XXVIII AVANT-PROPOS
reur du public. Le dramaturge, en tout cas, pourra s'en donner à cœur joie.
Il ne s'en prive pas. Les pires horreurs ne sont pas pour l'effrayer. En quelques pages il accumule les plus abominables incidents, il développe une intrigue épouvantable : un père aime sa fille et veut la posséder, fût-ce au prix de son salut; pour parvenir à ses fins rien ne l'arrête : il force sa femme à confesser une faute dont elle n'est pas coupable, organise un guet-apens pour faire assassiner le capitaine qu'aime son enfant, empoisonne sa femme pour se débarrasser d'un témoin gênant, se livre à des pratiques magiques, torture ses esclaves et finit poignardé par sa victime innocente, qui, à son tour, pour expier un crime pardonnable, va se livrer en pâture aux fauves de la forêt. Autour de son domaine rôdent des Indiens qui l'espionnent. L'atmosphère est lourde à souhait ; Fenimore Gooper n'en a pas réalisé de plus étouffante. On s'attend sans cesse à un meurtre ou à quelque acte de violence. Des quatre protagonistes, seul Alonso de Pimentel reste sain et sauf, — et l'on songe presque, à la fin du drame, à cette parodie qui se terminait par un chœur de cadavres du plus bel effet ! Mérimée n'a pas osé aller jusque-là. Il ne s'est pas privé, du moins, d'inventer les plus horrifiantes péripéties et desquisser une étude des mœurs les plus brutales.
De ses personnages il n'a pas voulu étudier en détail le caractère : leur psychologie reste assez rudimentaire. Il se soucie peu encore des nuances et ne cherche pas à peindre des âmes, à faire l'analyse complète et précise des réactions de ses héros. Ce qu'il cherche, c'est la peinture de mœurs lointaines et primitives encore, et,