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— Ciel!... firent en même temps les deux prétendus époux, comme à l'aspect d'un double précipice qui se serait creusé tout à coup sous leurs pas.
— Marié!... répéta Malicorne en écarquillant de droite à gauche ses gros yeux effarés. Sa femme... à lui... qui ça?...
— Là..., s'évertuait à expliquer l'oncle, en montrant Suzanne. Là... là... ne la reconnaissez-vous donc pas... madame de Bussièrcs, parbleu ... ma nièce ! . . .
— Votre nièce!... éclata enfin le malencontreux concierge, madame de Bussières !... Allons donc... on se moque de vous... Oh! vous avez beau me faire des signes tous les deux, je proclamerai la vérité... C'est une frime, monsieur l'oncle... on veut vous mettre dedans... n'y croyez pas... C'est encore une carotte, coiniuo dit votre scéh';rat de neveu... Sa fomme... à lui... cotte demoisenc-là... Mais ils ne s'étaient jamais vus avant ce matin... mais
ils ne se connaissaient tant seulement pas ii y a deux heures!...
— Il y a deux heures!... répéta vaguement le bonhomme Cabantous , cherchant à ne pas croire encore, mais oppressé déjà, chancelant, et qui promenait de Gustave à Suzanne des regards remplis de crainte, de douleur , à peine de juste courroux.
— Tout est découvert ! . . . gémit la j eune fille, en détournant son visage où montaient à la fois la rougeur de la honte et le chagrin du repentir.
Depuis longtemps déjà, le neveu n'osait plus regarder en face son excellent oncle, et l'oreille basse, l'œil plein de dépit, frappant du pied :
— Patatras!... murmurait-il.
Le bonhomme Cabantoiis était d'une crédulité presque enfantine, d'une inépuisable bénignité. Soit. Mais il était ainsi, pour ainsi dire, parce qu'il le voulait bien; et ce serait une grave erreur que de le prendre pour un vieillard sans énergie, sans caractère... en deux mots pour 1)11 niais à cheveux blancs, [)()iir un sexagénaire imbécile.
Il se cramponna cependant à cette illusion (|iii eût été son bonheur, ainsi que le nialhcu-
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reux qui se noie, à la dernière branche du rivage, et ne voulant pas croire encore, bien que convaincu déjà.
— Vous l'entendez?... interrogea-t-il avec une suppliante et profonde altération dans la voix. Est-ce que c'est bien possible... Gustave?... Suzanne... répondez!... Mais vous voyez bien que je me meurs... Répondez
donc!...
— Mon oncle!... balbutia-t-on inintelligi-
blement à droite.
-- Monsieur î ... osa-l-on à peine murmurer
à gaucKe.
— Ah î... s'écria le vieillard, en fermant tout à coup les yeux, en portant la main à son cœur douloureusement blessé , et se laissant tomber à la renverse dans le grand fauteuil de Suzanne. Ah... c'était vrai!...
— Cerlainemcnt..., amplifia triomphalement Malicornc. Je vous le disais bien, monsieur 1 oncle... C'est encore un de leurs tours, îi ces c;ucusards-là î . . .
— Taisez-vous... monsieur... laisez-vous!... Et se redressant aussitôt, pâle, attristé,
presque majestueux, l'oncle Cabantous imposa silence à l'accusateur, et du même geste contint les deux accusés qui venaient d'avoir un double mouvement pour s'élancer vers lui.
Les accusés obéirent , mais non point l'accusateur.
— Que je me taise!... se rebiffa superbement Malicorne ; que je me taise, môsieur... lorsque en ce moment peut-être Célanire...Non pas!... 11 y a une justice sur terre. El pour commencer, il va me suivre dans n'ies recherches. Oui... môsieur... courez chez vos polissons d'amis... Je veux qu'on me retrouve ma Célanire! Allez!... Moi, pendant ce tempslà, je vole faire ma déposition k l'autorité compétente!...
— Voulez vous bien me lâcher!... se récria l'étudiant qu'il cherchait à entraîner avec lui. Est-ce que ça me regarde... vieux fou... allez à tous les diables!...
Malicorne ne pouvait manquer d'avoir quelque sublime réplique... malheureusement, ce fut Cabantous qui répondit :
— Cet homme a raison , monsieur de Bussières ; il est de votre devoir de Faider dans ses démarches. Suivez-le donc, et revenez me reprendre ici seulement dans une heure. Il me reste bien des choses k apprendre, et vous me mentiriez sans doute encore, vous. Je veux interroger votre complice... et j'espère qu'elle me dira la vérité... toute la vérité!...
— Quoi . . . vous voulez ! . . .
— Laissez-nous... monsieur... laisseznous!...
Précédé de Malicorne , Gustave sortit , après avoir échangé un regard avec Suzanne.
LA JARRETIÈRK UOSL^ T. '2.