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un lien de parenté évidente entre la petite main en pierre de la collection de Mme Michel, et la main de bronze, provenant de Java, prêté par M. Alphonse Kann.
On ne s'étonne pas en présence de telles analogies. Mais il en est d’autres qui paraissent plus bizarres, parce que jusqu'ici, rien n'est venu les expliquer. On ne peut se défendre d'un sentiment de surprise en constatant des ressemblances entre la sculpture chinoise de Yun-kang et de Long-men et notre statuaire romane ou gothique. Déjà, dans une autre série, celle des figurines en terre cuite de l’époque T’ang, on avait noté que telle chimére accroupie, trouvée dans une vieille tombe chinoise, s'apparentait singulièrement avec les gargouilles de Notre-Dame. Les statues bouddhiques suggèrent des rapprochements non moins inattendus.
Prenons un exemple, examinons l'image en pierre polychromée de M. Rosenberg : ce corps de femme
mince et droite, aux mains portées en
avant, trouverait place contre le portail d'une de nos cathédrales, nous la verrions fort bien à Chartres. Le costume complète l'illusion, avec sa tunique ajustée sur la poitrine et souvrant en plis symétriques vers chaque flanc. Cette pièce date du v° siècle. Elle ne reste pas isolée: la statuette japonaise en bois de la collection Getty (vu siècle) reproduit sensiblement le même type et le même vêtement. Nous retrouverions d'autre part des impressions semblables devant le groupe de la grande stèle de M. Goloubew, devant la statue auréolée de la même collection: et les bronzes dorés de M. Stoclet ou de M. Peytel dirigeraient enfin
notre pensée vers des œuvres analogues de la fin du Moyen Age français
Collection Desmazières.
ou allemand. Rien ne nous autorise cependant à voir dans ces similitudes d’autres
effets que ceux du hasard. L’effort de l’homme pour traduire ses émotions esthétiques et religieuses se rencontre souvent, à travers les siécles et les races, en des œuvres dont linspiration commune crée seule la parenté. Diverses circonstances peuvent cependant expliquer quelques analogies. Il est certain que le sculpteur aux yeux obliques de Yun-kang ou de Long-men travaillait dans les mêmes conditions architecturales que le naïf imagier de nos cathédrales : lun taillait la pierre à même la montagne, dans la masse du roc, l'autre concevait sa statue dans le plan d’un portail monumental; tous deux devaienttenir compte des mêmes éléments de travail, c’est-à-dire offrir la moindre prise aux dégradations naturelles, à usure de la pluie, à la violence du vent, à laccumulation des poussières.
D'où leur obligation com-
mune de dresser des for-
mes minces, aux plans
Collection Loo Ching-tsai.
simples, aux draperies droi-
tes, rachetant seulement par la justesse des volumes la nudité sévère des lignes. Il n’est pas surprenant que des œuvres issues des mêmes nécessités présentent des caractères communs.
On a remarqué d'autre part que la peinture chinoïse nous faisait penser volontiers aux œuvres de nos primitifs. I ne s’agit plus ici, 1l est vrai, d’analogies créées par la technique. L'artiste chinois, peignant sur soie et à l’aquarelle, en tons atténués ou même simplement à l'encre, ne recherchait nullement les effets de couleurs d’un Italien, d’un Français ou d’un Flamand du xv° siècle. La ressemblance existe donc sur-
Les: LES
Collection Stoclet.
ture chinoise n’est
guère différent. On doit voir toutefois, dans le procédé du primitif, les hésitatons d’une esthétique qui se cherche. Le Chinois, au contraire, applique un véritable système; il ne s’agit pas chez lui de tâtonnements.
Son esthétique est déjà fixée; elle est seulement différente de la nôtre, et la différence principale provient de ce qu’il place l’œil du spectateur supposé, beaucoup plus haut que nous ne le faisons nous-mêmes. Un
tout dans la composition des scènes.
Lors même qu'il ne va pas jusqu’à représenter sur la même toile les divers épisodes d’une même action, ce qui brouille à la fois la perspective du temps et celle de l’espace, le peintre primitif construit ses plans d’une façon qui déroute au premier abord; la vue ne fuit pas jusqu’à la ligne d'horizon, mais se porte successivement sur plusieurs plans superposés. L'aspect d’une pein-
Collection Cernuschi.
paysage se déroule à la vue d’un Chinois comme s’il était contemplé d'une cîme; la perspective ne s’enfonce donc pas droit vers l'horizon,