‹ La JaquerieChapitre 17 sur 139 · AVANT-PROPOS. XIX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XIX

de-France, à la Champagne. I-'artout les paysans se levaient, poussés à ce geste de violence par leur misère et par les exactions de toutes sortes dont ils souffraient : crimes des routiers, tyrannie, exigences injustes de la noblesse dont les défaites de Grécy et de Poitiers faisaient discuter les privilèges, condition déplorable de leur existence, enfin.

La révolte s'organisa : les Jacques, tel fut le nom sous lequel on les désigna bientôt, virent leurs forces se grossir, se donnèrent un chef, un certain Guillaume Karle, de Mello, et coururent sus aux châteaux et aux villes. C'étaient en majorité des paysans, mais il y avait parmi eux des gens des villes, des ouvriers, quelques bourgeois, des prêtres. Des routiers se joignirent à eux. En peu de jours la vallée de l'Oise, le Beauvaisis, la région de Laon et de Montdidier furent en armes. Le soulèvement s'étendit sur quatorze de nos départements actuels, connut ici des succès, là des revers, marqua partout son passage par de terribles violences qu'il semble bien que Froissart n'a pas exagérées. Les Jacques voulaient surtout secouer le joug de la féodalité : ils cherchaient moins à tuer qu'à s'affranchir; ils ne purent pourtant éviter les excès. Profitant des troubles qu'avait suscités, à Paris, Etienne Marcel, ils cherchèrent à s'unir à lui, poussèrent jusqu'à Meaux où s'étaient réfugiées quantité de dames nobles, mais ils subirent là un sanglant échec, tandis qu'en Beauvaisis leurs bandes se heurtaient à Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui les bouscula et les tailla en pièces le 10 juin. Les nobles s'étaient ressaisis : la répression fut aussi féroce que l'avait été la révolte. A la fin de juin l'ordre était rétabli.

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