‹ La JaquerieChapitre 138 sur 139 · C. R. (Charles Rémusat · texte numérisé non relu

C. R. (Charles Rémusat

(La Revue française, l^r juillet 1828.)

P. 261. — Littérature et beaux-arts.

La Jacquerie, scènes féodales, suivies de la Famille de Carvajali drame, par l'auteur du Théâtre de Clara Gazul (1 vol. in-80. Paris, 1828, Brissot-Thivars, libraire, rue de l'Abbaye-Saint-Germain-des-Prés, n» 14).

Le nom de La Jacquerie est très connu ; c'est un événement qui a fait grand bruit, mais il n'a illustré personne. Les vilains qui en furent les héros sont restés obscurs, et l'histoire parle d'eux à peine. Comme sujet dramatique, La

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Jacquerie n'ofTrail (Ioik; pas de données très favorables. L<,' drarn*.' a fîôiiéralt'iiicnl besoin quo l'époqu«i ou révérioim-nt qu'il reproduit se représente et s'anime sous le nom de quelques individus intérossans. C'est ce qui manquait ici, et l'auteur a dû suppléer à ce défaut par V invention des personnages et des incidens. Il a réussi, du moins, dans ce sens que ses combinaisons ont de la vérité et donnent une idée assez juste du temps et de l'événement. Les difTérens partis sont indiqués avec intelligence et la plupart des portraits sont fidèles. Mais il n'en est aucun qui attire spécialement les yeux. Aucun des personnages ne se dessine avec assez de force ou de grâce, de grandeur ou de nouveauté, pour inspirer l'intérêt ou dominer l'attention. Presque tous semblent épisodiques ; il en est de même des scènes qui sont unies par un faible lien. Cette pièce est en quelque sorte une tragédie à tiroirs. La nature du sujet le voulait peut-être ainsi ; mais il en résulte que, malgré l'effet do certaines situations et le mérite d'un dialogue vif et simple, l'impression générale n'est pas très forte, la curiosité n'est point excitée ; l'ouvrage peut se quitter, peut se reprendre et divertit plus qu'il ne captive l'esprit.

La Famille de Carvajal est un drame véritable, dont le sujet est tiré d'une chronique de l'Amérique espagnole. Un planteur du royaume de la Nouvelle-Grenade, homme dur et ardent, corrompu par la richesse et la tyrannie, alliant la violence d'un flibustier à la mollesse d'un colon, devient amoureux de sa fille, dont il empoisonne la mère et fait assassiner l'amant pour assurer le succès de son infâme passion. 11 ne réussit pas, mais, en vérité, peu s'en faut, et le lecteur en a quelque temps toute l'angoisse. Cette conception, comme on voit, ne manque de rien pour être épouvantable. Il y a de Vart dans l'exécution et les accessoires sont habilement imaginés ; mais, à la manière ordinaire de l'auteur, tout est indiqué plutôt qu^approfondi, et le style n'a pas toujours assez de nerf et de couleur. Le caractère de dona Catalina vise à la beauté ; c'est un essai nouveau ; car l'auteur, en général, affectionne les peintures fortes ou pi-

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qualités, mais dédaigne ce qui est élevé et pur. Son point de vue est ordinairement satirique. Le genre de ses drames rappelle assez le talent de l'acteur Kean^ du temps qu'il en avait.

Ces deux nouvelles pièces sont beaucoup moins susceptibles d'être jouées que celle de Clara Gazul. Cependant, il serait bien temps que la nouvelle école dramatique essayât d'être théâtrale. La difficulté est très grande sans doute, et elle n'a été qu'à peine effleurée. Tant qu'elle ne sera pas résolue, le sj^stème classique gardera un immense avantage et pourra défier insolemment le système nouveau. La représentation est l'épreuve décisive ; pour les ouvrages dramatiques, c'est le jugement de Dieu.

(Extrait du bulletin bibliographique ; Littérature et beauxarts.)

[P. 35.] — Vos esquisses de mœurs, peinture exacte des vices grossiers d'une société qui commence et des vices élégants d'une société qui finit, révèlent en vous la justesse du coup d'œil et la délicatesse du pinceau. Mais de quelle vigueur ne s'anime-t-il pas dans la Jacquerie et dans les Scènes du temps de Charles IX, tableaux d'une fidélité efifrayante où apparaît notre vieille France se débattant, mutilée, sous la verge de fer de la féodalité et sous le poignard sanglant du fanatisme ! En déroulant les annales de ces siècles barbares, Monsieur, vous nous avez rendus moins sévères pour le nôtre. Oh ! quels progrès se sont accomplis ! Comme nos mœurs, nos passions même sont devenues plus douces !

(Etienne, Réponse au discours de Mérimée à V Académie française, 1845.)

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