‹ La JaquerieChapitre 133 sur 139 · SCÈNE VIII ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ET DERNIÈRE

La chambre où est enfermée dona Catalina.

DONA CATALINA, MUGNOZ

MUGNOZ. (Il pose le lait sur la table. A part.)

De profundis! Et de deux.

DONA CATALINA

Comment se porte ma mère?

MUGNOZ.

Très-bien.

DONA CATALINA

Je sais qu'elle a été malade. Qu'on me dise la vérité.

MUGNCZ.

Voilà votre déjeuner. (H sort.)

DONA CATALINA, seule.

Misérable scélérat!... Ma pauvre mère! Je ne sais quelles idées atroces m'assiègent... Ohl non... cela est impossible... Don José... un tel crime est encore loin de son cœur... Pourtant... Comme ses veux

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étaient farouches quand il la regardait... Non... il n'oserait... mais... Pauvre mère! Elle est seule, j'en suis sûre... Ils la laissent sans soins... Ils la laisseront mourir... Et je ne puis être auprès d'elle... Les misérables!... Ah! don Alonso, et toi aussi, m'aurais-tu donc abandonnée! Mais que pourra-t-il faire pour ma délivrance... et lui-même est-il vivant?... O mon Dieu, n'auras-tu donc pas pitié de moi!... Je donnerais toutes les années de ma vie pour un jour

de liberté!... Ah! (Elle cache sa tête dans ses mains.i Je ne puis

penser... Si je pouvais dormir!... Pas un instant de relâche... à mes angoisses... Je ne puis lire... Quelle horreur! m'oter des livres pieux et m'enfermer avec ces livres damnables! Hélas! je n'ai jamais eu un instant de bonheur depuis que je suis au monde... et cependant je mourrais avec joie en ce moment...* ,on

entend un bruit confus au dehors.) Qu'entcnds-jc ? me trompé-jc ?

N'est-ce pas là le cri de guerre des Indiens?... Non. Tout est tranquille... Rien... C'est lèvent... Comme mon cœur bat!... Non. Je me trompe encore... Je suis tellement fatiguée par mes pensées et mes veilles, que je crains de devenir folle... Souvent il me semble entendre parler tout haut dans ma prison... Ma pauvre tête est bouleversée*... Je crains de devenir idiote... C'est ce qu'il veut parce qu'alors je serais à sa merci. O Jésus, Jésus! aie pitié de moi...

^Elle s'assied devant la table dans le plus grand abattement.! (Jui, JC Ic

sens., je deviens idiote... me voici encore à compter les pailles de cette natte... lElle se lève et lail un lourdans

la ciiambn .1 Qiic* l'air cst ('î|>ais ici! ol ce petit carré de ciel que je [)uis apercevoir, comme il est (Tiin hi illant aziiil ikiic se rassied.) Ah! ma tête est en feu! (Eiie re- {,'arde !e laii.i ils iiic tiaiteiil coiiime jc traitais ces animaux que je nourrissais en cage. Si jamais je suis libre, je leur rendrai la liberté à tous. .Kiie prend la tasse

el fait le signe de la croix, puis elle éloio^ne la tasse tout d'un coup.) MaiS

j'allais faire un péché... c'est aujourd'hui jour de jeûne, et, au soleil, il n'est pas encore midi. Depuis cinq jours que je suis dans cette prison, j'ai peutêtre oublié d'observer les jours de jeûne. (Kiie compte sur

ses doigts.) Oui, je dois jeûner aujourd'hui. Avec humeur.)

Encore cette privation! Ce lait me faisait envie... Un instant plutôt"^... Misérable que je suis! un péché de gourmandise dans ma position!... Ah! que le malheur abaisse les sentimens... Pour me punir je veux le répandre jusqu'à la dernière goutte. (Eiie verse lentement

le lait dans une caisse d'arbuste.) J'ai fait quclqUC chosC de bien ;

je viens d'éviter un péché, et cela me soulage, liruit dehors.) Ah! je ne me trompe pas cette fois!... Un coup d'arquebuse! Il vient me délivrer... Encore un!... encore un!... Le cri de guerre des Indiens! je l'entends! Alonso! Alonso! Ha! (Klle fuit au bout de la chambre

en voyant entrer D. José. Don José ferme la porte, jette la clef par la fenêtre, puis regarde la tasse vide.)

Démons, nous allons vous donner* une comédie digne de vous. Le ciel, qui me donna le cœur d'un père, le ciel peut parler mainteiianl ; mon élixir parlera plus haut.

DONA CATALÏNA.

Que me voulez-vous ?

DON JOSÉ

Je viens goûter les délices du paradis dans tes bras, et je me plongerai gaîment dans l'enfer ensuite.

DONA CATALÏNA, lui montrant un petit crucifix.

Respectez ce signe sacré!

(Les cris et les coups d'arquebuse se rapprochent de plus en plus.) DON JOSÉ.

Ils vont entrer, il faut jouir de mon reste.

(11 s "élance sur dona Calalina, qui se débat quelque tems entre ses bras. En le repoussant, elle sent la poignée de sa dague, elle la saisit et frappe son père.)

DONA CATALÏNA.

Je suis sauvée ''^l

(Elle fuit jusqu'au mur le plus éloigné de don José et reste immobile, la dague sanglante à la main, et regardant son père d'un air hagard.)

DON JOSÉ, renversé.

Tu as tué ton père, misérable!... Tu es bien ma fille... mais tu me surpasses encore... Va... je te maudis... et je vais là-bas... préparer tes supplices*... Tiens! c'est le sang de ton père!...

(11 secoue sa main sanglante vers elle; le tumulte augmente. On frappe à grands coups contre la porte.)

DON ALONSO, derrière la scène.

Ouvrez! ou j'enfonce la porte "^^î

(La porte est enfoncée; entrent don Alonso, le cacique, Ingol, Espagnols et Indiens

armés.)

DON ALONSO

Ma bien-aimée!... Dieu! que vois-je?

DON JOSÉ

Espagnols! vengez un père assassiné... par sa fille... f.a voici... la parricide... Vengez-moi... vengez-moi!... (Il meurt.)

UON ALONSO.

Que dit-il .'

LE CACIQUE

Il est mort!

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