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réglées* Les fournées^ comme disaient les rév<^uUoa~ naires en leur exécrable langage, les fournées avaie&t pris fin avec la Terreur, et, pour la première fois depuis 4ix ans, le lundi 25 juin 1804, le couperet allait tomber 4lou.2e fois^ Notre siècle, grâce à Dieu, n'a plus revu pareille hécatombe sur la place de Grève.
Aussi, tout ce que Paris comptait d'amateurs de sup* plices était-il accouru à cette horrible fête, comme le^ Espagnols se ruaient jadis aux combats de taureaux quand ils furent ^rétablis, après avoir élé interrompus^ sous Philippe V^
Cependant, à ce honteux empressement se mêlait le désir de voir le fameux Georges, le héros de la chouannerie, et son lieutenant Saint- Victor, dont la beauté, Télégance, la haute mine, avaient fait grand bruit. On ne connaissait pas sas véritables amours, mais on lui prêtait beaucoup de bonnes fortunes, et, dans cette so* ciété parisienne, qui se souvenait du Directoire, il n'en fallait pas davantage pour que le jeune chouan inspirât un vif intérêt et même quelque pitié. Pendant le trajet,, liardot entendit plus d'une fois murmurer ^es paroles, de compassion, promptement étouffées par ce bourr donnement confus qui est comme la respiration des foules.
Saint-Victor, pourtant, n'affectait point la pose d'^û héros de roman. Calme et reeueîlli^ il prisfit silencieusement, et soin visage n'exprimait ni crainte, ni forfanterie, ni regret des affections terreMxes. Cadoudal, plus sombre, mais non moins résigné, priait aussi avec fery.&ax. Et, impassibles comme leurs chefs, les soldats obscurs qui remplissaient les autres charretteSi^ s'apprêtaient à mourir dignement» simplement et pieuse* ment. .
Le cortège avançait vers la guillotine qui dressait ses
veux bras rougei^fil'çntrée de la place de Grève, surel
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quai) et prédséAieiïl & r«Ddroit où aâiatttit aujourd'hui le pont d'Arcole.
On rayait rélégaée là, au mois de «lars 1803, lors de rexécution de Tépicier Trumeau, 9irr les rédamation» réitérées êà M. Frochot, préfet de la Seine, qiïi se plai*^ gnait «de ce qu'on ékevciil Tiéch&faittd en foœde to porte principale de THÔtel-de-Ville.
lianlot suivait toujottra^ le rieage contracté^ les yeux seea, absorbé et eomoie exalté par sa douleur*
Bientôt les charrettes s'arrêtèrent et on ût descendre les eondanoés. iiardot resta derrière Tescorte qui les entourait.
Les chouans se rangèrent tm pied de la sinistre mathine, qulls regardaiettt sams pâlir, et Tépouvantable bottcherie commença. Les Talets du bourreau vinrent tes prendre un à un pour leur faire gravir Tescalier et les lier sur la baseule. Pas un ne broncha. Pas un non plus ne poussa un cri pour la cause à laquelle ils sacri* ficdent leur vie. Peut-être voulurent-ils laisser à Cadoudal rhonneur de protester seul au nom de leur foi roya^ liste.
Dix fois le couteau s'abaissa et se releva dégouttant de sang. Il ne restait plus de vivants que Georges et son lieutenant.
Saint-Victor voulut embrasser encore sdn général, et Cadoudal, en recevant ce baiser suprême, haussa les épaules, comme pow 1>làmer un acte de faiblesse enfantine. Puis, quand la l>elle tôte de son ami fut tombée, il s'avança en faisant signe aux exécuteurs de ne pas le tottcher, et monta d'un pas très-lent, mais très-ferme, les marches de , Téobaf atud .
Arrivé sur là plate-forme, il se redressa de toute sa hauteur et cria d*uiie voix retentissante, de cette voix qui avait tant de fois commandé sur les champs de ba<» aille de la guerre civile :
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— Camarades, je vous rejoins. Vive le roi 1
Le couperet s'abattit et la tête de Georges Gadondal tomba. Mais les paniers étaient pleins et le cadavre colossal du général des chouans resta plus d'un quart d'heure sur Téchafaud. 11 fallut que Sanson envoyât chercher de la toile pour lui faire un linceul à sa taille.
La foule, saturée d'horreurs, se hâta de fuir cet effrayant spectacle, et Liardot se laissa entraîner parle courant qui refluait vers le quai.
Le dernier cri de Georges retentissait encore à ses oreilles et il allait droit devant lui, chancelant comme un homme ivre, sans savoir où le torrent le poussait. Par moments, il regardait la Seine et il lui prenait envie de s'y jeter pour ne pas survivre à ses malheureux amis. Puis, il s'élevait dans son cœur des mouvements de rage, et il pensait qu'un jour viendrait peut-être où les chouans seraient vengés. Il marchait toujours. •
Il arriva ainsi devant les Tuileries, et, en levant les yeux, il vit le pavillon de Flore. Il se souvint alors qu'il avait à s'acquitter d'une mission sacrée. 11 avait promis de faire savoir à Gabrielle que Saint-Victor était mort en pensant à elle. II prit la lettre qu'il avait préparée' pour apprendre à la malheureuse jeune fille qu'elle n'avait plus rien à espérer, et il la remit au concierge du palais.
Gomme il sortait du guichet qui s*ouvre sur le quai, il sentit qu'on lui frappait sur l'épaule, et, en se retournant, il se trouva face à face avec Gaillotte.
— Bonjour, papa Sourdat, lui dit l'espion en grimaçant un sourire ; vous venez de la Grève, n'est-ce pas?
Liardot eut envie de sauter à la gorge de ce coquin et de l'étrangler, mais il se contint.
— Et vous avez emmené avec vous le chien de la bri-
gande^l reprit Caillotte sans attendre la réponse. Ma foiî vQus avez bien fait de le garder et d*aller dire adieu à vos anciens amis. L^animal vaut son pesant d*or et les chouans étaient de rudes gaillards.
Et, comme liardot le regardait avec des yeux qui n'exprimaient pas précisément la bienveillance, il ajouta :
— Oh ! n*ayez pas peur. Ce n'est pas moi qui vous dénoncerai au patron. Je sais bien des choses, mais je n'irai pas les lui conter. C'était bon du temps où j'avais ma fortune à faire. Maintenant que je suis riche, je ne veux me brouiller avec personne. Et puis, qui sait ? les royalistes auront peut-être leur tour. Vous croyez que je me moque de vous? Vous vous trompez. Tenez! gageons que vous venez de porter à M'*° Robert les adieux cl u beau Saint- Victor. Cela vous étonne que je sois si bien informé ? Vous avez donc publié que je connaissais Thistoire de la Jambe noire? Parbleu I je n'ignore pas non plus l'entrevue du frère et de la sœur avec l'empereur sotis la fenêtre de son cabinet, ni votre visite à la Conciergerie. Pauvre commandant, il doit être au désespoir.
— Que voulez- vous dire?
— Que le mariage qu'il avait arrangé pour M"® Robert est à vau-l'eau, car elle se fait religieuse. Votre lettre arrivera trop tard. Elle vient de partir pour le couvent des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Adieu, papa Sourdat, ajouta l'espion en tournant les talons. Décidément, ce Saint- Victor était un brave.
Une heure après cette singulière rencontre, Liardot sortait de Paris, fermement résolu à n'y plus rentrer.