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Arrêtez*, Franque: que signifie ce débat dans une assemblée comme la nôtre? Ne savez-vous pas que la damoisellc d Apremont est une bonne el charitable dame? Y a-t-il ici quelqu'un qui dise le contraire?
LES PAYSANS
Personne, personne! Malheur à qui fera tomber un cheveu de sa tête!
LE LOUP-GAROU
A la bonne heure, mais* allons rondement en besogne. ,11 se rassied; Pierre remet son épée au fourreau. i MORAND.
Nous allons nous embarquer dans une grande entreprise; il faudrait donner un nom à notre troupe.
LE LOUP-GAROL".
^Morand a raison, et j'avais quelque chose à vous dire là-dessus. .Mes amis, vous savez que j'ai été le premier à faire la guerre aux seigneurs; ainsi, j'aurais quelque droit à donner un nom à notre ligue.
Je pourrais vous proposer de vous appeler les Lo///js; c'est un nom déjà illustre, mais cela pourrait faire des jalousies parmi nous. Ainsi, prenons un autre nom. Appelons-nous la Compagnie des ours enragés, par exemple, ou la Compagnie de la mort; cela fera un bon effet, avec une bannière noire et deux potences blanches dessus.
Quelle horreur! vraie bannière de brigands.
LE LOUP-GAROU
Pierre, il faut absolument que je te fasse une saignée; tu es trop vif pour que nous puissions causer tranquillement ensemble.
F. JEAN
Paix! encore une fois; je vous l'ordonne. Les noms que nous propose notre ami Franque ne peuvent convenir à une cause aussi sainte. Que voulons-nous? — être délivrés de la tyrannie des seigneurs, former des communes franches. Appelonsnous donc la Ligue des communes; et pour cri, quel nom pourrait être meilleur que celui de monsieur saint Leufroy le patron de ce pays?
PAYSANS
Oui! oui! Communes! Leufroy! Leufroy!
LE LOUP-GAROU
Un nom de saint! cela fait pitié.
PAYSANS
Communes' franchise! Leufroy! Leufroy!
LE LOUP-GAHOU.
Eh bien! Leufroy! à la bonne heure; il y a encore manière de faire valoir ce cri-là. Leufroy! Leufroy! tue, tue ! Leufroy!
Qui de vous sait donner du cor?
GAILLON
Je m'y entends passablement, mon père, et mes pourceaux (Dieu soit avec nous!) reconnaîtraient mon cor à* une demi-lieue.
F. JEAN
Bien. Tu sonneras quand je t'en donnerai l'ordre. — Franque, tu accourras à ce signal: Pierre, Barthélemi, vous attaquerez la porte.
TOUS
Amen.
MORAND
L'étoile du matin se lève; nous aurons à peine le tems de rentrer chez nous.
F. JEAN
Un moment encore, mes amis ; j'ai vu avec douleur des signes de discorde dans nos rangs. Deux d'entre vous, tous deux braves et dévoués pour le bien''^ public, semblent conserver un souvenir fâcheux de quelques paroles trop vives, échangées dans un moment de colère. L'union avant tout, mes enfans. Avant de nous séparer que Pierre et Franque se touchent dans la main comme deux frères.
PIERRE
Mol!...
TOUS
Oui, qu'ils soient amis.
A la bonne heure! mais qu'il se défasse de ses airs de gentilhomme.
PIERRE
Et toi, de tes airs de...
F. JEAN
Çà, qu'on se donne la main, et que tout soit oublié.
(Pierre et le Loup-g-arou se donnent la main.) LE LOUP-GAROU, à Pierre.
Tu as une petite menotte blanche comme la main d'une femme,
PIERRE
Ta main est bien rouge, Loup-Garou.
LE LOUP-GAROU
Je m'en vante.
F. JEAN
Avant de quitter ce lieu, jurons de nous trouver fidèlement sur la place du marché, jeudi, après prime.
TOUS, étendant la main.
Nous le jurons !
F. JEAN
Que la bénédiction de Dieu et de monseigneur Saint- Georges "^^ soit avec vous! Jeudi nous serons réunis pour ne plus nous séparer. ,iis sortent).