‹ La jambe noireChapitre 20 sur 23 · II. W · texte numérisé non relu

II. W

Sur la lisière de la forêt du Hellet, et tout près du bourg de Groixdalle, entre Neufchàtel et Dieppe, deux hommes» assis sous une hutte grossiàremeut fabriquée avec de la paille et des branches iBortes, achevaient un repas frugal composé de pain noir et de cidre.

Le jour baissait et les rayons obliques du soleil coubant doraient les troncs blancs des grands hêtres. Oa Stait au mois de juillet et il faisait une chaleur accablante. Tout se taisait dans la forêt.

Un chien couché devant La porte de la cabane dressait parfois Toreille pour écouter, et la brise du soir qui commentait à se lever ne Lui apportait q^àt le bruisse«^ ment des feuilles frémissant à peine sous ce léger souf-^ lie venu de la mer.

Les éclats de hois qui jonchaient la clairière indi* quaient assez la profession du propriétaire de la huUe^ sabotier de son état et même sabotier très-achalandé, à, en juger par la quantité de sabots empilés sous son toit de chaume. Son hôte, habillé en colporteur, comme au

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débat de cette histoire, n'était autre que Liardot, sorti de Paris le jour de l'exécution des derniers chouans et arrivé le matin même chez Taffilié de la dernière étape, J^an Tanguy, le sabotier.

L'ancien chef des CoUets noirs avait voyagé de gtte en gîte depuis Paris, et toujours la nuit, escorté du fîdèle Jacobin. Il n'avait point fait de mauvaises rencontres en route, et partout il avait été accueilli avec eimpresâement, car, le secret de l'ancien itinéraire ayant toujours été gardé, les amis des chouans étaient restés à leur poste.

«--» Bientôt, il sera temps de partir, murmura Liardot.

— Espérez encore un peu, monsieur Reur-de-Rose, dit le 8cd>otier ; il fera nuit close dans une heure, et il n'y a que cinq petites Henes d'ici à Biville.

— Je le sais, mais je veuK arriver à la côte avant le jour, et il faut que je prévoie le cas où je viendrais à m'égarer.

— - Pas possible, monsieur Fleur-de-Rose, vous connaissez trop bien le chemin, et puis, si vous vous trom«^ piez, le chien à Maneheu ne se tromperait pas, lui.

— On ne l'a pas revu dans le pays, Maneheu?

— Non. Pour sûr, il sera retourné dans sa Bretagne, puisqu'il a échappé aux bktts. Et sa femme, monsieur Pleur- de-Rose?

— Sa femme est morte.

«^ Aurait mieux valu que ça soit lui. C'était une brave créature du bon Dieu que la fille au vieux Le Graverend, tandis que son homme... un failli gars, monsieur Fleur-de-Rose.

— Et tu dis que je suis sûr de trouver sous Biville la barque au père Costard? demanda Liardot pour couper court à des appréciations qui lui rappelaient de pénibles souvenirs.

— Mon petit a dû arriver au Tréport sur le coup dé

midi, répondit le sabotier, juste comme Costard rentrait de la marée du matin, et Costard est toujours paré à partir pour la grande traversée. Quand il saura qu'il est question de passer un ami de défunt le général Gadoadal, il sera trop content, car c'est un bon, le père Costard, et, s'il n'y avait que des Français comme lui, le roi serait bientôt rétabli. Pauvre général ! quand je pense qu'il n'y a pas un an il a couché ici sur mes copeaux, avec une paire de sabots pour oreiller, et •que les bleus viennent de lui couper le cou, les lâches!

— Répète-moi ce que ta m*as dit tantôt. Où est le chemin pour descendre sur la grève?

— A cinq ou six portées de fusil sur la droite de la fente où on tendait le câble dans le temps, en tirant du «ôté de Tocqueville-sur-Eu ; seulement, la dévalée n'est pas commode et il y en a d'aucuns qui passent encore par la fente ; ça sera affaire à vous de choisir, monsieur JFleur-de-Rose. La barque à Costar viendra au droit de Ja falaise de Biville, entre trois et quatre heures du matin. Vous la connaîtrez bien. Elle a sa voile de foc peinte en rouge. Et puis, mon gars sera à bord et il dira que c'est vous. Sans ça, Costard ne vous embarquerait pas, parce qu'il se méfie. La semaine passée, comme il accostait dans l'anse de Penly, il a été hélé par un homme qui lui a offert cent écus pour le mener à la côte anglaise, et il a refusé comme de juste, vu que ça pouvait bien être un mouchard que le gouvernement lui avait envoyé pour le pincer, s'il acceptait.

— Et tu m'assures qu'on peut se servir encore de la fente ?

— Dame I sans corde, faut être fort et adroit tout de même. N'empêche que Noël Sauvé, le fraudeur, qui reste à Berneval-le-Grand, y a monté plus d'une fois avec un ballot sur le dos.

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— Bien. Je me déciderai là-bas. Le plus court, je crois, c'est de passer par Douvrend ?

— Ouf. Vous .laisserez ensuite Envermeu sur votre gauche, vous passerez entre Glicourt et Gouchanpré, vous couperez la grandVoute un peu au-dessus de Brunville et vous tomberez tout droit dans la lande de Biville.

— Et une fois dans la lande, je serai arrivé, car de là j'irais à la falaise les yeux fermés.

— Obi bien sûr. Seulement, si j'osais vous donner un conseil, monsieur Fleur-de-Rose, je vous dirais : ne passez pas par le Bois-Guillaume.

— Pourquoi donc?

— Parce que la maison est hantée, dit le sabotier en baissant la voix.

— Tu veux dire qu'on y voit des revenants? demanda Liardot en haussant les épaules.

— Oui, monsieur Fleur-de-Rose, et il ne fait pas bon se promener la nuit dans la ferme.

— Gomment I dans la ferme I Elle a été brûlée Tan passé.

— G'est vrai. Il ne reste que les quatre murs, mais... il y a les caves.

— Eh ! bien ?

— Eh! bien, les gens de Biville disentqu'on y entend traîner des chaînes et puis des grands coups sourds comme si DU piochait la terre... et, une fois que mon petit gars revenait de Griel où je l'avais envoyé vendre des sabots, il est passé le soir à la brune par le Bois- Guillaume et il a vu une grand ombre noire qui se glissait sous les pommiers du courtil.

. — Il y a longtemps de cela?

— Non, monsieur Pleur-de-Rose. On n'a guère commencé à parler de ça dans le pays que depuis un mois 00 approchant.

— Et qu'en dii-ant

— Le maire de Biville, qui est un hhii enragé, soiytient que c'«8f des chouans qui se cachent et il parle de faire... comment dit-il ça?... une... perquisition. Mai&, moi qui sais qu*il n'y a plus de efaouans, malheureusement, ,f ai m^n idée»

— Voyons ton idée.

— Je crois que c'est Tàme de la pauvre d^unte qui rôde la nuit dans les ruines de la ferme de son père.

— Louise ! s'écria Liardot, qui ne put s'empêcher de tressaillir.

— Oui, Louise Le Graverend, qui était venue au monde au Bois-Guillaume. Vous m'avez fit qu'elle était morte vers la Pentecôte. Ça s'accorde bien, puisque c'est à peu près dans ce temps-là que le sabbat a cofBmëncé.

— Les morts ne reiriennent pas, tUBÀ Tanguy, dît Liardot pensif.

Et, comme le sabotier allait se récrier, il ajouta :

— Est-ce qtte, depuis Tincendie, la ferme a été vendue?

— Non, tnonsieur Pîeur-de-Rose. Le maire de Gamaches, qui Ta achetée dans le temps comme bien national et qui, à cette heure, est quasiment ruiné, voudrait bien s'en défaire, mais fi ne trouve pas d'^acquéreur, vu qu'il ne manque pas de gens qui disent que cette terre-là porte malheur, sans compter que les revenants ne l'achalanderont pas.

— Il est certain, murmura l'ancien chef des Collets If&trsy que, si quelqu'un avait intérêt à empêcher la vente du Bois-Guillaume, il ne pourrait rien imaginer de mieux pour effrayer les paysans que ces tapages nocturnes.

— Après ça, reprît Tanguy, peut-être bien aussi qiw des finauds du canton s'en viennent, la nnrt, y cheréhef

LA JAMBE NOIBB 359

des trésors. Maneheu était un gârs qui amassait des écus et, comme il a. été obligé, Tan passé» de partir de la ferme aa pied leTé, il n*a pas pu tout emporter... Et H n'y est jamais revenu.

— Qui sait? dit tout bas Liardot.

Peu importe, reprit*il à baute voix, il est temps de partir, si je veux arriver à. la côte avant le jour.

Et, sifflant Jacobin qui fut aussitôt sur pied, le vieux chouan se leva, rajusta ses guêtres, prit son bâton et dit au sabotier :

: — Adieu, mon vieux Tanguy, je crois bien que nous ne nous reverrons plus, et je ne veux pas que tu finisses ton existence dans cette misérable cabane. Prends ce rouleau de cent louis pour acheter une boutique au Tfépo^rt et eomtiaoer ton commerce de sabots sous un toit plus solide.

. *— Cent louis 1 s'écria Tanguy. Eh I qu'esirce que je ferai d'un si gros argent, monsieur Fleur-de-Rose?

•— Tu le laisseras à ton gars après toi, si tu ne veux pas t'en servir. Prends toujours et quittons-nous. L'heure est venue.

Le sabotier se confondit en protestations et en remer* ciements, mais il empocha le rouleau.

Il faisait nuit, et de peur de manquer son embarque^ ment au petit jour, Liardot se mit en route d'ua bon pas, car il était encore excellent marcheur, et il eut tôt fait de sortir de la forêt, de dépasser, en le laissant sur la gauche, le bourg de Croiidalle, et de gagzier la vallée de l'Aufaie, qu'il devait suivre jusqu'à Douvrend.

Il.n'yaivait point de lune, mais cette nuit de juillet était asfiez claire pour qu'il fût aisé de se diriger, même à travers champs. Liardot, au surplus, avait déjà p^^ couru cette route, et Jacobin la connaissait à merveille* L'intelligent animal lui servait de guide, courant à

quinze pas devant lui, pour faire office d*éclaireur, et 8*arrètant parfois pour prendre le vent. Avec ce guide h quatre pattes, qui aurait flairé de loin tout personnage suspect, le voyageur était bien assuré de ne pas être surpris.

En effel, il suivit son chemin sans incident d'aucune sorte, pendant cinq heures consécutives, et le ciel blanchissait déjà du côté de TOrient, quand, après avoir traversé la grand'route de Dieppe au Tréporl, il déboucha dans la lande de Biville.

Trois heures venaient de sonner au clocher du village de Bi*unville, et Liardot n*avait pas de temps à perdre pour arriver à la falaise avant le lever du soleil. 11 s'achemina donc directement vers la côte, et il ne tarda pas à apercevoir le bouquet d'arbres qui masquait de ce côté la ferme du Bois-Guillaume.

Il se rappela naturellement le singulier récit de Tanguy, et quoiqu'il n'y attachât pas grande importance, il résolut, contrairement aux conseils du bonhomme, de traverser ce lieu suspect. Il ne croyait pas aux apparitions, mais il lui était venu à l'esprit que Maneheu pourrait bien avoir eu l'idée de visiter son ancienne habitation avant de passer à l'étranger. Il n'était point improbable qu'il y eût caché de l'argent dans quelque cave, et, dans ce cas, le chouan n'était pas homme à laisser là son trésor. Seulement, liardot avait peine à croire que le meurtrier de la pauvre Louise se trouvât encore en Normandie.

Il avait dû quitter Paris vers le 20 mai, et on était au 3 juillet. Maneheu aurait eu trente fois le temps làe déterrer ses écus, si tant était qu'il en eût enfoui. |

Liardot, au surplus, ne s'attarda guère à ces conjeo» tures et, poussant résolument devant lui, il arriva bien? ôt à l'entrée du verger qui entourait la ferme. La barrière avait été arrachée et la haie dévastée, de sorte qu'on

pouvait entrer librement. Les murs du corps de logis détruit par Tincendie étaient encore debout ; mais nul n'avait songé à déblayer les ruines, et les ronces recouvraient déjà les pierres amoncelées.

L'ancien chef des Collets noirs regardait tristement ces décombres qui lui rappelaient de cruels souvenirs, lorsque Jacobin se mit à grogner sourdement ; il prêta Toreille et il entendit un bruit singulier. On aurait dit qu'on frappait sur une enclume avec un marteau. Il écouta plus attentivement et le bruit cessa après avoir continué quelques instants. Mais il voulut savoir à quoi s'en tenir et il s'avança avec précaution vers un gros amas de débris d'où le bruit semblait partir. Jacobin le suivit, tout en continuant à grogner et à montrer les dents.

Ils n'avaient pas plutôt mis le pied sur le tas de pierres qu'un homme, qui semblait sortir de terre, se dressa tout à coup à dix pas devant eux et s'enfuit vers la lande. Le chien s'élança en aboyant, et Liardot allait se mettre aussi à la chasse de cet inconnu, mais il trébûcha dans les ronces et tomba.

Il entendit alors un hurlement de douleur et presque aussitôt il vit revenir Jacobin tout ensanglanté. Le pauvre danois avait reçu sur le museau un. coup d'un instrument piquant, et peu s'en était fallu qu'il eût été blessé à mort.

Liardot, furieux, prit un pistolet dans sa ceinture et fit quelques pas en courant à la poursuite du fuyard. Puis il réfléchit que, dans l'obscurité, il n'avait aucune chance de le rattraper sur cette bruyère immense, et il 8*arrèta.

L*idée lui vint alors de chercher d'où cet homme avait pu sortir et, en examinant de près les décombres, il trouva un endroit fraîchement déblayé. Il se baissa et il

36^ LA JAMBE NOtRÈ

vît rentrée d'un escalier, évidemment celui de la. cave de la ferme que le toit en s'écroulant avait obstrué, et que Tindividu qui se sauvait venait de mettre à découvert.

Jacobin s^J®^^ ^^^^ hésîl^ et liîàrdol y descendit ftprèâ lui. Quelle ne fut pas sa surprise d*y trouver à c^té d^un tonneau de cidre une lanterne attuffiée et uû coffre de fer dont le couvercle avait été enfoncé à coupa t!e pioche.

Ce coffre devait avoir été enterré ioùs le sol de ta Cave, car tm trou était là, béant, et là tefrè paraîssàît avoir été remuée tout récemment. Le coffré d*aîllèars était vide.

Le vîeo^ chotian s'expîiquaît itrtl bien maintenant leà bruits noclurnes qui jetaient Talarme dans le pays. Le prétendu revenant travaillait tout simplement à se frayer un chemitt jusqn'ati tï^éeor caché dans la cave> et la be^ sogne avait dû être longue et pénible, car Tescalter en^ seveli «otirt un énorme ta« de pôntres et de moellons était absolument inaccessible et de plus le coffre était enfoui à une très-grande profondeur. îl était clair attssi tpie ce travaa «fachevaît précisément i Finstant où Lîardot pénétrait dtfns les flwnes de la ferme. Il était Brrivé tout jnsto k point pour entendrt !e* demters eonps de pioché et ponr voir HKmrtnc Venfuîr atec l'argent.

Oet argent ^*oh lémporiftit im Tiiitéréseait gtière, i&«is il s'inqniétait dttvanlage ée Im personnalité An dénicheur do trésors. €'étaîi, «*oii tocrt^ apparence, 4({i]elq«e pajisan des environs attiré p«tle renotn d*ava^ rice et d'opulence que Maneheu avait laissé dans le pays, mais il se pouvait au«ai qm ee fiûit Maniefaeu lui^mêifeie. jL'ex^ermier du Bois-GuîJlaufliie était bien capaiik d'exl^oser sa liberté et sa vi« pour rentner en posflesnoii Ab ses écus. Mais alors il fallait supposer qu'il vivait caché

dans les bois^ à moins qu'il n'eût trouvé un asile chez quel(}ue contrebandier, et ce ji^'était point impossi

A la seule pensée de rencontrer sur son chemin Tassa^in de Lojuise, Liarddt frémissait de colère. Il souhai-' tait ardemment de venger, la pauvre morte, et, s'il avait ei^ la certitude de découvrir Pierre Maneheu, il se serait mis à sa recherche avec ardeur, Ijtf ais rien ne semblait nioinfi probable, et Liardot c'avait pas de temps à perdre, g'il voulait profiter pour passer en Angleterre de la barque frétée par le gars du sabotier Tan-

L'aube allait poindre et il lui impolrt^it fort d'arriver à la falaise av^nt qu'il Ht grand jour. Il sortit donc de la cave, et, laissant derrière lui les ruiner du Bois- Quillaume, il se jeta dans la lande.

Jacobin, dont la blessure n'était pa? biei^ gravei courait toujours en éçl^ireur,

I^e fugitif se dirigeait vers la feinte de Biville, qu'il voulait examiner d'abord pour gagner ensuite l'autre passage indiqué par Tanguy^ si la depçentQ par la fente lui paraissait trop di^ô^^^l^* Il inclinait d*$tUleurs à penser qu'elle serait impossible, à cause du chien qu'il tenaij^ plus que jamais à emniener avec lui, mais il éprouvait un secret désir ^ù revoir catte falaise où il avait reçi} George^ Gadoudal.

A mi-çbemin de la c6te, il passqi tout près de la carrière où, dix mois auparavant, il avait vu la mort d^ ai près.

— Que ne m'ont-ils fusillé ici ! murmura-t-il en regardant Iç bloc dç pierre auquel il s'était adossé pour çQmmapder le feu.

Puis, il b&t^ le pas et il arriva promptement à la côte.

A la clarté du jour naissant, il reconnut sans peine Iç

pli de terrain où il s*était embusqué avec les chouans la nuit du 21 août 1803. Il retrouva même la pierre où on attachait le câble, mais, bien entendu, le câble n*y était plus. Il s'avança alors jusqu'au bord extrême de la falaise, et il se pencha pour se rendre compte des difficultés que présentait ce chemin périlleux. L*aube n'avait pas encore remplacé tout- à- fait le crépuscule et la côte faisant face au nord-ouest ne recevait pas les premières lueurs du levant et restait plongée dans l'ombre.Li^rdot ne vit à ses pieds qu'un trou noir assez semblable à un gigantesque tuyau de cheminée, et il comprit qu'il lui fallait attendre quelques instants pour juger de la possibilité de la descente.

Jacobin avait-il senti un ennemi? On. aurait pu le croire, car il allongeait le cou sur l'abime en aboyant avec fureur. Son maître eut beaucoup de peine à le faire taire et à le forcer à se coucher à ses pieds. Le brave chien finit pourtsmt par se raser dans le pli de terrain, à trois pas du bord, et la tête tournée vers la fente^

Le chouan regardait avec attention pour tâcher de découvrir la barque et il l'aperçut bientôt à sa droite et à cinq ou six portées de fusil de la côte.

La mer était calme comme un lac et se colorait peu à peu des teintes d'opale dé l'aurore. Une légère brume montait de la grève et s'évaporait aux premiers feux du soleil qui se levait derrière les grands arbres dd la forêt d'Eu.

C'était bien la barque montée par le marin dévoué que Tanguy avait choisi. Liardot la reconnaissait à son foc peint en rouge, et aussi à sa manœuvre, qui tendait évidemment à aborder sous la falaise de Biville. Il la suivait des yeux avec beaucoup d'attention, et il ne regardait point à ses pieds.

Ce qui se passa alors dura moins de temps qu'il n'en

LA JAMBE NOIRE 36b

faut pour récrire. Un homme qui s'arc-boutait avec ses genoux aux parois de la fente apparut à mi-corps audessus de la falaise.

Cet homme, c^était Pierre Maneheu, et il tenait un pistolet qu*il déchargea presque à bout portant sur Liardot.

— Cette fois, je ne Tai pas manqué, cria le misérable.

Liardot était tombé foudroyé. La balle Tavait frappé à la même place que Louise, — au cœur.

Mais Maneheu, deux fois assassin, n*avait pas pris garde au chien. Jacobin bondit, le saisit à la gorge et roula avec lui dans la grève.

La dernière des Baromesnil était vengée.

Les marins de la barque trouvèrent sur les rochers le cadavre broyé d'un homme qui portait dans sa ceinture une somme énorme. Le chien était mort, mais il n'avait pas lâché Tassassin.

Les marins prirent Tor et laissèrent les corps sur le sable où la marée vint bientôt les saisir.

Liardot ne fut reconnu par personne. On mit dans sa bière le portrait de Christiane qu*on avait trouvé sur sa poitrine, troué par la balle de Maneheu, et on Tenterra dans le cimetière de Biville. Une croix de bois qui ne portait pas son nom marqua seule la place où il reposait et, quand le roi remonta sur le trône de France, rherbe avait déjà effacé la tombe du chef des Collets noirs,

François Robert fut tué à Waterloo et Gabrielle, en religion sœur MarceUe, mourut de la fièvre jaune &

hA JAMBS NOIRS

Barcelone où elle était accourue pour soigner les vie* times de la terrible {épidémie de 1822.

Mais l'espion Gaillotte vécut de longs jours et flnit tranquillement dans son lit.

lie royaume des justes n'est pas de ce monde.

Le premier épisode de cette «ériç de romans sur les conspirations royalistes sous le Directoire et sous le Consulat est en vente cbe2 Denttt.

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le Paradis des femmes. . . 3

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les Cinq 3'

I a Bande Cadet s

Aventure de C. Qulini>or. . 4

FBBDXMABD FABRB

f^ Marquis de Pierrerue. . 9

Barnabe 4

Li Petite Mère 4

OCTATB riiBB

fjeJnge médecin..... 4

Le Médecin eonlesscur . . 4

FBBTAQUBB

Rolande 4

Mémoire d'un décavé. ... 3

Sacba 4

Madame Leballly 4

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Lé Roman d'un Prince russe 4 Lea Amours de Geneviève. 4 LeUoidaiour 4

BMXX.B «ABOBIAO

L'Affaire l^rouge 4

L'Argent des Autres 9

La Corde an Cou 4

Les Cotillons célèbres .... 9

Le Crime d'Orcival 4

La Dégringolade 9

Le Dossier no4lS. 4

Les Esclaves de Paris 3

La Clique xlorée 4

Monsieur Lecog. 9

Petit vieux des BatignoUca. 4

Le 43« hussards 4

La Vie infernale • 9

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