D APREMONT
Isabelle, ton père ne te laissera pas déshonorer.
(11 sort.) ISABELLE.
11 le faut! Je ne pleure pas mon sort... mais mon pauvre père... blessé... S'il tombait vivant entre leurs mains? Ah ! je vois encore la tête de mon frère qu'ils portaient au bout d'une lance.
DE MONTREUIL
Monseigneur d'Apremont* m'a toujours aimé ; j'ai-
lais être son gendre... Je saurai faire pour lui ce qu'il ferait pour moi, si j'étais blessé.
Et que feriez-vous?
DE MONTREUIL, touchant sa dague.
Je...
ISABELLE
Quoi!... vous! vous l'oseriez! vous Montreuil!
DE MONTREUIL
C'est le dernier service qu'un soldat puisse rendre à son ami'^'^.
ISABELLE*
Écoutez-moi. La sainte Vierge m'a inspirée. Il est peut-être un moyen de sauver mon père, de sauver les braves gens qui défendent le château. Quelqu'un doit se dévouer. Il se dévouera. Une fille doit se dévouer pour son père.
DE MONTREUIL
Que dites-vous?
ISABELLE
Nous étions fiancés; j'avais reçu de vous cet anneau...
DE MONTREUIL
Hélas!
ISABELLE
Reprenez-le, si vous aimez mon père, si vous m'aimez.
DE MONTREUIL
Pourquoi le reprendre? quel est votre dessein?
ISABELLE
Renoncez à moi, je vous en conjure à genoux!
DE MONTREUIL
Levez-vous, belle cousine, que faites-vous?
ISABELLE
Je suis perdue pour vous. — Nous allons tous périr. — Ne pouvez-vous donc reprendre cet anneau ?
DE MONTREUIL
Je devine que vous voulez faire un vœu, et je le reprends. D'ailleurs, je vous l'avoue*, de mon côté j'ai fait vœu d'entrer en religion, si j'échappais aux périls qui nous menacent.
ISABELLE
Je suis contente. Voici votre anneau ; allez réciter les prières des agonisans pendant que je me préparerai dans mon oratoire.
DE MONTREUIL
Mais...
ISABELLE
De grâce, allez. Montreuil, donnez-moi votre main. Nous sommes amis, n'est-ce pas?
DE MONTREUIL
Pour toujours.
Oui, pour toujours. — Adieu. (EUe sort.)
DE MONTREUm.
Que veut-elle faire? La sainte Vierge lui soit en aide ! (ii sort.)