‹ La hyène enragéeChapitre 7 sur 27 · DEUX PAUVRES OISILLONS DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

DEUX PAUVRES OISILLONS DE BELGIQUE

petits garçons, visiblement deux petits frères, l'aîné, qui avait peut-être cinq ans, protégeant le plus jeune qui pouvait bien en avoir trois. Personne ne les réclamait, personne ne les connaissait. Gomment avaient-ils compris, trouvé tout seuls, qu'il fallait monter dans ce train, euxau3si, pour ne pas mourir? Leurs vêtements étaient convenables et ils portaient des petits bas de laine bien cbauds; on devinait qu'ils devaient appartenir à des parents modestes, mais soigneux; sans doute étaient-ils fils de l'un de ces sublimes soldats belges, tombés héroïquement au champ d'honneur, et qui avait dû avoir pour eux, au moment de la mort, une suprême pensée de tendresse. Us ne pleuraient même pas, tant ils étaient anéantis par la fatigue et le sommeil; à peine s'ils tenaient debout. Ils étaient incapables de répondre quand on les questionnait, mais surtout ils ne voulaient pas se lâcher, non. Enfin le grand aîné, crispant toujours sa main sur celle de l'autre, dans la peur de le perdre, prit

tout à coup conscience de son rôle de protecteur et trouva la force de parler à la dame à brassard penchée vers lui.

c Madame », dit-il d'une toute petite voix suppliante et déjà à moitié endormie, « Madame, est-ce qu'on va nous coucher? » Pour le moment, c'était tout ce qu'ils étaient capables de souhaiter encore, tout ce Qu'ils attendaient de la pitié humaine : qu'on voulût bien les coucher. Vite on les coucha, ensemble bien entendu, et ils s'endormirent aussitôt, se tenant toujours par la main et pressés l'un contre l'autre, à la même minute plongés tous les deux dans la tranquille inconscience des sommeils enfantins...

Une fois, il y a longtemps, dans la mer de Chine, pendant la guerre, deux petits oiseaux étourdis, deux minuscules petits oiseaux, moindres encore que nos roitelets, étaient arrivés je ne sais comment à bord de notre cuirassé, dans l'appartement de notre amiral, et, tout le jour, sans que personne du reste

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