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La jarretière rose

Il est temps de quitter Hyères pour Paris, le passé pour le présent , les vieux pour les jeunes.

Le lecteur s'en souviendra sans doute, lors des premiers chapitres de ce simple récit, et dans une mansarde en proie aux révolutions du 8 octobre 1829, nous avons laissé trois de nos personnages principaux, savoir :

LA JARRETIF.RE ROSK, T. 2. i

L'étudiant Gustave de Bussières, en train d'exécuter une folle sarabande, à l'occasion de certaine lettre méridionale qu'il vient de recevoir, on ne peut plus à propos, par l'entremise ascendante de son concierge Malicorne, et qu'il fuit allègrement voltiger au-dessus de sa tête, ainsi qu'un Madrilgène ses castagnettes.

Non loin de là, cette fraîche et souriante Montmorencienne que nous avons appelée Suzanne, et qui, tout ébaubie de la fantasia du voisin, de sa petite main blanche et de ses grands yeux bleus, semble lui dire :

— Mais lisez donc!

Enfin, de l'autre côté, le susdit concierge, qui, la main tendue, articule avec ce majestueux organe qui n'appartient qu'à lui :

— Môsicur Gustave, donnez-moi vite mes douze sous, afin que plus vite encore je redescende auprès do Célanire. J'ai laissé le facteur conversant avec mon épouse, et je me défie principalement des gens de lettres... celui-là

surtout... un jeune homme... un blondin... l'influence de l'uniforme... enfin... je m'entends... suffit î...

— Plus tard... papa Malicorne... plus tard.

— Soit, môsieur... La jalousie me fait oublier mes plus chers intérêts... Encore douze sous que tu me coûteras peut-être, Célanire... Oh!.. Célanire...

Et le drolatique Othello s'éclipsa comme une ombre chinoise.

Pour la seconde fois, les deux jeunes gens restèrent seuls.

— Je n'ose pas..., répondit Gustave au regard de plus en plus pressant de Suzanne.

— Allons..., fit-elle avec une délicieuse petite moue encourageante. C'est de l'argent sans doute que vous allez trouver là dedans, et qui vous arrive, il faut ew convenir, joliment à propos... Allons donc !

Le jeune homme enfin décacheta la lettre. Tandis qu'il la lisait, la grisette villageoise

s'était écartée discrètement, et sans doute se disait, avec une satisfaction intérieure, que cette désagréable situation allait enfin cesser, que son étrange commensal disparaîtrait bientôt pour toujours et qu'elle se trouverait définitivement chez elle. Or, quand, ainsi que notre Suzanne, on aime avec une sorte de coquetterie sa médiocrité, être chez soi c'est si bon!

Une soudaine exclamation du voisin la fit se retourner tout à coup.

Il semblait bouleversé, atterré, foudroyé.

— Juste ciel... monsieur... qu'avez-vous donc?

— Une tuile!... voisine... une affreuse tuile qui me tombe sur la tête !

Et le pauvre jeune homme, posant sur ses cheveux noirs la lettre qu'il venait de lire, par ce geste indiquait clairement que la tuile en question... c'était cette lettre.

— Rien? fit la jeune fille, pus d'argent!

— Si ce n'étail que cela !

— Qu'est-ce donc?

— Lisez vous-même !

Suzanne eut un premier mouvement pour décliner la confidence écrite qu'on tendait à sa curiosité.

Mais lui mettant dans la main, sous les yeux, la missive qui venait de le troubler ainsi :

— Ne craignez pas d'être indiscrète, ajouta le carabin. On n'a pas de secrets pour une aussi ancienne voisine que vous... Lisez donc... Suzanne... oh... lisez!...

Après quoi, d'un air plus abattu, plus éploré, plus mélodramatique encore, il se laissa tomber sans façon sur un petit canapé montmorencien.

Contrainte d'entrer dans le désespoir de son hôte, Suzanne se résigna donc à lire, et lut à demi-voix ce qui suit :

Mon garçon.

Les Cabantous ne s'éteindront pas. Merci...

— iO —

merci, mon neveu, de m'avoir fait grand-père. Je suis enchanté, transporté; j'en ai retrouvé mes jambes de vingt ans. Marinou, du reste, cette fois me le permet... Je pars enfin, mon cher Gustave , je pars immédiatement pour Paris, afin d'embrasser la mère de notre cher petit, ma bien-aimée nièce, et d'être là pour le baptême, où je brûle de jouer mon rôle de parrain.

Jean-Nicolas Cabantous.

— Eh bien!... fit sépulcralement le coquin de neveu sur la dernière syllabe du nom de son oncle.

— J'en suis fâchée pour vous, ne put s'empêcher de répondre l'honnête fillette, car la situation du pauvre étudiant devenait réellement perplexe, et son embarras, son désespoir allaient presque jusqu'au repentir. J'en suis bien fâchée, monsieur Gustave, je vous le jure... mais enfin... c'est votre faute... non

pas la mienne... et pourvu que votre oncle ne vous trouve pas ici... avec moi... chez moi... c'est là l'essentiel... Remettez-vous donc, monsieur Gustave, et courez chez vos amis qui peut-être vous aideront au moins d'un conseil!... Votre oncle, du reste, est si bon!... Et puis, vous avez le temps de vous retourner... ce n'est pas aujourd'hui qu'il arrive...

— Mais vous n'avez donc pas tout lu!... se récria Gustave à ces derniers mots. Il y a un post-scriptum... mademoiselle!... et c'est là le plus important... c'est là le plus terrible!...

Invitée par un geste qui n'admettait plus de réplique, Suzanne rouvrit la fatale épître , et retournant le feuillet :

— C'est en routedéjà, lut-elle, c'est à Toulon que je jette celte lettre à la poste. Partirai-elle ce soir ou demain, je l'ignore... mais j'avais besoin de t'écrire tout de suite mon ravissement. Peut-être ne me précédera-t-elle que de quelques heures... peut-être même

arriverons-nous en même temps, si ce n'est elle avant moi... Ah... bagasse... bagasse... que tu vas donc me voir joyeux !...

— Comprenez-vous maintenant..., fit le jeune homme qui marchait à pas précipités et dans le plus grand désordre, comprenez-vous qu*il ne me reste pas même le temps de réfléchir, et que je suis perdu !

La jeune fille d'abord ne répondit pas.

Frissonnante et pâle, elle avait laissé tomber la lettre; elle paraissait à son tour frappée d'effroi.

Bientôt cependant elle retrouva la parole, et avec une voix pleine à la fois de commandement et de prière :

— Sauvez-vous ! s'écria-t-elle vivement. D'un instant à l'autre votre oncle peut venir... Sauvez-vous bien vite... monsieur... j'ai peur...

— Peur!... fit (iustavo étonné. Peur pour moi, je le comprends... mais pour vous...

-- Pour moi bien plus encore.

— Qu'avez-vous k craindre de mon oncle?... — Mais vous ne voyez donc pas que nos

mobiliers n'en font plus qu'un?... Vous ne devinez donc pas qu'après ce que vous lui avez écrit, après ce qu'il croit trouver en arrivant. . .

— Eh bien?...

— S'il nous surprenait ici... tous les deux...

— Tous les deux!... répéta l'étudiant sans comprendre encore la folle appréhension de l'innocente villageoise.

Puis, changeant de ton tout à coup, et après s'être frappé le front comme pour en faire jaillir une étincelle :

— Tous les deux! s'écria-t-il en se remettant à sauter et à danser de joie. Très-bien... parfait... vous me sauvez... Oh... merci, merci... c'est une inspiration du ciel... puisqu'elle m'est venue par la bouche d'un ange ! . . .

— Ah çà!... murmura tout haut la grisettc ; ah çà!... décidément... est-ce qu'il devient fou?...

— Fou... oui...

Et, comme autorisé par la qualification qu'il acceptait, il se pencha lestement pour embrasser Suzanne.

— Monsieur!... riposta-t-elle en bondissant de côté, toute prête à se fâcher enfin pour de bon.

Mais en ce moment un bruit de voix s'éleva tout k coup des profondeurs lointaines de l'escalier.

— Au chitième! disait le soprano aigu de Malicorne; aucintième... môsieur... la porte à droite...

Les deux jeunes gens s'entre -regardèrent aussitôt, stupéfaits, immobiles, pétrifiés.

— Merci, merci, mon brave homme! repartit une bonne grosse basse-taille incontestablement provençale.

— Grand Dieu!... avait ùhs les premiers mots tressailli le carabin, qui courut écouter df plus près à la porte ontr'ouvcrtc, grand Dif'U... celte voix...

— io —

— Cet accent...

— Plus de cloute... c'est mon oncle.

— Votre oncle ! . . .

Et Suzanne voulut s'enfuir.

— Restez!... dit bravement Gustave en la retenant par le bras; au contraire, restez!...

— Allez-vous-en donc alors. Je vous en supplie... monsieur... allez-vous-en!...

Mais le jeune homme ne l'écoutait plus.

— Suzanne !... poursuivit -il très -vite et très-ému, Suzanne, vous êtes bonne, charitable... Toute ma vie je vous en serai reconnaissant... Suzanne, vous seule pouvez nous sau#er tous!

— Mais c'est lui... monsieur... il monte...

— Oui... cinq étages... A soixante ans, c'est dix minutes au moins... nous avons le temps...

— Le temps... de quoi?... Monsieur... de quoi... le temps... ?

Le neveu, pris à son propre piège, écoulait

encore moins la fillette alarmée et ne lui répondait pas davantage.

L'oreille aux aguets, le front en travail, le regard errant sur toute la charmante personne de Suzanne, tel entin qu'un vaudevilliste en fièvre de denoûment, il ne murmurait, et pour

lui-même, que ces quelques incompréhensibles mots :

— Oui... oui... passe encore la robe d'indienne... mais ce tablier commun... mais cette cornette de paysanne?... Ah... j'ai là fort heureusement les affiquets de Muguette...

— Ne me touchez pas... monsieur... ne me touchez pas!... •

Cette dernière injonction était plus que motivée par l'étrange pantomime dont l'étudiant accompagnait son impertinent monologue.

Effectivement, il avait tourné tout à l'entour de la jeune fille en l'examinant des pieds à la iMe. Malgré tous les efforts qu'elle lui opposait, par surprise il venailde dénouer adroilomcnl les

cordons de son tablier de paysanne; de Taulrc main il enlevait avec précipitation la cornette montmorencienne , et muni de ces deux modestes trophées, il s'élançait vers son cabinet personnel avec un fiévreux empressement que ne justifiait que trop la circonstance.

— Monsieur..., criait vainement la jeune fille ; voulez-vous bien me rendre mon tablier... Monsieur... ne chiffonnez donc pas ainsi ma cornette!...

Hélas... cornette et tablier étaient déjà à tous les diables.

Et Gustave ressortait du cabinet avec le bonnet à rubans et le tablier pompadour de Muguette.

— Suzanne..., supplia-t-il en lui tendant avec instances ces élégantes parures; Suzanne... il y va de mon avenir, de ma fortune, de ma vie. .. si mon oncle découvre que je l'ai trompé... Suzanne... ici même... h l'instant... devant vous... je me jette par la fenêtre... Et nous sommes au cinquième étage!

— Grand Dieu ! fit Suzanne en laissant retomber ses bras.

L'étudiant s'empressa de profiter de ce geste pour lui poser sur la'tête le bonnet h rubans. Puis, avec une volubilité éperdue :

— Mettez ce tablier! poursuivit-il, presque à ses genoux. Vite... vite, Suzanne, mettez-le.... J'entends mon oncle... il arrive sur le palier... le voilà ! Songez à sa joie, il a près de soixante ans. . . une déception le tuerait. . . Oui, la course, le saisissement... la colère... il en aurait une attaque d'apoplexie... c'est sûr...

— Mais, monsieur, je ne veux pas... je ne comprends pas...

Mais tout en lui résistant encore, mais en ne voyant toujours pas où il voulait l'entraîner , elle ne pouvait se défendre d'obéir à cette instinctive coquetterie qui n'abandonne jamais les femmes, et qui, presque à son insu, la poussait à rajuster l'équilibre du bonnet, à froncer ^•n un tour de main par devant les plis soyeux

du tablier que le jeune homme attachait en arrière.

Et lorsque la petite bouche rose se rouvrit de nouveau pour une question, pour un refus, pour un mot :

— Chut! conclut rapidement Gustave; la porte s'ouvre... chut donc... le voici !

Et tout bas, k part lui, il ajouta :

— Ouf. . . il était temps !

La clef venait effectivement de crier dans la serrure, et presque aussitôt l'oncle Cabantous apparut sur le seuil.

Il arrivait essoufflé, coquelicot, la perruque quelque peu à l'envers, mais les mains étendues déjà pour embrasser et pour bénir, les lèvres largement épanouies par toutes les tendresses efflorescentes du cœur, les yeux rayonnants de plaisir, d'impatience et de curiosité.

Interdite, ahurie, ne sachant plus ni que dire ni que taire, Suzanne contemplait d'un air égaré le bon vieillard, qui de son côté la regar-

dait aussi, mais de loin encore; car, brisé par une ascension trop rapide, il venait de s'adosser au'chambranle, ses jambes écartées faisant avec sa canne en avant une sorte de trépied sur lequel le reste du corps semblait assis.

— Mon oncle!... mon bon oncle!... s'était écrié Gustave en lui sautant au cou tout d'abord avec un entraînement sincère qui l'étourdit dans le premier moment et l'empêcha de réfléchir aux dangers de l'étrange situation qui se préparait pour lui.

— Mon neveu... mon enfant!... avait sangloté le bonhomme, à demi étouffé par la folle étreinte à laquelle il répondait chaleureusement.

Mais il ne tarda pas à s'en dégager en écartant doucement le jeune homme, et debout désormais, et avec un regard où des trésors de paternel amour brillaient à travers les larmes présentes, et clignant d'un œil souriant vers Suzanne :

LA JARRLllÈRE ROilEj T. 2. -

— Ce n'est pas pour toi surtout que je suis venu de si loin!... murmura-t-il d'un air tendrement malicieux. La voici... laisse-moi donc la voir... C'est elle... n'est-ce... pas...? c'est elle!

Gustave, àces mots, rougit jusqu'aux oreilles, et se retournant tour à tour vers la jeune fille, puis vers le vieillard :

— Oui..., balbutia-t-il vivement, oui, mon oncle... c'est ma femme...

— Sa femme.., moi... par exemple!...

voulut se récrier la 31ontmorencienne qui comprenait enfin.

jMais déjà Gustave avait bondi vers elle, et l'éclipsant une seconde à l'admiration avunculaire :

— Dites comme moi!... lui glissa-t-il rapidement à l'oreille avec un regard impératif et suppliant tout à la fois. Silence... Suzanne... ou sinon...

Et passant derrière la jeune lilie, il s'avança

tl'iin pas résolu vers la fenêtre entr'ouverle.

La main de Suzanne arrêta tout à coup celle de Gustave; la main de Gustave serra celle de Suzanne en signe de reconnaissance, et tout naturellement elles restèrent rime dans l'autre.

Fort heureusement, rien de tout cela ne fut remarqué; le bonhomme Cabantous n'avait regardé, n'avait vu que la jeune fille.

— C'est bien ainsi que je me la figurais!... poursuivait-il avec un accent de plus en plus attendri ; c'est bien comme cela que je l'avais rêvée!... La voilà telle qu'autrefois... dans une mansarde aussi avec moi-même... mais moins heureuse...

Et s'interrompant tout à coup, après une larme qu'il se retourna pour essuyer, après un pauvre Charlotte murmuré du fond du cœur :

— Eh bien!... reprit-il avec la bruyante allégresse méridionale. Eh bien... ma nièce... est-ce qu'on ne saute pas au cou de son oncle î Eh bien, eh bien... ma fille... est-ce qu'on n'accourt pas embrasser son père!...

D'un côté, doucement poussée parle neveu ; de lautre, plus encore irrésistiblement magnétisée par l'attractive et bonne physionomie de l'oncle, Suzanne peu à peu s'avançait vers lui. Bientôt elle finit par présenter son front rougissant aux baisers du vieillard.

— A la bonne heure!... éclata-t-il tout en

joie.

Puis, après avoir accepté le front, passant aux joues, et la maintenant parles deux bras bien en face de ses lunettes afin de l'examiner mieux à l'aise :

— Encore!... criait-il de plus en plus allègrement. Encore... encore... toujours! Et maiiitenanl que je l'admire de plus près! OucUe taille élégante... quel teiul délicat, (piel air modeste et doux!... Eh mais... plus je la regarde... plus il me semble... Oui... oui... ces yeux d'une couleur si peu commune... cette chevelure d'uno nuance si rare... snrloul ce sourire...

Et, chancelant tout à coup, le vieillard qui depuis quelques instants paraissait en proie à une émotion étrange, finit par éclater en sanglots.

— Mon oncle!... s'empressa Gustave en le soutenant dans ses bras ; qu'est-ce ce qui vous prend donc, mon bon oncle?...

— Monsieur!... questionnait en lui prenant les mains la jeune lille alarmée, monsieur, qu'avez- vous?...

— Rien!... repartit enfin le bon homme en reportant ses regards humides vers Suzanne. Rassurez-vous, mes enfants... ce n'est rien... rien... une vague ressemblance... un amer souvenir... un enfantillage de soixante ans... Vous ne devez pas savoir, madame de Bussières.

Mais, changeant d'intention soudainement, et après avoir mis sous son bras le bras de sa prétendue nièce :

— Au fait, reprit capricieusement Cabantous avec une toute franche intimité... au fait,

pourquoi ne sauriez-vous pas, ma nièce... et tout de suite encore?... Puisque nous sommes destinés à vivre sous le même toit, et qu'il est certain que je vous ennuierai souvent du rabâchage de mes souvenirs... le plus tôt sera le mieux, oui...

Aussitôt, avec celte brusque confiance qui distingue nos Méridionaux, le vieillard se mit en devoir de raconter la fatale histoire de sa jeunesse.

— Il y a quelque vingt-cinq ans de cela, commcnça-t-il, j'avais déjà de pas mal dépassé la trentaine... et dans une mansarde à peu près pareille à celle-ci... dans une intimité de tous points semblable k celle qui vous unissait à mon Gustave il y a neuf ou dix mois encore... Mon pcre arriva tout à coup, connue à mon tour j'arrive aujourd'hui... Il n'avait pas, ainsi ([uc moi, la triste oxitériciicc d'nn malhcni' passé!... il cnil hiri) t;iirc en nons séparaul... Uii'<'lle et Dieu lui paidoniKiit !... 31ais, mais... lîa-

gasse!... c'est singulier comme l'aspect de cette mansarde me porte à la tête... comme la vue de cette chère enfant me fend et me serre le cceur... C'est étrange surtout combien cette histoire...

— Ne la continuez pas, mon oncle, puisqu'elle vous révolutionne à ce point!... interrompit Gustave, dont le repentir plus encore que l'embarras augmentait à la vue de l'émotion croissante du vieillard. C'est d'ailleurs un inutile ravivement de vos éternels regrets, j'ai tout dit à Suzanne...

— Oui..., répéta machinalement la grisette incitée par un nouveau regard de l'étudiant, oui... oui... je sais tout...

— Suzanne!... répétait, de son côté. Cabantous qui paraissait n'avoir pas compris. Qui ça... Suzanne... ?

— Elle... parbleu... ma femme...

— Ta femme... mais tu m'as écrit qu'elle s'appelait Geneviève...

— Geneviève... oui... (et le neveu pris au trébuchet se mordit les lèvres), oui... mon oncle... Geneviève-Suzanne... et comme je préfère ce dernier nom...

— Moi aussi!... s'empressa d'approuver le bonhomme, à cent lieues de soupçonner qu'on le trompait. Je suis de ton avis, mon garçon... Suzanne... c'est charmant... Suzanne!.., Eh bien... Suzanne... puisque vous n'ignorez rien de ce qui concerne votre oncle, vous devez comprendre combien il est ravi de voir que vous ressemblez k celle envers qui il est si coupable... combien il est heureux de reconnaître en vous une digne madame de Bussières, qui lui pei-mcltra de réparer sagement son crime et d'en mériter enfin le pardon... Suzanne... vous devez comprendre, plus encore dans mes yeux que dans mes paroles, combien le bonhomme Cabanlous vous aimera... mon enfant... coml)ien il l'aime déjà d(! loiit sou cdMir !...

l^auvre vieillard naïf!... il scri'ait en mémo

temps les mains de la jeune fille... il la regardait avec des yeux comme en ont les mères... il voulait l'embrasser et l'embrassait encore.

Mais... dira-t-on... ce sage, ce lettré, ce finaud , ce vrai Méridional s'éprenait bien promptement et bien complètement d'une prétendue madame Cabantous de Bussières, qui n'était après tout qu'une couturière de village.

D'abord, et d'une, le vieux célibataire ne s'attendait pas à trouver dans sa nièce autre chose qu'une grisette un peu demoiselle, dont il espérait, dont il rêvait depuis une année faire dans son charmant pays tout à fait une élégante bourgeoise.

Ensuite, il y avait tant de gentillesse et de grâce dans notre héroïne, tant de distinction native surtout, tant d'irrésistible charme, que cette objection ne vous serait jamais venue, si comme moi vous aviez vu, si vous aviez connu Suzanne!...

La position de Gustave, cette bizarre position

OÙ le hasard l'avait jeté plus encore que l'intention, n'en devenait que plus inextricablement terrifiante. Car enfin, à tout prendre, si le premier eifet eût été défavorable à cette madame de Bussières improvisée, l'aveu se transformait en une simple leçon acceptée par l'oncle avec grand plaisir, et lui prouvant que si le donquichottisme en amour est une folie pardonnable sous les cheveux noirs ou blonds, sous les gris il se transforme en une faute bien autrement grave, en un irrémissible ridicule.

Mais voilà que, tout au contraire, l'oncle, subjugué par une sorte de fascination peut-être encore plus profonde que nous ne venons de l'indiquer, entre avec ravissement dans les coulisses de cette comédie qu'il prend pour la réalité, et s'amourache à première vue de cette charmante prima donna d'occasion, laquelle ne joue cependant que ])ar complaisance.

I*;ii' conjplaisance... le mot est mal choisi... nous aurions dû bien plutôt dire par contrainte.

Car enfin, si le rôle de Gustave est un mauvais rôle, il l'a du moins accepté; mais celui de Suzanne est plus pénible encore et, à coup sûr, elle ne l'accepte pas. Étourdie, durant que l'oncle montait l'escalier, par la précipitalion délirante du neveu, affublée presque h l'iraprovisle d'un travestissement et d'un nom qu'elle voulut tout d'abord rejeter bien loin d'elle , contenue par la crainte de voir le jeune homme se jeter par la fenêtre , ensuite par la crainte de trop vivement affliger ce pauvre vieillard qui la serrait dans ses bras avec une foi si touchante; subissant depuis quelques minutes ces chastes caresses qui peu à peu commençaient à l'émouvoir elle-même, ces baisers paternels que depuis si longtemps, hélas!... elle ne recevait plus qu'en songe, ces tièdes et douces vieilles larmes qu'elle sentait couler sur son front, l'honnête fille, à la fin, se révolta, sentant qu'elle n'avait aucun droit à tous ces trésors de tendresse, que les accepter

plus longtemps en silence était un vol, que paraître y prendre part elle-même était une profanation.

Rouvrant donc la bouche dans la loyale intention de proclamer hautement la vérité, elle s'écria tout à coup :

— Je ne puis pas cependant... moi... non... je ne veux pas... Il faut que vous m'ccoutiez à l'instant... monsieur Cabantous... il le faut!...

— Kegardez-le donc avant de parler..., murmura rapidement Gustave en se penchant vers elle. Pitié pour lui, si ce n'est pour moi... ce serait le tuer!...

Qui sait ce que sur l'heure eiH répondu Suzanne!

Le vieillard, heureusement, avait entendu le dernier mot, et foit à propos lui coupant la parole :

— Le tuer!... lit-il avec stupeur. Qui ça... le petit?... 11 est donc malade... ?

— Quel petit?... laissa tout d'abord échapper rétudiant abasourdi.

Eh... mon filleul... parbleu... ton fils!... Ciel ! firent en même temps les deux jeunes gens, pour la seconde fois pétrifiés.

11 ne manquait plus que ça!... se surprit à ajouter presque en souriant Suzanne.

Ce second embarras avait eu d'ailleurs cet avantage, qu'il venait de faire oublier momcnlanément le premier.

Gustave, du reste, s'était déjà rem.s d un momentdesurprise, et se tournant tour à tour

vers Cabanlous et vers Suzanne, il commençait h répondre, tout en cherchant encore ce

nu il répondrait :

Lu peu... oui... mon oncle... un peu

malade... n'est-il pas vrai, ma femme?... " étaitfaible, souffrant... l'an- de Paris ne Un

valait rien... nous nous sommes vus obliges

,1,. le mettre en nourrice...

-Ahl...

— Vous ne pourrez donc pas Tembrasser maintenant... 11 est parti, mon oncle... parti ce matin !...

La blague (qu'on nous permette cette locution adoptée par Marinou),la blague était trouvée.

Restait à savoir comment l'avalerait l'oncle.

— Tant pis!... fit-il d'abord avec une grimace visiblement contrariée ; tant pis... je suis disciple un peu de J.-J. Rousseau... Mais... bah!... c'eût été dommage de laisser nourrir cette fraîche et rose fillette qui est ellemême presque un enfant... Allons... allons... ne pensons plus au baptême... nous arrangerons ça pour plus tard... là-bas... à Hyères... Et puis, c'est à peine si je pensais encore au moutard, tant j'étais enchanté, tant je raiîole de la nuiuian !..

El une fois encoio, et avec plus d'entrain et d'affection que jamais, il saisitdans ses tremblotantes mains la blonde têt(! de Suzanne et lui

— ùô —

déposa sur le front un de ces bons gros baisers dont récho se prolonge jusqu'au fond du cœur. Après quoi, tout reposé, tout ragaillardi, tout rayonnant depuis les pieds jusqu'à la tête, il se mit à exécuter une sorte de ronde triomphale à travers la mansarde.

— Suzanne!... murmurait durant ce temps Gustave, en conjurant une suprême dénégation de la jeune fiUc. Suzanne, d'ici à demain j'aurai trouvé le moyen de tout arranger... Jusqu'à ce soir seulement... Suzanne... je vous en

supplie...

—Pauvre homme', souriait sympathiquement la Montmorencienne, dont l'œil attendri venait de se croiser avec l'œil jubilant du vieillard, pauvre homme... il a l'air si heureux!...

Puis, paraissant se décider tout à coup, et moitié à Gustave, moitié à elle-même :

— Soit!... conclut-elle à voix basse, jusqu'à ce soir... pas plus tard... Comment tout cela fmira-t-il, je l'ignore... mais, en altcndant, résignons nous!...

IH

Aussitôt cette détermination prise, une complète transformation s'opéra chez Suzanne.

Contrainte jusqu'alors, inerte et passive, se laissant aller un instant poui' se retenir l'instant d'après, elle n'était pas encore entrée dans celle comédie oii la jetait presque Ibrcé- Micnt le hasard.

Mais à peine y (Mit-elle accepté son rôle, qu'elle le remplit aiissilôl avec un naturel par-

fait; à peine eut-elle consenti pour un jour à devenir la femme de Gustave, qu'elle devint aussitôt madame Cabantous de Bussières.

Et tout d'abord se tournant d'elle-même, alerte et prévenante, vers le vieillard :

— Oh! mon Dieu!... se récria-t-elle soudain; vous restez debout... monsieur... et nous ne songeons même pas à vous offrir. ..

Suzanne approchait en même temps son propre fauteuil.

— Ce n'est pas de refus, ma chère nièce, repartit allègrement le bon homme, mais à une condition préalable.

— Laquelle?

— C'est que vous ne m'appellerez plus de ce vilain monsieur...

— Soit, mon oncle... asseyez-vous...

— A la bonne heure !

— Votre canne maintenant... votre pardessus... votre chapeau.. Laissez-moi vous débarrasser de tout ce qui vous gêne... Reposez-

LA JARRETIKUE ROSE, T^ 2. 3

VOUS à votre aise. Ne vous manque-t-il rien?... Ah!... dame, puisque je suis votre nièce... il faut me permettre de vous dorloter tyranniquement , mon cher oncle ! . . .

— Bravo!... exclama le vieillard, en se prélassant avec volupté dans le grand fauteuil. Elle est pleine de prévenances... Bravo, la charmante tyrcmne, bravissimo !

La charmante tyranne en question s'était effectivement chargée tour à tour de tous les objets dont elle venait de faire l'énuraération.

En se retournant pour les déposer dans un coin quelconque, elle s'aperçut tout à coup que \iype7ident interrupta de l'cmménageo-déménai',ement rendait l'aspect de la mansarde fort peu honorable pour la ménagère.

Or, Suzanne avait cette sainte pudeur de la propreté, qui rougirait même d'un grain de |M)ussière.

— Quel désordre!... se dit-elle .soudain avec ffl'roi. Je n<' lui dois ri«.'ii, c'est vrai... mais il

me croit la femme de son neveu... que va-t-il penser de moi !...

Puis tout haut, et déjà dans un tour de main redonnant à la mansarde un air de toilette :

— Vous permettez, mon... mon oncle?...

dit-elle vivement. Lorsque vous êtes arrivé, nous rangions...

— Oui!... appuya outrecuidamment le neveu qui commençait à se remettre; oui... c'est vrai...

— Eh bien... que je ne vous dérange pas, mes enfants. Continuez..., autorisa l'oncle, qui se disait en même temps à lui-même que sa nièce avait de l'ordre et que c'était de mieux en mieux.

— Dame! ne tarda pas à répondre Gustave, un plumeau h la main; dame... un ménage d'étudiant...

— Marié! fit Cabantous.

— C'est toujours un ménage d'étudiant!... conclut Suzanne en faisant éclore un sourire

— codent le manche de son balai forma la tige.

— De l'esprit!... pensa tout haut le vieillard. Décidément, c'est un vrai trésor!...

— N'est-ce pas?...

— Mais ce n'est pas le tout... est-ce qu'on ne mange pas ici?... Je meurs de faim... je l'avoue... moi... car, en descendant de voiture, je n'ai pas déjeuné... pour vous voir un quart d'heure plus tôt!... Et rien ici n'est préparé... Tu ne m'attendais donc pas ?.. .

— Si... si fait, mon oncle, mais nous recevons votre lettre à l'instant... Voyez plutôt!

— Je te crois, mon ami... mais je ne m'en sens pas plus rassasié... et comme il doit se trouver dans ces environs un restaurant...

Gustave frémit à ce mot; il devait de l'argent îx tous les gargotiers du pays latin.

La jeune lille et le vieillard devinèrent tousr deux ce mouvcuienl, ou du moins à peu près.

— Mauvais sujet!... s écria le bon homme. Gageons que je devine... lu n'as plus d'argent!

— Oui... mais il y a l'épargne secrète de la ménagère , se hâta de riposter la généreuse grisette, en tendant au carabin une petite bourse de soie verte que l'oncle ne lui laissa pas même le temps de refuser.

— De l'économie!... venait-il de s'écrier au paroxysme de l'enthousiasme. Troun de l'air', c'est un phénix!... Gardez votre cher petit boursicot, mon phénix de nièce. Toi, mon neveu, ne t'inquiète de rien... c'est moi qui régale! Seulement... c'est une fantaisie... n'allons pas chez le restaurateur... Déjeunons ici, dans la mansarde!... Une mansarde!... vous ne pouvez pas vous figurer, mes enfants, quel beau rêve fait repasser devant mes yeux ce seul mot aimé des poètes! A la vue de ce plafond circonflexe, de cette fenêtre en tabatière, de cette perspective de toits et de cheminées, de papier h dix-huit sous le rouleau sur lequel deux ou trois générations d'étudiants ont laissé des traces de leurs musettes... à la vue de

ces mille choses sans nom qui contribuent à former cette tente où l'on campe si peu, le nid où l'on est si mal... et si bien... il me semble que mon cœur se réchauffe tout à coup, que la chanson regrimpe toute seule à ma lèvre, que je n'ai plus de cheveux gris, que je n'ai plus que vingt ans!... Allons... va vite, mon garçon... va nous commander à déjeuner... Je ne suis pas fâché durant ce temps-là de causer en tête-à-tête avec ma nièce... Va!...

Gustave empocha la bourse qui fut la conséquence naturelle de cette tirade, et se dirigea tout aussitôt vers la porte de l'escalier.

— Comment!... se récria tout à coup le vieillard étonné, comment... tu sors ainsi... sans demander un baiser à ta femme et sans lui en rendre au moins une demi-douzaine?... Qu'est -cequc cela signifie!... Voulez-vous bien lui demander pardon, et l'endjrasser tout de suite!...

Nouvel embarras.

— iù —

Gustave n'eut certes pas mieux demandé. Mais Suzette !

— Ce sera pour plus tard, fit-elle vivement, c'est inutile!...

— Elle aussi!... Est-ce qu'on se bouderait par hasard?... Que cela finisse immédiatement en l'honneur de mon arrivée... Qu'on fasse la paix tout de suite... et qu'on s'embrasse... je le veux ! . . .

Le moyen d'hésiter encore, à moins de faire naître un soupçon?...

— C'est pour mon oncle..., fit hypocritement et tout bas le jeune homme, en se penchant audessus de la tête blonde.

— Ah.., si j'avais su !... murmura la jeune fille, en présentant à peine son front rougissant.

— Baiser qui sent encore la brouille... ça ne compte pas!... déclara vertement l'oncle Cabantous en les poussant Tun vers l'aulrc. Allons... il me faut mieux que ça... mieux encore... Allons donc!...

Puis, se glissant soudain entre les deux prétendus époux et sous chacun de ses bras prenant un de leurs bras :

— A la bonne heure!... repartit il avec sa chaleureuse vivacité hyéroise. La paix dans un ménage, mes enfants... le tendre accord... mais ce doit être là le bonheur!... Et je tiens d'autant plus au vôtre, que je veux me mettre en tiers dedans... Vieil égoïste que je suis!... Gustave doit être bientôt docteur... d'abord je ne quitte pas Paris qu'il ne le soit!... Et sitôt qu'il le sera... Cabantousde Bussièresdoctor...

Cabantous XVH!... je vous emmène avec moi dans ma jolie petite maisonnette entourée d'orangers en fleur... un vrai paradis!,.. Et là... en famille... car mon filleul en sera... avec dame Mai'inou, une bonne et joyeuse commère qui ne demande aussi qu'à vous aimer... tous les quatre... qu'est-ce que je dis!... tous les cinq... tous les six... etc.. etc.. cai je pens(» bien que nous n'en rcîsterons pus I^, mes gail-

lards!... Hé... hé... hé!... Pourquoi donc rougir, mon enfant?... Le ciel, dit-on, bénit les familles nombreuses !... Et je le croirais volontiers, car une jeune et jolie mère, avec beaucoup de frais et roses marmots autour d'elles, mais c'est la réalisation terrestre de la sainte Vierge au milieu de ses anges... mais c'est la vivante bénédiction du bon Dieu ! . . .

— Monsieur!...

— Mon oncle!.,.

— Soit... je me tais... Mais vous voilà prévenus... il m'en faut pour le moins trois ou quatre... à moi... des petits-neveux... des petits-fils !...bienjouftlus, bien guillerets, bien tapageurs... pour me grimper aux mollets, pour aller à dada sur mes genoux, pour me tirer la barbe et me faire enrager tout le jour!... Quel bonheur!... Mais songez-y donc, ma nièce!... Mais, Gustave, songes-y donc ! . . . Moi, qui n'ai jamais pu me marier... moi, vieux célibataire^ qui depuis plus de vingt ans

ne sens plus battre de cœur à Tunisson du sien... moi, qui vivais là-bas tout seul et tout triste... je vais avoir enfin dans ma maison du bruit, du chant, de la jeunesse, de l'amour... et des enfants! Des enfants... qui seront mes enfants!... Rien que d'y songer... je ris et je pleure tout à la fois... je suis heureux... Oh! mais... là... bagasse!... comme il n'est pas permis de l'être davantage ici-bas ! . . . Et c'est bien en réalité que j'ai vingt ans... Oui. . . Troun de l'air ! ... car pour vous aimer. . . vous et les vôtres... je le sens là, voyez-vous bien... le cœur du bonhomme Cabantous ne vieillira jamais!...

Pour le coup, oncle et nièce, nièce et neveu, malgré le mensonge de celui-ci, malgré la repentante complaisance de celle-là... l'entraînement, l'émotion, l'électricité furent tels, qu'il y eut pour nu instant illusion générale, étreinte unanime, triple et sincère cmbrassement!...

Par malheur, la porte presque aussitôt s'ou-

vrit avec fracas, et le concierge Malicorne lit irruption dans la mansarde avec des rugissements qui n'avaient plus rien d'humain.

Le vieillard et les deux jeunes gens se retournèrent, effrayés tous les trois.

Hagard , hérissé , grimaçant ainsi qu'une burlesque tête de 3Iéduse en colère, Malicorne se précipita sans autre préliminaires au collet de Gustave, et d'une voix apocalyptique :

— Où est Célanire?... lui cria-t-il. Rendsmoi Célanire... malheureux!... Restitue-moi mon unique épouse!...

— Hein?...

— Plaît-il?...

— Sa femme?...

— Oui... Célanire... enlevée... disparue... subtilisée!... Ce doit être l'un de ses sacripants d'amis... si ce n'est lui-môme!...

— Y songez-vous, monsieur!... intervint vivement l'oncle Cabantous. Parler ainsi à un homme marié... et devant sa femme encore !.. .

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