‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 63 sur 127 · SIMON, MORAND, MANCEL, BARTHELEMY, FOULE DE PAYSANS · texte numérisé non relu

SIMON, MORAND, MANCEL, BARTHELEMY, FOULE DE PAYSANS

BARTHELEMY, à .Morand.

Tu es bien pâle, l'ami; as-tu peur?

MORAND

Le père Jean ne vient pas.

SIMON

Gaillon est allé le chercher.

MORAND

Sais-tu si on* a des nouvelles de Thomas?

BARTHELEMY

Voici des charrettes qui enfilent la orande rue. Ce sont nos gens.

MANCEL

Barthelenii, tu devrais déjà être à ton poste avec Morand.

MORAND

Attendons encore un peu. Personne ne sort du château, je crains qu'ils ne se doutent de quelque chose.

BARTHELEMY

Garde les idées pour toi, et n'effraye pas les autres. 11 ne s'agit pas ici de faire le poltron...

MANCEL

Le beffroy n'a pas encore sonné. Il n'y a rien à craindre.

GAILLON, ciilranl.

Le révérend père me suit de près. Il dit* que monseigneur a la goutte, et qu'il n'assistera pas à l'exécution.

Diable! cela elianoe l'affaire.

BARTHELEMY

Pas du tout. Nous irons le chercher dans son lit, et le ôuérir de la goutte.

MORAND

Parle plus bas, de grâce.

MANCEL

Regarde, Simon, n'est-ce pas Thomas de Genêts qui est monté sur cette charrette, là-bas?

SIMON

C'est lui, ma foi, et il a la mine d'avoir fait un beau coup dans son pays. Je m'en vais lui parler.

(Il sort : le beffroy sonne.) MORAND, se signant.

Sainte-Vierge! voilà* le befîroy qui sonne pour l'exécution.

BARTHELEMY

Je voudrais savoir à quoi pense Renaud dans ce moment-ci. Je parie qu'il ne se doute guère...

MORAND

Chut! — I.e pont-levis se baisse.

F. JEAN, entrant. Bas.

Eh bien! mes enfans, chacun est-il prêt?

BARTHELEMY, entr'ouvrant sa casaque et montrant une poigni'e d'épée.

Voyez-vous ce bel outil?

F. JEAN

Bon, cache-le encore quelques instans.

MORAND

Voici la procession qui descend.

F. JEAN

Allons: à ton poste, Barthelemi! Au premier son du cor...

BARTHELEMY

Oui, oui.

F. JEAN

Morand, suis-le.

MORAND

Donnez-moi votre bénédiction, mon père.

F. JEAN

Va, ne crains rien, monsieur saint Leufroy nous aidera.

MORAND

Amen !

BARTHELEMY

Et Pierre, où est-il?

Là-bas, caché dans son manteau; il te fait signe.

iMorand et Barthelemi sortent.) MANCEL à F. Jean.

Voyez-vous, mon père, cette fumée là-bas! ce sont nos amis de Lasource.

F. JEAN

Bien ! bien !

SIMON, entrant.

J'ai vu Thomas, révérend père. Messire de Bate-

lOl... (11 passe sa main sur son cou.)

F. JEAN

Bien !

sisiorv'.

Thomas a vu en chemin le Loup-garou; il est prêt, l'arc bandé, la flèche encochée.

F. JEAN, ;i Simon.

Tu as la voix forte, tu pousseras le premier cri. — Gaillon, as-tu ton cornet?

GAILLON

Le voici. J'ai bu bouteille ce matin pour me préparer le gosier.

MANCEL à 1'. Jean.

Mon père, encore une autre fumée!

UN PAYSAN, entrant, à F. Jean.

Tout est bâclé chez nous, nous venons vous aider.

F. JEAN

Paix! le moment approche.

(Entre Thomas conduisant une charrette de paille.) THOMAS.

Qui veut acheter ma paille? cette charrette-là vaut de l'argent.

SIMON

Un bout de lance passe; je vais le renfoncer.

(Entrent Montreuil, Siward, Conrad, son précepteur, tous quatre à cheval. Renaud, le bourreau, un crieur, hommes d'armes.)

MO.NTREUIL.

Place !

CONRAD

Place, canaille!

LE PRÉCEPTEUR

Place à monseigneur Conrad d'Apreniont !

SIWARD, montrant Thomas.

Ce vilain a une bonne idée. Du haut de sa charrette il est placé à merveille pour voir l'exécution.

CONRAD, riant.

Ah, ah, ah! si on mettait le feu à cette paille pendant que ce vilain est étendu dessus, comme cela le ferait oigoler !

LE PRÉCEPTEUR

Ah, la drôle d'idée! Monseigneur, vous êtes un espiègle ; mais, monseigneur, ne voyez-vous pas que cette paille appartient sans doute à monsieur votre père, et si vous la brûliez vous détruiriez ainsi votre propre bien.

CONRAD

Bah! cela m'est éofal. Je donnerais bien toute cette

paille pour voir la mine de ce vilain quand il se sentirait flamber.

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