‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 5 sur 127 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

assez partiale de certaines touches. Le dramaturge, voltairien sans l'avouer, s'en donne à cœur joie de dauber sur l'Eglise et la noblesse, de peindre des couleurs les plus crues l'égoïsme, l'insensibilité, la tyrannie des seigneurs, la cupidité, la poltronnerie, voire l'incrédulité, ou, si l'on préfère, le scepticisme des moines, au moins de certains d'entre eux.

Mais là n était pas l'objet principal que se proposait Mérimée'. Il cherchait moins à plaider une cause politique, à défendre ou accuser, qu'à réaliser une œuvre conforme à l'esthétique romantique : c'est de ce point de vue surtout qu'il convient d'étudier la Jaquerie.

Quand et dans quelles conditions Mérimée <;onçut-il son œuvre? Il est impossible de le dire : il n'en parle, dans ses lettres, qu'une fois et sans préciser le moment où il en eut l'idée. M. Trahard conjecture avec vraisemblance que ce fut en 1827, après les représentations des drames de Shakespeare dont il a été parlé. Mérimée avait vu jouer le Roi Jean, le Roi Richard III, le Roi Henri IV, toutes pièces dont on peut dire qu'elles ne sont que des chroniques dialoguées. Il a pu leur prendre l'idée d'un drame historique construit selon des formules très souples. Qui sait s'il n'a pas eu l'intention de rivaliser avec son ami Vitet^ dont les Barricades et les Etats de Blois venaient de paraître en 1826 et 1827? Il est impos-

1. Et par là il échappe à rinflucnce des romanticistes italiens, quoi qu'en pense J. Marsan, loc. cit., p. 116, note 1. L'objet de Mérimée est moins national et politique que littéraire, et il reste, malgré quelques formules assez vives, à peu près objectif.

2. Peut-être aussi a-t-il songé à la pièce de Rémusat, ta féodalité, lue en mars 1824 chez Delécluze (cf. Trahard, t. I, p. 157). où se trouvait « une peinture très vive et fort saisissante des mœurs... de celte époque » .'

Page 1