XXVI AVANT-PROPOS
décadence des lettres et des arts et se demander à quels abîmes court la littérature...
Pixérécourt, dont les cent vingt mélodrames atteignent alors 30,000 représentations, a produit de 1826 à 1828 six nouvelles rhapsodies? Les meilleurs esprits donnent dans cette mode ? Le cénacle de l'Arsenal lui-même, Nodier entête, se laisse emporter par le courant? N'est-il pas temps de réagir? On serait étonné que les doctrinaires du Globe, que les amis de Delécluze n'aient pas essayé d'endiguer le flot montant, tenté de ridiculiser, ait moins pour les esprits cultivés et capables de comprendre à demimot, tout le bric-à-brac dont usaient l'auteur de Smnrra et de la Nonne Al ferez, voire celui de Bug Jargal et de Han (T Islande, n'aient pas voulu railler l'abus de l'exotisme et de l'horrible. Il y avait, dès 1828, un poncif romantique : l'école risquait de se perdre en usant de procédés aussi factices que ceux des pseudo-classiques qu'ils déchiraient à belles dents. 11 importait de défendre l'esprit français, au sens complet du mot, contre des modes dangereuses, de donner un coup de barre qui ramenât à la fois le théâtre et le roman dans la bonne direction, qui leur évitât de sombrer sur les écueils où ils couraient toutes voiles dehors.
Et Mérimée d'écrire (il s'amuse follement, on le devine, à ménager habilement la progression dans l'horreur*) un drame qui peut rivaliser avec les plus terrifiants romans de l'école satanique. Son plaisir de défendre, sans le montrer, des idées littéraires qui lui sont chères, — le
1. Quoiqu'il se dise alors « fort mélancolique «. Cf. C. Striyenski, Soirées du Stendhal Club, p. 177.