AVANT-PROPOS. XXIX
par là, il veut à la fois satisfaire le goût des Romantiques pour l'cxotisnic et les (Hres d'exception, et le railler. L'incestueuse passion de Don José de Carvajal paraît bien mal étudiée si l'on songe à Phèdre, et la résistance de Catalina n'évo((ue que de loin celle de Béatrice Cenci. C'est que Mérimée ne songeait pas le moins du monde à rivaliser avec Racine ou Shelley. Il voulait seulement dessiner quelques silhouettes assez colorées pour frapper ses lecteurs et provoquer en eux les plus vives réactions.
Il y réussit : des êtres qu'il met en scène, aucun n'est normal, aucun n'est humain'. Don José personnifie le vice le plus abject. 11 ne lui manque rien pour être abominable. Mugnoz, son âme damnée, ne le lui cède en rien. Sa femme, être falot, n'ose lui résister et subit ses volontés sans répondre, désireuse seulement de retrouver en un couvent la paix et le calme qui ont fui son foyer. Son aumônier ne sait ou ne veut lui répondre. Et sa fille, qui lui tient tête et le poignarde au dénouement, pourrait fort bien, si elle ne se livrait aux fauves, lui ressembler un jour. Autant de caractères exceptionnels-. Mérimée ne devait pas écrire leurs répliques sans qu'un sourire plissât ses lèvres ! Les amateurs de personnages hors du commun pourraient, pensait-il, s'estimer satisfaits, et les petites filles frissonner à leur aise...
Une intrigue aussi invraisemblable qu'on en peut souhaiter, une action ménagée selon les règles en honneur chez les auteurs de mélodrames, des coups de
1. Stendhal le notait sur l'exemplaire que lui avait offert Mérimée : « Quelque chose d'humain reposerait durant le cours de l'action. » Cf. C. Slriyeiiski, lue. cit., p. 178.
2. Par contre, combien sont imprécis les caractères d'Alonso du Cacique et d'Ingol !