‹ La hyène enragéeChapitre 14 sur 27 · UN SOIR D YPRES · texte numérisé non relu

UN SOIR D YPRES

joie, c est toujours et toujours sur ce qui est beauté, art ou souvenirs. Donc, en dehors de sa place historique, la ville d'Ypres n'a pas énormément souffert... Ah! si pourtant! J'oubliais l'hôpital, là-bas, qui également a servi de cible; d'ailleurs on connaît aussi les préférences allemandes pour bombarder les asiles de blessés ou de malades, ambulances, postes de secours et voitures à croix rouge...

Avoir commis ces destructions, avoir transformé en un champ de décombres cette tranquille Belgique, qui était surtout un incomparable musée, c'est un crime ignoble et bas, chacun en tombe d'accord ; mais c'est en outre un chef-d'œuvre de la plu3 balourde sottise, — de cette sottise que Schopenhauer lui-même ne peut se tenir de célébrer, pendant l'accès de franchise de ses derniers moments. Car enfin cela revient à signer et parapher sa propre ignominie, pour l'édification des neutres et des générations à venir. Les torturés, les pendus, les femmes et les enfants fusillés ou mutilés

achèveront bientôt de pourrir dans leurs pauvres fosses anonymes, et alors le monde ne s'en souviendra plus. Mais ces ruines par terre, ces innombrables ruines de musées ou d'églises, quelles pièces à conviction accablantes, et qui vont durer!

Après avoir fait tout cela, le nier est peutêtre plus bête encore, le nier contre l'évidence même, avec un aplomb qui nous stupéfie, nous autres Français, ou bien essayer d'inventer des prétextes, dont la niaiserie enfantine nous fait hausser les épaules! — a Peuple né pour le mensonge », — avait dit l'écrivain latin; oui, et peuple qui ne dépouillera jamais ses tares originelles; peuple qui a bien osé aussi, contre les plus irréfutables pièces écrites, nier la préméditation de ses crimes et la traîtrise de son attaque. Que d'absurde naïveté dans l'imposture, et quels sont les pauvres d'esprit qu'il s'iniaginait tromper!...

Sur les ruines désolées d'Ypres, la lumière baisse toujours, mais avec une telle lenteur

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aujourd'hui! C'est qu'on y voyait à peine plus clair à midi, par cette terne journée de mars; il y a seulement à cette heure un peu plus d'imprécision et de tristesse sur les lointains, et c'est ce qui donne à entendre que la nuit va Tenir.

Es regardent instinctivement ces ruines, les milliers de soldats qui font alentour leur mélancolique promenade du soir; mais en général ils s'en tiennent à distance, les laissant à leur isolement superbe. Cependant voici trois d'entre eux, des Français (des nouveaux venus probablement) qui s'approchent avec hésitation, puis s'avancent jusque sous les arceaux de la cathédrale pantelante, l'air recueilli comme pour une visite à des tombes. Après qu'ils ont d'abord contemplé sans paroles, Fun d'eux soudain profère — on devine à l'adresse de qui I — cette injure qui est sans doute ce qu'il connaît de plus insultant dans la langue de France, mot imprévu pour moi, qui commence par me faire sourire et qui, la minute suivante, m'apparaît

au contraire comme une trouvaille : « Oh ! les voyous! V — Il y manque ici l'intonation, que je suis impuissant à rendre, mais en vérité ce compliment, ainsi prononcé, me semble quelque chose de nouveau, pour ajouter à tant d'autres épithètes pour Allemands, toujours au-dessous de la note et d'ailleurs trop ressassées. Et il répète encore, le petit soldat indigné, en frappant du pied avec colère : c Oh! les voyous!... Les voyous de voyous! »

La nuit est enfin près de tomber, la vraie nuit qui fera cesser ici toute apparence de vie. La foule des soldats peu à peu se retire, par des rues déjà sombres que bien entendu l'on n'éclairera pas; au loin, des sonneries de clairon les appellent à la soupe, dans des maisons ou dans des baraquements où ils se coucheront sans sécurité, certains d'être réveillés d'un moment à l'autre par les obus ou par les « marmites d au fracas d'orage. Pauvres braves enfants de France, roulés dans leurs manteaux bleuâtres, impossible

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de prévoir à quelle heure la mort leur sera lancée, de loin, à Faveuglette, à travers l'obscurité brumeuse; — car la plus aimable fantaisie préside à ce bombardement : tantôt c'est une pluie de feu qui n'en finit plus, tantôt ce n'est qu'un obus isolé qui vient tuer comme par hasard. Et, en attendant la suite du grand drame, les ruines s'enveloppent de silence. Çà et là une petite lumière craintive s'allume, dans quelque maison encore habitée où les vitres ont du papier collé pour maintenir les éclats des prochaines brisures, où les soupiraux des caves de refuge sont protégés par des sacs en terre : le croirait-on, des gens têtus, ou bien de» gens trop pauvres, ou trop vieux, sont restés à Ypres, et d'autres même commencent à y revenir, avec une sorte de fataliste résignation.

La cathédrale, le grand beffroi ne dessinent plus sur le ciel que leurs silhouettes, qui on^ l'air d'avoir été figées dans des gestes à bras

cassé. A mesure que la nuit vous enferme davantage sous l'épaisseur de ses nuages, on se rappelle mieux les ambiances funèbre* au milieu desquelles Ypres est maintenant perdue, les profondes plaines dépeuplées et bientôt toutes noires, les chemins défoncés par où Ton ne saurait fuir, les champs noyés ou feutrés de neige, les réseaux de tranchées où nos soldats, hélas! ont froid et souffrent, — et si près, à une portée de canon à peine, ces autres trous, plus féroces et plus sordides, où veillent les indéracinables sauvages, toujours prêts à bondir en masses compactes, avec des cris de Peau-Rouge, ou à ramper sournoisement pour verser du liquide enflammé sur les nôtres...

Mais, comme ils s'allongent, les crépuscules, depuis quelques jours! Sans regarder l'heure, on devine qu'il est tard, et, d'y voir encore, cela apporte- malgré tout un vague présage d'avril ; on a le sentiment que le cauchemar de l'hiver touche à sa fin, que le soleil reparaîtra, le soleil de la délivrance, que des souffles plus

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doux vont, oomme si de rien n'était, ramener des fleurs, des chants d'oiseaux, sur tant de désolations, sur tant de milliers de jeunes tombes. Et, autre indice de printemps, sur la place maintenant déserte, trois ou quatre petites fîUes se précipitent comme des folles, des toutes petites qui peuvent bien avoir six ans au plus; évadées en courant d'une cave à dormir, elles se prennent par la main pour essayer de danser une ronde, comme un soir de mai, sur une vieille chanson de Flandre. Mais une autre, une grandette d'une dizaine d'années, vient les faire taire d'autorité, les grondant comme d'une inconvenance, et les chasse vers les souterrains au fond desquels, après avoir dit une prière, d'humbles mamans vont les coucher.

Indicible tristesse de cette ronde enfantine, qui 8*était ébauchée là, solitaire, à la tombée d'una froide nuit de mars, sur une place que domine le fantôme d'un beffroi, dans une ville martyre, au milieu de lugubres cam-

H Là BTÈNI ENRAfilfiË.

pagnes inondées, remplies de noir» d'embûches et de deuil...

Depuis que ceci a été écrit, la bombardement n'ayant paa cessé, Tpret n'est plus qu'on informe amas de pierres talcinées.

Mars f 9fS.

Me rendant au grand quartier général belge où j'ai à m'acquitter d'une mission du Président de la République française à Sa Majesté le roi Albert, je traverse aujourd'hui Fumes, autre ville inutilement et sauvagement bombardée, où, à cette heure, le vent glacé, la neige, la pluie, la grêle, font rage sous le ciel noir.

Ici comme à Ypres, les barbares se sont acharnés surtout contre la partie historique,

contre le vieil H6tel de Yille charmant et ses entours; c^est qu'aussi le roi Albert, chassé de son palais, s'y était d'abord installé ; alors les Allemands, avec cette délicatesse que le monde entier à présent ne leur conteste plus, avaient aussitôt repéré ce point-là pour y lancer leurs c marmites )» féroces. Dans les rues (où je ralentis beaucoup l'allure de mon auto afin d« mieux apprécier au passage « l'œuvre civilisatrice > du kaiser), presque personne, il va sans dire; seulement des groupes de soldats de toutes armes qui, le col relevé, d'autres le capuchon rabattu, se hâtent sous les rafales, courent comme des enfants, avec de bons rires, comme si c'était très drôle, cet arrosage, qui pour le moment n'est pas du feu.

Comment se fait-il qu'aucune tristesse, cette fois, ne se dégage de cette ville à moitié déserte? On dirait que la gaieté de ces soldats, malgré le temps sinistre, se communique aux choses dévastées. Et comme ils semblent tous de belle santé et de belle humeur! Je n'aper-

çois plus de ces mines un peu effarées, hagardes, du commencement de la guerre. La vie tout le temps dehors, jointe à la bonne nourriture, leur a doré les joues, à ces épargnés par la mitraille ; mais ce qui surtout les soutient, c'est la confiance entière, la certitude d'avoir déjà pris le dessus, et de marcher à la victoire. Il s'en va de l'invasion boche comme de cet affreux temps, qui n'est en somme qu'une dernière giboulée de mars : tout cela va finir!

A un tournant, pendant une accalmie, un petit groupe de matelots français surgit, bien imprévu» devant moi. Je ne puis me tenir da leur faire signe, comme on ferait à des enfants que l'on retrouverait tout k coup, dans quelque lointaine brousse, et ils accourent à ma portière, tout contents eus aussi de voir un uniforme de notre marine. C'est à croire qu'on les a choisis, tant ils ont, de braves et jolies figures, avec de bons yeux vifs. D'autres, qui passaient plus loin et queJB n'avais pas appelés,

viennent aussi m'entourer, comme si c'était tout naturel, mais avec une familiarité si respectueuse : à l'étranger, n'est-ce pas, et ea temps de guerre!... C'est hier, me disent-ils, qu'ils sont arrivés, tout un bataillon, avec des officiers, pour camper dans un village voisin, en attendant de foncer sur les Boches. Et j'ai* merais tant faire uu détour pour aller en visita chez eux, si je n'étais pressé par l'heure de l'audience royale! Certes j'ai du plaisir à me trouver avec nos soldats, mais bien plus encore avec nos matelots, au milieu desquels j'ai passé quarante années de ma vie. Avant même de les voir, ceux-là, rien qu'à les entend c parler, tout de suite je les devinerais. Plus d'une fois, sur nos routes militarisées du Nord, en pleine nuit noire, quand c'était un de leurs détachements qui m'arrêtait pour me demander le mot d'ordre, je les ai reconnus rien qu'au son de leur voix.

Un de nos généraux, commandant d'armées sur le front Nord, m'en parlait hier, de cette

gentille familiarité de bon aloi, qui règne à présent du haut en bas de l'échelle militaire, et qui est nouvelle, qui est une caractéristique de cette guerre profondément nationale, où tout le monde marche la main dans la main. < Aux tranchées, me disait-il, si je m'arrête à causeï avec un soldat, d'autres m'entourent, pour qui je cause aussi avec eux. Et ils sont de plus en plus admirables d'entrain et de fraternité! Si l'on pouvait nous rendre nos milliers de morts, quel bien les Allemands nous auraient fait, en nous rapprochant ainsi tous, jusqu'à n'avoir qu'un même cœur! »

Longue route pour aller à ce grand quartier général. En rase campagne, il fait un temps épouvantable, il n'y a pas à dire. Chemins défoncés, champs inondés qui ressemblent à des marécages, et parfois des tranchées, des che- Taux de frise, rappelant que les barbares sont encore tout proches. Eh bien, quand même, tout cela, qui devrait être lugubre, n'y parvient . plus. Chaque rencontre de soldats — et on en

fait à toute minute — suffirait du reste à vous rasséréner : figures épanouies toujours, qui respirent le courage et la gaieté. Même les pauvres sapeurs, dans Teau jusqu'aux genoux, travaillant à réparer des trous d'abri ou des barrages, ont l'expression gaie, sous leur capuchon qui ruisselle... Que de soldats dans les moindres villages, belges et français très fraternellement mêlés! Par quels prodiges de l'intendance tous ces hommes sont-ils abrités et nourris?

Mais les soldats belges, qui donc prétendait qu'il n'en restait plus! J'en croise au contraire des détachements considérables, marchant vers le front, bien en ordre, bien équipés et de belle allure, avec des convois d'une artillerie excellente et très moderne. On ne dira jamais assez l'héroïsme de ce peuple, qui aurait eu raison de ne pas se préparer aux bataillai, puisque des traités solennels auraient dû Ym^ préserver à tout jamais, et qui au contraire rient de subir et d'arrêter le plus formidable

attentat de la Grande Barbarie. Désemparé d'abord et presque anéanti, il se reprend, il se groupe autour de son roi, au courage sublime... /

U pleut, il pleut, on est transi de froid. Nous Toici enfin arrivés et dans un instant je vais le voir, ce roi qui est sans reproche comme sans peur. N'étaient ces troupes et tant d'autos militaires, on n'imaginerait jamais que ce village perdu puisse être le grand quartier général. Il faut descendre de voiture, car le chemin qui mène à la résidence royale n'est plus qu'un sentier. Parmi les rudes autos qui stationnent là, toutes maculées de la boue des campagnes, il en est une élégante, mais sans armoirie d'aucune sorte, seulement deux lettres tracées à la craie sur la portière noire : S. M. (Sa Majesté), — et c'est la sienne. Un coin oharmant de vieille Flandre, une antique abbaye, entourée d arbres et de tombes, — e'est là. Sous la pluie, dans le sentier qui bord« le religieux petit cimetière, un aide de

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eamp vient à ma rencontre, aimable et simple comme sans doute ne peut manquer d'être son souverain. A l'entré© de la demeure, pas da gardes, aucun cérémonial; un modeste corridor, où j'ai juste le temps de jeter mon manteau, et, dans l'embrasure d'une porte qui ■*ouvre, le roi m'apparatt, debout, grand, svelte, le visage régulier, l'air étonnamment jeune, les yeux francs, doux et nobles, la main tendue pour le bon accueil.

Au cours de ma vie, d'autres rois ou empereurs ont bien voulu me recevoir, mais malgré l'apparat, malgré les palais parfois splendides, jamais encore comme au seuil de cette maisonnette, je n'avais éprouvé le respect de la majesté souveraine, — si infiniment agrandie ici par le malheur et le sacrifice... Et quand j'exprime ce sentiment au roi Albert, il me répond en souriant : c Ohl mon palais k moi... » et il achève sa phrase par un gesti détaché, désignant le pauvre décor. Bien modeste, en effet. U salie où je viens d'entrer^

mais, par l'absence de toute vulgarité, gardant de ia distinction quand même; une bibliothèque bondée de livres occupe entièrement l'une des parois; au fond il y a an piano ouvert, avec un cahier de musique sur le pupitre; au milieu, une grande table est chargée de cartes, de plans stratégiques; et la fenêtre, ouverte malgré le froid, donne sur une sorte de vieux petit jardin de curé, presque enclos, effeuillé, triste, qui semble pleurer de la pluie d'hiver.

Après que je me suis acquitté de la facile mission dont m'avait chargé le Président de la République, le roi veut bien me garder longtemps à causer. Mais, si je me suis déjà senti hésitant pour écrire le commencement de ces notes, je le suis tellement davantage pour toucher, si discrètement que ce soit, à cet entretien; et alors, combien va sembler pâle es que j'oserai en dire! C'est qu'en eifet je sais qu'il ne cesse de recommander à ceux qu'il l'ent^ureat ; € Surtout, tâchez que l'on

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ne parle pas de moi », et je connais, je comprends si bien l'horreur qu'il professe pour tout ce qui ressemble à une interview. J'étais donc d*abord décidé à me taire; — et cependant, lorsqu'on a quelque chance d'être entendu, comment ne pas vouloir, dans la faible mesure de ce que Ton peut, contribuer à répandre la gloire d'un tel nom !

Ce qui frappe d'abord chez Lui, c'est tant de sincère et exquise modestie dans l'héroïsme, c'est cette presque inconscience d'avoir été admirable. La vénération que les Français lui ont vouée, sa popularité chez nous, il juge ne pas les mériter autant que le moindre de ses soldats tué pour notre commune défense.

Quand je lui conte que j'ai vu, même au fond dos campagnes chez des paysans, l'image du roi et de la reine des Belges à une place d'honneur, avec des petits drapeaux, noir, jaune et rouge, pieusement épingles autour, il a Tair d'à peina y croire, son sourire et son silence semblent me répondre : c C'est pourtant si naturel, ce que

j'ai fait; est-ce qu'un roi digne de ce nom aurait pu agir d'une autre manière? >

Maintenant nous causons des Dardanelles, où se joue à cette heure une partie grave; il veut bien me questionner sur les embûches de ces parages que j'ai longtemps fréquentés et qui n'ont cessé de m'être si chers. Mais tout à coup une plus froide rafale entre par cette fenêtre, toujours ouverte sur le petit jardin triste; avec quelle gentille sollicitude alors il se lève, comme eût pu faire un simple officier, pour fermer lui-même ces vitres près desquelles je suis assis.

Et puis nous causons de guerre, de fusils, d'artillerie ; Sa Majesté est au courant de tout, comme un général déjà rompu au métier...

Étrange destinée de ce prince, qui, au début, Hé sembkit pas désigné pour le trône et qui peut-être eût préféré continuer sa vie un peu retirée de jadis, auprès de la princesse qu'il aimait! Quand ensuite la comronne inattendue fut posée sur son jeune front, il pouvait se

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eroire en droit d'espérer une ère de profonde paix, au milieu du plus paisible des peuples, et au contraire il aura connu le plus épouvantablement tragique de tous les règnes. Du jour au lendemain, sans une défaillance, sans même une hésitation, dédaigneux des compromis qui, pour un temps du moins, auraient pu, au préjudice de la civilisation mondiale, préserver un peu ses villes et ses palais, il s'est dressé, devant la ruée du Monstre, comme un grand roi guerrier, au milieu d'une armée de héros.

Aujourd'hui, visiblement. Il ne doute plus de la victoire, et sa loyauté lui donne confiance entière en la loyauté des Alliés, qui certes voudront rendre la vie à sa Belgique; cependant il tient à ce que ses soldats coopèrent, de toutes leurs dernières forces, à la délivrance, et qu'ils restent jusqu'à la fin au danger et à l'honneur. Saluons-le bien bas!

Un moins noble que lui se fût dit peut-être : c J'ai largement payé ma dette à la cause universelle; ce sont mes troupes qui ont élevé U

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premier rempart contre la barbarie; mon pays, piétiné le premier par les brutes allemandes, n'est plus qu'un champ de ruines ; cela suffit ! »

Mais non, il veut que la Belgique ait son nom inscrit, à une page encore plus belle, 4 côté de la Serbie, sur le livre d*or de l'histoire.

Et voilà pourquoi j'ai rencontré, en venant, ees précieuses troupes, alertes et fraîches, renouvelées à miracle, qui s'en allaient au front, continuer la sainte lutte.

Devant Lui, inclinons-nous donc jusqu'à terre!

La nuit tombe quand l'audience est close et que je me retrouve dans le sentier de l'abbaye. Peudantle trajet de retour, à traversées routes défoncées par la pluie, défoncées par les eharrois militaires, je reste sous le charme de Taccueil. Et je compare ces deux souverains situés pour ainsi dire aux deux pôles de l'humanité, celui d'ici au pôle lumineux, l'autre au pôle noir; l'autre, là-bas, le bouffi d'hypocrisio

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et de morgue, monstre parmi les monstres, qai a du sang plein les mains, de la chair déchirée plein les ongles, et qui ose encore s'entourer d'une pompe insolente; — celui d'ici, relégué sans murmure dans une maisonnette de village^ sur un dernier lambeau de son royaume martjrr, mais vers qui monte, de toute la Terre civilisée, le concert des sympathies, d^ snthousiasmes, des glorifications magnifiques, et qu'attendent les plus pures et immortellâi couronnes.

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