XVI AVANT-PROPOS
cision le conduit à la monotonie et à la confusion. Au lieu de la large fresque qu'il se proposait d'exécuter, il dessine une série d'eaux-fortes dont la couleur uniforme et la minutie du trait ne permettent pas de dégager une impression d'ensemble; il trace des tableaux infiniment curieux pour l'historien, mais qui, pour le spectateur, n'offriraient qu'un médiocre intérêt. L'optique théâtrale a ses lois. Mérimée n'en a pas assez tenu compte.
Il y avait dans les drames de Shakespeare ou de Goethe comme dans la tragédie classique une intrigue, une action, des caractères, une étude assez poussée de mœurs disparues, et la reconstitution du passé qu'ils avaient tentée était par là même dramatique. Celle de Mérimée ne l'est pas du tout : on dirait d'une série de scènes sans unité marquée, sans psychologie, oîi la peinture des mœurs reste banale et sans portée, où l'auteur n'a pas voulu se priver de moyens sûrs mais vulgaires de plaire au public (on ne saurait expliquer autrement qu'il insiste sur la passion malheureuse de Pierre pour Isabelle), d'un roman mis à la scène enfin, où était exploité le goût de l'époque pour des gestes violents et qui remplacent l'analyse des caractères : de là cette surabondance de meurtres et de brutalités que le mélodrame et le roman noir, de Walpole et d'Anne Radcliffe à Ducray-Duminil, voire à Balzac, avaient mis à la mode. La Jaquerie est une sorte de « Quentin Durward accommodé à la manière de Shakespeare et de Goethe, selon les procédés de Pixérécourt' ». On ne saurait mieux dire ni mieux marquer les défauts littéraires du livre.
Il prétend être un drame, il n'est qu'un essai drama-