‹ La JaquerieChapitre 70 sur 139 · TROISIÈME PAYSAN · texte numérisé non relu

TROISIÈME PAYSAN

Demandons au père Jean ce qu'il faut en faire? (A 1 . Jean.) Révérend père, voici un homme qui se dit prisonnier de Gilbert d'Apremont. Faut-il le tuer.^

F. JEAN, à Siward.

Qtii etes-vous?

SIWARD

Mon nom est François Siward. Je suis Anglais et j'étais prisonnier du baron d'Apremont.

F. .JEAN

Vous commandez une compagnie de gendarmes... une compagnie d'aventure?

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SIWAHIJ.

Je....

K. .IHAN.

Je le sais. (Aux paysans.) Nc luî failCS jKHnt (le tiial.

Que deux hommes le gardent pendant que nous Irons à l'assaut. Allons, mes enfans, suivez-moi!

(Hentrent Barthélémy, l'ierrc, Moraml, Simon.' BARTHELEMY, a Morand.

Lâche! imbécille! c'est ta faute.

MOr.A.\ D.

Tu as joué des jambes tout comme moi.

PIERRE

Si vous aviez poussé en avant comme je vous le disais, cela ne serait pas arrivé.

F. JEAN

Qu'y a-t-il? Pourquoi revenez-vous ainsi?

BARTHELEMY, monlranl Moranrt.

x\ous avons mantjué le château par sa faute.

LE LOUP-GAROU

Tenez! vous êtes tous des lâches, excepté Barthelemi et Pierre. — Nous étions déjà sur le pont-levis, quand ces misérables ont vu ce gros bœuf de Montreuil revenir au château avec une demi-douzaine de gendarmes, courant tous à bride abattue. Les voilà qui perdent la tète, ils se culbutent les uns sur les autres, c'est à (|ui fuira le plus vite. Bref, le pont-levis a été levé, et peu s'en est fallu que nous ne fussions pris.

Et Moiitreuil est rentré avec ses hommes.

F. JEAX.

Consolons-nous, mes enfans ; dans quelques jours le château tombera entre nos mains. Il faut l'entourer de toutes parts, et bien prendre garde qu'il y"^ entre des vivres. — Messire Siward, avancez; je veux vous parler.

SIWARD

Rendez-moi la liberté, vous voyez bien que je fais ainsi que vous la guerre au sire d'Apre mont.

F. JEAN

Eh bien! capitaine, en supposant que nous vous mettions en liberté, serez-vous assez galant chevalier pour ne pas oublier ce bienfait.

SIWARD

Vous n'avez qu'à me dire comment vous voulez que je le reconnaisse.

F. JEAN

Les gens de ce pays ont pris les armes pour recouvrer leurs franchises, et se venger des cruautés des barons, et surtout de Gilbert, votre ennemi. Nous vous verrions avec plaisir faire cause commune avec nous, et joindre vos gendarmes à nos archers. Vous savez que les seigneurs de ce pays sont riches; le butin se partagera loyalement.

SIW^ARD.

Par saint Georges! c'est parler, cela. J'allais vous

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olTrir mes services. Je, pars à l'instant, et detiiain mon peimon sera planté sur cette place, à côté de vos enseignes.

r. .11. AN.

Donnez-moi donc votre niaiii. lAnx paysans.) Knfans, voici un ami de plus. I.c brave capitaine Sivvard se joint à nous !

PIERRE, H pari.

Encore une recrue de l'espèce du Loup-garou.

F. .JEAX.

('apitainc, attendez encore pour partir; je veux vous consulter sur les travaux du siè^-e*. — Barthelemi, allez vous poster en face des barrières ; lancez vos flèches sur tout ce qui se présentera. — Qu'on allume un grand feu pour répondre aux signaux de nos amis. — Pierre, va-t'en montrer à ces braves gens comment on fait des fascines. Il faut en couper dans le bois pour combler le fossé. — Ne perdons pas de temps : que les femmes et les enfans apportent de la terre, des pierres, que chacun mette la main à l'œuvre. (Bas au Loup-garou.) Toi, vas au couvent avec tes loups; tu connais mes intentions.

LE LOUP-GAROU

Oui, oui. Tonsuré ou non, peu m'importe, (ii sort.)

SIWARD

Voici une douzaine de oendarmes morts, cela est très-bon pour combler un fossé.

THOMAS

Allons, faisons-les sauter.

Prenez-moi des portes et des tables, et faitesvous-en des pavois contre les flèches; et voulez-vous que je vous enseigne un bon tour à jouer à Gilbert? Prenez du chanvre, trempez-le dans de la'^poix, entortillez-en la pointe de vos flèches, et lancez-moi cela tout allumé sur l'écurie du château; il y a force fourrage, cela fera un beau feu.

F. JEAN

11 a raison. Vite! vite en besogne!

o UN PAYSAN, présentant une tète à F. Jean.

Voici la tête de messire Philippe de Batefol.

F. JEAN

Bien, plante-la sur un pieu en face du château.

SIWARD

Philippe de Batefol! Par l'épée de Roland, j'en suis bien aise. Ce scélérat a fait pendre un de mes archers.

UN PAYSAN, à F. Jean, en lui présentant une tête de femme.

Voyez cette tête, mon révérend, c'est celle de la dame de Bernilly. Les beaux cheveux! en voulezvous pour faire un chasse-mouche?

F. JEAN

Fi! cela est dégoûtant. Cette chevelure est toute ensanglantée.

SIW^ARD.

C'est dommage, elle n'était pas encore trop laide.

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Bah! il en icstera toujours assez pour les honnêtes gens.

F. JEAN

Allons au bord du fossé; capitaine, faisons notre ronde, et donnez-moi votre avis. ,113 sortent.)

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