‹ La hyène enragéeChapitre 6 sur 27 · DEUX PAUVRES PETITS OISILLONS DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

DEUX PAUVRES PETITS OISILLONS DE BELGIQUE

Août 19ih,

Un soir» dans une de nos villes du Sud, un train de réfugiés belges venait d'entrer en gare, et les pauvres martyrs, un à un, descendaient lentement, exténués et ahuris, sur ce quai inconnu, où des Français les attendaient pour les recueillir. Traînant avec eux quelques hardis prises au hasard, ils étaient montés dans ces voitures sans même se demander où elles les conduiraient, ils étaient montés dans la h'âte de fuit, i'éiifBï'dumienat fuir d'efVa'nt

l'horreur et la mort, devant le feu, devant les indicibles mutilations et les viols sadiques, — devant tout ce qui ne semblait plus possible sur la Terre, mais qui couvait encore, paraît-il, au fond des piétistes cervelles allemandes, et qui tout à coup s'était déversé, sur leur pays et sur le nôtre, comme un dernier vomissement des barbaries originelles. Ils n'avaient plus ni village, ni foyer, ni famille, ceux qui arrivaient là sans but, comme des épaves, et la détresse effarée était dans les yeux de tous. Beaucoup d'enfants, de petites filles, dont les parents s'étaient perdus au milieu des incendies ou des batailles. Et aussi des aïeules, maintenant seules au monde, qui avaient fui sans trop savoir pourquoi, ne tenant plus à vivre mais poussées par un obscur instinct de conserva^ tion; leur figure, à celles-là, n'exprimait plus rien, pas même le désespoir, comme si vraiment leur âme était partie et leur tète vidée.

Deux tout petits, perdus dans cette foule lamentable, se tenaient serrés par la main, deux

Page 1