‹ La JaquerieChapitre 59 sur 139 · SIWARD, UN PAGE · texte numérisé non relu

SIWARD, UN PAGE

le page, auprès de la feiiêlre.

Tout cela, jusqu'au clocher là-bas, est à monseigneur.

LA JAQIKniK 141

SIWAIID.

C'est une belle baionie, ma foi! lit c'est co petit garçon si gourmand qui héritera de tout cela?

LK PAGE

Oui, monseigneur.

SiWARD.

Quel dommage que la damoiselle de céans ne soit pas Hlle unique! ce serait une dot de princesse.

LE PAGE

Oh! pour sa dot, elle sera belle, je vous en r(''ponds. Sa grand'mère lui a laissé dans l'Artois un beau fief qui rapporte, m'a-t-on dit, plus tle dix mille florins.

SIWARD

Et ces dix mille bons florins et la damoiselle sont destinés, dit-on, à ce gros joufllu à la plume verte? Par saint Georges! je connais un homme à qui ils iraient mieux.

LE PAGE

Messire de Montreuil aura beaucoup de bien du côté de son oncle.

SIWARD

Tant pis, car il n'en saura pas faiie iiu noble usage : c'est un ladre '^.

LE PAGE

Monseigneur, il faut que je vous quitte pour aller à mon service.

SIWARD, lui donnant de l'argent.

Grand merci, mon garçon. Tiens, voici pour boire à ma santé. (Le page sort.) Dix mille florins de rente! voilà de quoi entretenir une belle compagnie î Si Gilbert s'unissait à moi, nous ferions la loi à tout le Beauvoisis. Lui mort, tout serait à moi; car ce petit

imbéCille... (Entrent Isabelle et .Marion.)

ISABELLE

Beau sire, vous regardez tristement par la fenêtre ; vous semblez soupirer pour quitter nos vieilles murailles et chevaucher encore dans ce beau pays à la tête de vos gendarmes.

SIWARD

Non, belle damoiselle, je ne pensais pas à mes gendarmes; je songeais combien il me serait doux de chevaucher par cette plaine, un épervier sur le poing, en compagnie de madame Isabelle.

C'est un plaisir qu'il n'est pas difficile de vous procurer. Mon père ne veut point priver ses prisonniers d'aucun des passe-tems qui peuvent adoucir l'ennui de leur captivité.

SIWARD

Par ma foi! la prison est bien douce* avec si gentil geôlier.

ISABELLE

Et aurons-nous long-tems l'honneur de vous garder, monseigneur?

SIWARD

Je crois que j'aurai quel([ue terns encore le bonheur d'être auprès de vous, car je ne puis m'entendre avec votre père. Il me demande une rançon de roi, et ma bourse avec celle de mes amis ne peut y sulfire.

ISABELLE

Ah! monseitrneur, si les damoiselles d'Angleterre savaient votre prison, je suis sure qu'elles vendraient bagues et épingles d'or pour délivrer niessire Siward.

SIWARD

Si les damoiselles d'Angleterre avaient vu la châtelaine qui me tient prisonnier, elles penseraient bien que* je les ai oubliées.

ISABELLE

Comment, sire chevalier, n'avez-vous pas su leur donner une meilleure idée de votre constance?

Eh! madame, quel Amadis pourrait être constant en voyant vos beaux yeux! Toute la table ronde...

ISABELLE

Ah! trêve de flatteries ! Je vous reconnais là, messieurs les capitaines d'aventures ; quand vous ne pouvez plus courir le pays, emmenant bœufs et chevaux, alors vous nous faites la grâce de penser à nous autres pauvres damoiselles, et vous tâchez de nous amorcer par vos paroles courtoises.

SIWARD

Hélas! pauvres chevaliers d'aventures! Tout le monde nous en veut! Les dames se rient de nous, parce que chevauchant en toute saison, le bassinet sur la tête, nous n'avons pas le tems d'apprendre la douce langue d'amour. Les chevaliers qui se couvrent plus souvent de soie que de fer gagnent le cœur des belles, qu'ils n'oseraient nous disputer la lance au poing.

ISABELLE

I*our la langue d'amour, messire Siward, vous montrez assez que vous avez eu le tems de l'apprendre.

SIWARD

Plût au ciel que je pusse vous paraître éloquent!

ISABELLE

Brisons là, monseigneur. Vous savez que je suis fiancée, et je n'aurais pas dû prêter l'oreille à tous les doux propos que vous venez de me conter.

Fiancée? Mais est-ce un engagement irrévocable?

ISABELLE

Irrévocable? pas tout à fait.

SIWARD, à part.

Ville gagnée! (Haut.) Se pourrait-il?...

ISABELLE

Je puis le rompre... mais à une petite condition...

SIWAHD.

Quelle est-elle? Parlez, de par Notre-Dame !

ISABELLE

C'est que, si je n'épousais pas le sire de Montieuil, mon fief en Artois, qui fait loul mou bien, cesserait de m'appartenir.

SIWARD, à. part.

Diable!

ISABELLE

Qu'avez-vous , monseigneur? Vous semblez un peu... interdit.

SIWARD

C'est... {[ue... l'on est bien malheureux... de... de... — Il me semble* que l'on dîne bien tard aujourd'hui. 11 me tarde de goûter de la venaison que l'on vient de vous envoyer.

Dans un moment la cloche va sonner.

SIWARD

Je vois messire d'Apremont qui traverse la galerie... je crois qu'il me fait signe de venir. ,i| sort.)

ISABELLE

Ha! ha! ha! voilà sa courtoisie disparue, l^e conte que je lui ai lait a coupé court le (il de ses complimens.

MARION

Voilà bien un fier chevalieiv, pour prétendre à la

La Jiujiierie. lo

main d'une danioiselle possédant un fief noble "^ ! Un capitaine de voleurs qui n'a pour tout bien qu'un cheval et une vieille armure!

ISABELLE

Tais-toi; messire Siw^ard est un gentilhomme, et ce n'est pas à toi à en dire du mal.

MARION

Lui, gentilhomme! Il l'est comme tous les malandrins ses pareils, qui se fabriquent des armoiries aussitôt qu'ils ont rassemblé dix coquins armés. Ma foi, j'aimerais mieux encore pour"^ serviteur ce pauvre Pierre que vous avez chassé.

ISABELLE

Je croyais avoir défendu que l'on me parlât davantage de cet homme. ,Eiies sortent.)

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