XVIII AVANT-PROPOS
semaines, ensanglanta l'Ile-de-France. Mérimée a laissé à d'autres le soin de le raconter. Il veut, sans doute, faire œuvre d'historien, mais ce n'est là pour lui qu'un souci secondaire, et s'il peint sans partialité, sans erreur grave, l'état d'esprit des acteurs de ce drame, il s'estimera satisfait. Le sous-titre de sa pièce est bien significatif à cet éo-ard : Scènes féodales, écrit-il ; c'est donc qu'il ne cherche pas à raconter en détail l'épisode qu'il a choisi. Il va se borner à détacher des faits qu'il relève dans l'œuvre des chroniqueurs quelques traits significatifs, et il fera revivre non pas précisément le mouvement des Jacques, mais l'esprit qui l'anima, non la révolte entière, mais quelques épisodes suffisamment significatifs : les prodromes de l'émeute, ses premiers effets qu'il étudiera tour à tour dans le camp des paysans, puis dans celui des nobles, son développement, son échec. Mais, en prenant ces libertés avec l'histoire, la respecte-t-il? A-t-il réalisé son dessein? On sait les faits : S. Luce, Flammermont, Delachenal, le Père Denifle^ les ont savamment exposés. Le 28 mai 1358, tandis que le dauphin Charles se débattait au milieu de difficultés sans nombre, « s'émurent, disent les Grandes Chroniques, plusieurs menues gens du Beausaisis... et s'assemblèrent par mouvement mauvais. Et coururent sur plusieurs gentilshommes et en tuèrent neuf y). Ce premier a effroi » provoque un vaste et brusque mouvement qui s'étendit bientôt à la Picardie entière, à l'Ile-
1. S. Luce, Histoire de la Jacquerie, d'après des documents inédits, Paris, A. Durand, 1859, in-S". — J. Flammermont, iîc^'ue Aistorique, t. IX, janvier-avril 187<>. — R. Delachenal, Histoire de Charles V, Paris, Picard, 1909, 3 vol. in-8°. — P. H. Denifle, La Guerre de Cent ans et la désolation des églises, monastères et hôpiiau.v en France, Paris, A. Picard, 1899, 2 vol. in-8°.