suprême a le regrtt de vous annoncer qu'elle regrette la part que quelques-uns d'entre vous ont prise aux troubles de ce matin. Elle considère que ce n'était ni le lieu, ni l'heure, ni le moyen d'opérer. Elle vous engage, et, au besoin, vous ordonne, en vertu des pouvoirs que vous lui avez confiés, et de l'autorité omnipotente que vous lui avez reconnue en vous afiUiant à cette loge, elle vous ordonne d'être plus circpnspects à l'avenir, de ne rien entreprendre sans un avis préalable, qui vous sera communiqué par le messager spécial que vous avez délégué auprès d'elle.

» La Loge Suprême vous recommande encore la prudence et la discrétion.

» Fait en notre séjour ordinaire, et en séance extraordinaire, ce dix-huit février mil huit cent quarante-deux. »

L'esprit des Fils de la Liberté était trop tendu vers la proposition de Robin, pour qu'ils regardassent cette pièce comme fort importante.

— La motion ! la motion ! crièrent-ils avec des trépignements, avant même que le secrétaire eût serré le document dans ses archives :

Ce dernier reprit le carré de papier sur lequel elle était écrite et lut:

« Proposé par le frère Alfred Robin, secondé par le frère Jacques Royer, que la loge Canadienne des Fils de la Liberté, prenant en considération la difficulté de la position et l'urgence des circonstances, autorise ledit frère Alfred Robin à porter devant cette loge une accusation contre tel frère absent qu'il lui plaira de nommer, mais à la condition expresse, par ledit frère Alfred Robin, de motiver et de justifier son accusation. »

La lecture de la motion fut reçue par des bravos qui parurent unanimes.

On procéda au ballottage.

Le président ouvrit l'urne où chacun avait jeté sa boule.

Il s'y en trouvait soixante-trois blanches et une noire.

— Frères, dit le Grand^Maître, la motion du frère Alfred Robin

est per4u9 par une bo\)}e noire. Je reçommeaceraif m question : S'il est un tr^îtrQ au milieu de m^h ^ &'U est connu de Tun de vou^, ^ésignêiTle?

Us Fils de \^ Liberté ne rdpliquèreat point. Ils étaient mécontents de la conduite de leur chef, toute juste qu*elle fût ; ils étaient anxieu)^ de connaître la révélation qu'avait voulu faire le sculpteur, et ils étaient tourmeut^s par Tidée que, non-seulement il pouvait y avoir un traître dans Tassociation^ mais par Tassurance qu'il avait un complice dans la salle même, où ils se tenaient réunis en ce montent ; car quelle main avait laissé tomber cette boule noire dans VurnOi MQon pelle d'un complice?

Alfred sqynait trislpiAg^t, en jugeant à la duplicité de ceu% qui Tentouraient. Il n'avail, certes, pas besoin de cette leçon pour être édifié suf la dévouement et la fidélité de la plupart des membres des sociétés prétendues secrètes. Il les avait assez vues à l'œuvre depuis 1836; et, s'il y était resté attacbé, c'était plutôt pour occuper son désoeuvrement, écarter les pensées de suicide dont il avait été obsédé, que par une foi réelle dans leur efficacité. Mais cette preuve Qagrante qu^ la perfidie ne craignait pas de se démasquer en pleine assemblée le surprit doulou|*eusement.

Seul> le Grand-Maître ne laissait voir aucune émotion sur son visage sévère et hâlé comme celui d'un Indien.

Après avoir renouvelé son interrogation^ il s'était croisé les bras sur la poitrine ^t attendait.

Le trésorier se leva.

C'était un bomme déjà ftjgé^ l Pair digne et respectable,

•T- Frères^ dit-il, je demande la parole.

Le président s'inclina en signe d'acquiescement.

L'auditoire prêta une oreille curieuse.

T— Frères^ dit l'orateur^ la motion qui vient d'être repoussée d'une manière aussi surprenante^ est^ suivant moi^ trop délicate pour que nous l'abandonnions. Quand le sort de Tassociation^ que dis je? la vie de ses membres est en jeu, pouvons-nous nous astreindre puérilement à des formalités ridicules ? J'en demande pardon au frère Grand-Maître, mais son arrêt doit être cassé. L'assemblée entière^ sauf une voix, -- et quelle voixl -s- l'a d'ailleurs renversé! Notre salut commun n' est-il donc pas en question? et le premier de nos devoirs n'esHl pas un devoir de protection mutuelle? Que ferons-

nous^ qap pouvez^vous foire, je vous le demande^ si nos actes sont dévoilés à l'ennemi? Est-ce donc la peine de conspirer? est-ce donc la peine de tramer des complots? Sommes-nous des hommes ou des marionnettes? Filons-nous une corde pour nous pendre, ou travaillons-nous à briser les fers dont la barbare Angleterre a chargé notre pays? Si nous prétendons au rôle de libérateurs, commençons donc par nous affranchir nous-mêmes de préjugés dérisoires, et purgeons cette loge des traîtres qui peuvent s'y être faufilés.

— Ouii oui! à bas les traîtres! à mort les traîtres!

Des acclamations tumultueuses rarrétèrent pendant quelques minutes ; lorsqu'elles se furent apaisées, le trésorier continua :

— Plutôt que d'être réduit à présumer que Tuu de nous trahit ses frères^ je demanderais la dissolution de la loge-.

— Il a raison, il a raison!

— Nous renoncerons à Tespérance d'arracher notre chère patrie à Toppression anglaise. Soyons unis ou ne soyons rien. Pas de fourbe, pas de menteur, pas d'hypocrite, pas de Judas dans cettt) enceinte. Au nom de l'assemblée, je prie le frère Alfred Robin d'exposer franchement son accusation ; et si elle n'est pas fondée, il ne manquera ici pas de voix pour défendre l'inculpé.

Il s'assit au milieu des applaudissements prolongés. Le président reprit la parole en ces termes :

— Si l'assemblée est déterminée à réviser mon jugement, je laisserai le fauteuil au premier député Grand-Maître, et j'agirai comme simple membre.

La substitution fut immédiatement faite; et la motion du sculpteur ayant été relue, le nouveau président déclara, à la requête gé-^ nérale, que l'af^option ou le rejet aurait lieu par assis et levés. .

Des hourras formidables saluèrent cette résolution.

La séance devenait palpitante d'intérêt. Le champion du prâvcnu oserait-il protester ouvertement?

— Que ceux qui sont en faveur de la motion se lèvent Idil le député Grand-Maître.

Tout le monde se leva. L'attente était trompée. Le discours du trésorier avait-il ramené l'opposant ? ou celui-ci avait-il eu peurf On l'ignora toujours.

— Frère Robin, dit alors le président, votre motion est emportée ; vous avez la parole.

Alfred se recueillit un instant, puis il tira de son portefeuille un papier, le tint entre le pouce et l'index, et dit d'un ton clair et ferme :

— Frères de la loge Canadienne, à notre dernière réunion de la Pointe-Lpvis , nous avons reçu parmi nous un homme qui , en 1838, était un loyaliste forcené. Cet homme s'appelle Léon Clairville, avocat à Trois-Rivières. Il fit, durant la première insurrection, partie de la société des Amis dont le siège était à Montréal. Alors, un tout jeune homme, nommé Alphonse Mougenot, également de Trois:Rivières, appartenait à la même société. Eh bien, ce Clairville était un traître. 11 informait de nos projets les infâmes séides du Yieux-Brûlot. Il envoyait nos noms à la police. Il a fait monter sur Téchafaud plusieurs de nos nobles et valeureux compagnons.

— La preuve ! exclama une voix sifflante du fond de la salle. Tous les yeux se tournèrent sur Timprudent interrupteur. C'était un gros petit homme, écourté, rougeaud, aux yeux à

fleur de tête et de méchante apparence.

" Des menaces grondèrent aussitôt autour de lui.

- — Silence ! fit le président, frappant la table de son marteau.

— La preuve, dit Alfred, la voici.

Il déplia le papier et lut : ^

« Trois-Rivières, 5 novembre 1838.

f J'ai l'honneur de prévenir M. le grand connétable de Montréal que les insurgés ont eu une réunion ici. On y a résolu de se porter sur LacoUe, et d'opérer une jonction avec les rebelles de Montréal. Les nommés Alphonse Mougenot,* Louis Foulon, Henri Rivière sont h la tête du mouvement.

» LÉON Clairville, » Étudiant c^n droit. »

A cette lecture succéda une agitation confuse, dont profita habilement pour s'esquiver le petit homme qui avait réclamé la preuve, i — Et maintenant, frères, ajouta Robin, si vous désirez authentiquer l'écriture et la signature de ce billet, prenez notre registre d'inscription et comparez.

■ Debout, près du sculpteur, le Grand-Maître ordinaire avait d'un coup d'œil parcouru cet écrit.

■— Ce n'est cpie trop vrai, murmurait-il; la;trabi80ii se fourre partout 1 Ah ! c'est pitoyable I

Uordre était rompu ; tous les membres quittèrent leur siège et vinrent confronter la lettre délatrice. Son identité ne pouvait laisser de doute. La disparition de Tintemipteur a^ravait encore Taccusation et en corroborait la justesse. Que faire ? On se mit à délibérer. Les débats durèrent toute la nuit. Enfin il fut résolu qu'on écrirait à Clairville pour le sommer d'avoir à comparaître tel jour devant la loge Canadienne des Fils de la Liberté» pour y répondre à l'inculpation de parjure dirigée contre lui.

Cette résolution ne devait jamais être mise à exécution.

La méûance s'était insinuée au coeur mémo de Tassociation. Elle y avait fait une -incurable blessure.

Le mystérieux étranger qui dirigeait les fils de cette affiliation le comprit bien.

— C'en est fait ; partie remise, dit-il à Robin, lorsque rassemblée eut été dissoute.

— Quoi ! lui demanda Alfred, vous pensez que c'est fini ?

— Fini ? non. Les Canadiens ne sont pas réduits à néant. Ils se lèveront encore ; ils |;pmpront la chaîne que l'Angleterre a soudée \ leur corps; mais plus tard... quand leurs intérêts matériels les y pousseront. Us n'ont à présent que l'enthousiasme de l'esprit^ il leur faudrait la conviction que donne le besoin.

— Alors, nous sommes loin de cette époque ?

— Peut-être, reprit l'inconnu d'un air pensif; peut-être l...' Il faisait jour au moment où ils sortirent du café.

Tout en causant, Alfred et lui arrivèrent à la rue Buade.

Le Grand -Maître s'arrêta vis-à-vis d'une grande et belle maison (encore existante aujourd'hui), dont la porte est surmontée d'un cartouche de pierre, dans lequel on a sculpté en relief un chien rongeant un os, avec les quatre vers gravés au-dessous, tels que nous les donuons :

Je Suis Vn Chien Qyi Ronge Lo, En le rongeant^ je prends mon repos.

Vn temps viendra, qvi n'est pas venv, Qve je mordray qvi m'avra mordv,

173e, DgtzedbyGoOQle

ii4

«y Vaye(4!-Y0t|g Cf|(te |m^g« fit cette iascpiptioQ? dH tout à coup rétranger à Robin.

r?r C'est le Uqsi Dora, répondit Alfred*

— ^ Qb ! j§ sais^ pt nos chroniqueurs ont fait en son honneur plus d'une ligend§ pour anfuser les vieilles femmes et les petits enfants.

— Dp dit qpe o'ea( une dame Philibert, dont le mari avait été tué p^r ui) o^cier, qpmmé de Rppentigny et qui, voulant se venger» ^( gfaver ceitp pjerre d^^ïi de rappeler incessamment à son fils la vengeance qu'elle avait juré de tirer du meurtrier...

— 6a|) 1 on djt bien d'autre chose! Vais savez-vous ce que pour mo| signipe ce symbole demeuré là depuis plus d'un siècle, intact, inaltéré comme par une yplonté spéciale de la Providencef p^vçsrvous ce qu'il dojt signifier pour tout bon patriote?

— Je crois vous comprendre, répondit Robin d'un air profonde^ inen( rêveur : ce chien, ces vers sont notre blason, notre devise.

— Bien, mon jeune ami, ne désespérez donc pas l Les Canadiens sont en repos, mais le temps viendra qu'ils mordront ceux qui les auront mordus. Adieu ! ajouta-t-il avec une sorte de douloureuse mélancolie et en pressant la main du sculij^eur avec une chaleur étrange, ^dieu ! Alfred, je vais quitter le pays, mais nous nous reverrons \in jour I

Il lui jeta un regs^rd, détourna la tête en paraissant faire violence à ses sentiments, et descendit k grandes enjambées les escaliers qui condiii^ent à la porte Prescott,

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