‹ La JaquerieChapitre 99 sur 139 · SCÈNE XXX · texte numérisé non relu

SCÈNE XXX

La cour (Ju cIiAtcuii d'Aprcmoiit.

La porle de la chapelle est ouverte.

SIWAKI), PRRDUCAS D'ACUGNA, EUSTACIIl!: \m LANGIGNAC, AVENTUKIEKS, PAYSANS,

sortant de la chapelle.

SIVVARD à 968 écuyers.

Courez vite! Priez le père Jean de venir sur-lechamp, n saura lui donner quelque baume.

PERDUCAS

Je crains qu'il n'en soit* plus besoin.

SIW^ARD.

En tout cas vous êtes témoins que nous sommes mariés.

PERDUCAS

Cap saint Antonin ! je le certifierais devant le pape.

EUSTACIIE.

C'est après avoir dit oui qu'elle est tombée comme si elle pâmait.

PIERRE, derrière la scène.

Mariée! mariée à Siward !

VOIX derrière la scène.

Arrêtez, arrêtez!

PIERRE, entrant, I epée à la main.

Le voici! — Traître, lu mourras de ma main!

La Jiu/uerie. |7

PERDUCAS

Holà! que nous veut cet ivrogne?

PIERRE, jetant son gantelet à la tête de Siward.

Défi à toi! lâche! je te le jette au front! Défendstoi ou je te tue.

SIW^ARD.

Que veut dire cet insolent?

PAYSANS

Il est fou! il faut le désarmer!

PIERRE

Retirez-vous, quiconque m'approche est mort!

SIWARD

Est-ce un duel que tu oses me proposer? Toi...

PIERRE

En garde, scélérat!

SIW^ARD.

Tu ne mériterais pas que je te fisse cet honneur.

(Il tire son épée.) Placc ! placc ! et franc jeu !

(Ils se mettent en garde; entrent F. Jean et le Loup-garou sa masse d'armes à la main.)

F. JEAN

Bas les armes, enfans! Devant une chapelle!...

LE LOUP-GAROU

Ventre de bœuf! deux chefs de la ligue tirer l'épée l'un contre l'autre !

PIERRE à Siward.

Quanti tous tes pillards seraient avec toi, tu mourras.

TOUS

Séparez-les! bas les armes!

LE LOUP-GAROU

Bas les armes! j'assomme le premier qui lève l'épée.

SIVVARD.

Laissez-nous, laissez-nous!

LE LOUP-GAROU, frappant Pierre.

Tiens! je te devais cela.

PIERRE

"^' (Il tombe.)

SIWARD au Loup-g'arou.

Par la mort et le sang! Pourquoi te meles-tu de ce qui ne te regarde pas?

LE LOUP-GAROU, levant sa masse.

Ail ! ah ! En veux-tu tâter aussi?

BROWN, lui retenant le bras.

Doucement, compère, en voilà assez de lait.

F. JEAN

Arrêtez, mes enfans ! point de querelles entre frères. Baisse ta masse, Franque, et vous, capitaine, remettez Tépée au fourreau.

A-t-on jamais VU s'entremettre ainsi dans nn combat, quand on a crié franc jeu!

F. JEAN

Que ce débat finisse. — Aussi bien, je vois que l'auteur de la querelle en a porté la peine. — Dieu lui fasse paix !

EUSTACHE, regardant le cadavre de Pierre.

Par la barbe de Mahom, il lui a enfoncé la cervelle dans le gosier.

LE LOUP-GAROU

Je ne donne jamais qu'un coup.

PERDUCAS, maniant la masse du Loup-garou.

Corps du Christ, compagnon, vous avez là un bel outil!

SIW^ARD.

Révérend père, il y a là dedans une dame malade qui a besoin de vos secours.

F, JEAN

Isabelle d'Apremont!

SIWARD

Elle-même! à présent Isabelle Siward!

F. JEAN

vJ Ciel . ([1 entre dans la chapelle.)

LA JAQIJEHIE .1**1

SCRNE XXXI

Le Ciimp des révollés auprès du château d'Aprcmont, On entend sonner les trompettes, on voit des chariots chargés de bagages et tous les préparatifs d'un départ.

LE LOUP-GAHOU, BROVVN.

BROWN

Enfin je l'entends ce boute-selle si désiré! Je croyais que nous resterions ici jusqu'au jour du jugement.

LE LOUP-GAROU

Oui, j'entends bien les trompettes de vos aventuriers et le cor* de mon lieutenant, mais le diable sait si cela fera bouger les vilains.

BROWN

La robe noire a fait lever la grande bannière. Nous allons à Meaux.

LE LOUP-GAROU

Nous devrions y être déjà; mais ces lourdauds de paysans veulent rester dans leur pays. Morand, Simon, Renaud, ne parlent que de retourner à leur charrue.

BROW^N

Pauvre espèce! toute l'ambition d'un vilain est d'avoir un bel attelage de bœufs et un beau fumier. Par le sourcil de Notre-Dame ! ils mériteraient qu'on les étouffât dans leur fumier.

Quant à moi, j'ai bientôt oublié charrue, forge, et tout, une fois que j'ai goûté de la vie d'homme d'armes.

BROWN

Renaud, dis-tu, veut aussi retourner à son fumier?

LE LOUP-GAROU

Il me l'a dit lui-même. Je l'avais cru d'abord un luron, à cause de son affaire avec le sénéchal; mais il n'a du courage que par accès, et comme un autre a la fièvre.

BROW^N

Le voici qui vient de ce côté avec Barthelemi.

LE LOUP-GAROU

Il faut les faire boire pour leur remettre le cœur au ventre. Holà! hé! Renaud! Renaud!

BROWN, montrant une bouteille.

Venez ici tous deux; venez boire avec nous le coup de l'étrier.

RENAUD, s'approchant.

Volontiers, capitaine. Le révérend père Jean veut donc aller à Meaux, pour en chasser la noblesse qui s'y est réfugiée ?

BARTHELEMI

A votre santé, camarades. — Je ne sais si nous serons assez nombreux pour aller jusque-là.

BROWN

Comment?

LA JAQIJERIE 2^o

BARTHELEMI

Morand, el la moitié des hommes d'Apreinont veulent rester chez eux.

BROWiN.

Les lâches !

LE LOUP-GAHOU.

11 iaut empocher ces coquins de quitter ainsi l'armée.

RENAUD

Ecoute, Franque; ces braves gens se sont battus comme toi, tant qu'ils ont eu des ennemis devant eux. A présent que nul danger ne nous menace, ils veulent revoir leur famille. Et puis il faut bien achever la récolte.

LE LOUP-GAROU

Et qu'ils laissent là leur récolte, par cent pannerées de diables! Ils auront assez à récolter dans les hôtels de Paris ou de Meaux.

RENAUD

Il faut bien qu'il y ait quelqu'un pour cultiver la terre.

BROWN

Bon! il faut laisser cela à la canaille.

BARTHELEMI

Qu'appelez-vous canaille?

Et comment ferait-on* sans laboureurs? Vous ne pourriez vivre sans eux, sire archer.

BROWN

Tout homme qui se sent un cœur dans le ventre et un arc au poing, ne doit semer ni bled^ ni avoine, puisqu'il peut prendre du pain pour lui, de l'avoine pour son cheval dans les cofïres de ses ennemis.

RENAUD

Vous m'avez l'air d'avoir pour ennemis tous les gens paisibles.

LE LOUP-GAROU

Renaud, ne dis pas d'injures à mon ami l'Anglais, entends-tu? — Il faut faire travailler les nobles, leur faire porter le fumier, et leurs femmes scieront le bled et porteront la hotte. Ce sera pour crever de rire, que de les regarder, courbées en deux et se donnant des ampoules à manier la faucille de leurs petites mains blanches.

BARTHÉLEMI

[j'idée n'est pas mauvaise; et nous autres, pendant ce tems-là, nous nous gobergerons dans les châteaux.

RENAUD

Si vous continuez comme vous avez commencé, vous risquez bien d'être obligés de travailler vousmêmes. Il ne restera bientôt plus de nobles dans le Beauvoisis.

Nous verrons, nous verrons. — Est-ce que tu veux nous quitter aussi, Renaud?

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