SIMO-X
Tout cela s'arrangera tantôt : mais ce qu'il faut savoir, c'est comment nous nous y prendrons pour entrer dans ce chàteau-là, et quel jour.'
MORAND
Il me semble, mon révérend père..., et toute la compagnie, que je salue..., il me semble qu'il vaut mieux attendre encore quelque temps, jusqu'à ce que tous les vilains du Beauvoisis soient entrés dans notre ligue. Au moins alors nous saurions notre force...
LE LOUP-GAROU
Par la tête-dieu I pourquoi attendre plus longtemps? Nous sommes assez nombreux, commençons; les autres auront du cœur, quand ils verront le bel exemple que nous leur aurons donné. Ainsi, haut la masse, tue, assomme! voilà mon avis.
SIMON
D'ailleurs, mes bons messieurs, un homme que
VOUS aimez tous, Renaud d'Aprcmont, mon beaufrère, est en prison, sur le point d'être justicié : ce serait une honte h nous de le laisser mourir sans secours.
BARTHELEMY
Oui, Renaud mérite bien qu'on fasse quelque chose pour lui.
MANCEL
Vous connaissez tous sa conduite généreuse. Il s'est livré après avoir tué le méchant sénéchal pour* que les gens de son pays ne fussent pas décimés*.
C'est cela un luron, corps d'un bœuf! et rien que pour le délivrer nous ferions bien d'assommer tous les nobles hommes de France. — Or sus, prenons nos armes dès demain, allons tous au château, tâchons d'enfoncer les portes, et...
MORAND
Oui-da, as-tu oublié la garde et le pont-levis?
BARTHELEMY
Si, la nuit prochaine, nous essayions de surprendre...
MORAND
Il faudrait des échelles pour escalader le mur, et non* n'en avons point.
GAILLON
J'ai bien une échelle pour montera notre grenier. Je la prêterai volontiers.
MORAND
Imbécllle! ton échelle n'a pas quinze pieds, et les murs en ont plus de quarante.
BARTHELEMY
Alors, par le sang de Notre-Dame! faisons tous des échelles; coupons des gaules...
MORAND
Comment empêcher qu'on ne s'en aperçoive?
Et puis nous n'en avons pas le tems. Renaud sera exécuté jeudi, le jour du marché.
BARTHELEMY
Alors le diable m'emporte si je sais comment faire !
LE LOUP-GAROU
Si Gilbert ou sa fille sortaient, nous pourrions peut-être...
F. JEAN
Vous dites que Renaud doit être exécuté jeudi?
SIMON
Jeudi.
F. JEAN
Sur la place du marché?
SIMON
Sur la place du marché. On dresse maintenant la potence.
F. JEAN
C'est jeudi (lu'il faut le délivrer. Il sera sur la
place gardé par une vingtaine d'hommes d'armes tout au plus. Gilbert sera* présent à l'exécution. Il aime de tels spectacles. L'occasion sera belle : en plaine, cent contre un; le succès n'est pas douteux.
LE LOUP-GAROU
Voilà ce qu'il y a de mieux à faire, et c'est notre père Jean qui l'a trouvé!
Aussitôt que les hommes d'armes auront passé le pont-levis, cent d'entre vous qui se seront cachés derrière la maison de Morand, courront aux barrières, au premier signal, et"*^ sans doute il ne sera pas difficile de les forcer, dans le premiq^r moment de surprise. En tout cas nous nous saisirons de Gilbert, et une fois qu'il sera dans nos mains le château sera bientôt à nous.
SIMON
Et nous délivrerons Renaud.
TOUS
Le père Jean a raison. Il dit j^ien.
BARTHÉLÉMY
Je me charge si vous voulez d'aller assaillir les barrières.
F. JEAN
Bon. — Morand, tu seras avec lui, et avec Pierre, qui va venir ici tout à l'heure. Il connaît le château, il vous servira de guide. — Toi Franque, tu te tien-
dras sur la lisièic du hois avc(; tes braves loups, prêts à paraître au premier slt^nal.
LE LOUP-GAROU
Vous ne m'attendrez pas long-tems.
F. JEAN
Thomas, vous partirez de Genêts, de grand matin avec vos cent hommes. Comme ce sera jour de marché, votre nombre n'excitera pas de soupçons. — Cachez vos armes dans des charrettes de paille. — (A d autres paysans.) Vous, rcstcz et chargez-vous de l^hilippe de Batefol, et ne manquez pas d'allumer sur votre clocher un feu de faaots en sionc de victoire.
UN PAYSAN
J'aiguise ma cognée tous les jours, je ne le manquerai pas.
F. JEAN
Vous, bonnes gens de Lasource, de Bernilly et de Val-au-Cormier, envoyez-nous vos braves, et faites main basse chez vous sur tout ce qui porte une jupe armoriée. N'oubliez pas non plus de nous apprendre vos succès en allumant des feux sur les endroits élevés.