‹ La JaquerieChapitre 13 sur 139 · AVANT-P150P0S. XV · texte numérisé non relu

AVANT-P150P0S. XV

tin ou par Golfarin, d'invoquer Notre-Dame de Beauvais, de pousser des cris de guerre, de parler de « large », de « o-ambison », de « miséricorde » ou de « lances retaillées » , de bannières et de pennons, pour qu'il y ait drame ? Encore si l'on pouvait mettre à la scène les épisodes imaginés par l'écrivain ! Tentative difficile, pour ne pas dire impossible, et, dès lors, qu'est-ce que ce drame injouable qui ne peut être porté aux feux de la rampe et ne saurait être justiciable que du cinématographe? Les détails de mise en scène que note diligemment Mérimée pourraient servir à qui voudrait tirer de la Jaquerie un film à grand spectacle que l'on jouerait sous les remparts de Garcassonne, près de la porte d'Aude, ou au pied des tours de Pierrefonds; pas plus que ceux de Cromwell, ils ne sauraient servir à un régisseur...

Dira-t-on qu'à défaut d'un décor irréalisable la peinture des mœurs fait de la Jaquerie le drame que voulait écrire Mérimée? Elle paraît au lecteur impartial faible et schématique 1 : il ne suffit pas d'accumuler meurtres, incendies, viols, pillages et batailles, de montrer des nobles brutaux et despotiques, des moines tremblants à la pensée de perdre ou leurs bénéfices ou la vie, des paysans enchaînés d'abord et dociles, puis enragés, des routiers cupides et sensuels, pour dire que l'on a porté au théâtre les mœurs du xiv*^ siècle. La réalité était peut-être aussi noire : à la peindre ainsi dans le détail, à multiplier les traits curieux, certes, mais fragmentaires, Mérimée s'exposait à un défaut qu'il n'a pas su éviter. L'excès de pré-

1. Il y a peu à tirer pour l'étude de la Jaquerie du livre de J. W. Hovenkauip, Mérimée et la couleur locale^ Nimègue, 1928, in-8».

Page 1