AVANT-PROPOS
Les défauts les plus frappants de la Vie de Jeanne d'Arc de M. Anatole France, dans ses vingt-sept premières éditions (1908), étaient : i" son inexactitude, peut-être sans précédent chez les historiens, et 2" ses fréquentes et singulières contradictions.
De page en page, Fauteur nous afiirniait, au sujet de Jeanne et de son entourage, comme aussi au sujet du cours des événements historiques, des faits qui ne trouvaient point la moindre garantie dans les documents dont il prétendait s'autoriser pour les affirmer, ou même qui étaient expressément démentis par ces documents. Et c^était surl'ensemble de ces faits, dont
aucun nétait vrai, que M. France fondait son appréciation du rôle, du génie, des qualités intellectuelles de la Pucelle.
Péniblement surpris de ces erreurs trop manifestes, j'en avais rectifié un certain nombre, dans divers articles de journaux et de revues, puis dans le livre anglais que j'avais publié moi-même, à Londres, vers la fin de 1908, sur la Pucelle de France : et j'avais également signalé quelquesuns des nombreux passages où Téminent écrivain français semblait prendre plaisir à se contredire soi-même, dans ses affirmations de faits aussi bien que dans ses jugements.
En France, avant et après moi, d'autres critiques avaient signalé les mêmes défauts. L'un d'eux, notamment — un juge aussi courtois que savant, — M. Salomon Reinach, avait insinué à M. France qu'une revision de son livre était (c indispensable », et exprimé l'espoir que cette revision tiendrait compte de ses propres observations ainsi que des miennes ^
Il était donc naturel de supposer que M. France, dans une édition « revue et corrigée » de son livre, s'appliquerait à tenir compte de ces observations, pour mettre son