‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 2 sur 108 · L ÉDITION « CORRIGEE » DE M. FRANCE · texte numérisé non relu

L ÉDITION « CORRIGEE » DE M. FRANCE

ouvrage en accord avec la vérité historique. Et, en effet, la préface nouvelle qu'il a écrite pour cette édition, parue en février 1909, nous assure que c'est ce qu'il a fait, prêtant l'oreille aux critiques et tirant profit des corrections qu'elles lui apportaient. Écoutons-le :

Les savants qui ont bien voulu s'occuper de ce livre l'ont traité, le plus souvent, avec une extrême bienveillance, sans doute parce qu ils ont vu que Fauteur ne s'était écarté d'aucune des règles en usage pour la recherche de la vérité historique. J'en ai été touché ; je dois exprimer, notamment, ma gratitude à MM. Gabriel Monod, Salomon Reinach, Germain Lefèvre-Pontalis, dont la critique a relevé en cet ouvrage un certain nombre de fautes qu'on ne trouvera plus dans la présente édition .

Je dois faire une place à part, dans ma reconnaissance, à la critique anglaise, qui voue à la mémoire de Jeanne d'Arc un zèle religieux et comme un culte expiatoire. Les louables scrupules de M. Andrew Lang à l'endroit de mes références m'ont amené à en corriger quelques-unes, et à en ajouter plusieurs.

Pour adversaires déclarés je n'ai eu que les hagiographcs. Ce qu'ils me reprochent, ce n'est pas la manière dont j'ai expliqué les faits, c'est de les avoir expliqués ; et plus mes explications sont claires, naturelles, tirées des meilleures sources, fondées en raison, plus elles leur déplaisent. Ils voulaient que Ihistoire de Jeanne d'Arc restât mystérieuse, et que rien n'y parût humainement possible. J ai replacé la PuccUe dans la vie et dans l'humanité. Voilà mon crime I Et ces zélés inquisiteurs, si ardents à condamner mou œuvre, n'ont pu y découvrir aucune erreur grave, aucune inexactitude flagrante. Il a fallu que leur sévérité se contentât de quelques

inadvertances et de quelques fautes d'impression. Quels flatteurs eussent mieux qu'eux caressé « de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse » ?

Paris, janvier 1909.

La « bienveillance » des érudits français à l'égard du livre de leur confrère avait été, en vérité, « extrême ». A l'exception d'un petit nombre de critiques dont j'ai parlé tout à l'heure, les compatriotes de l'auteur avaient si profondément subi le charme de son style qu'ils semblaient avoir perdu, en face de lui, leur clairvoyance habituelle, et ne s'étaient pas aperçu que ce délicieux conteur, tardivement transformé en historien, avait manqué, de la façon la plus étonnante à ce qu'il appelait kii-mème la « loi essentielle qui règle la recherche de la vérité historique », c'est-à-dire avait négligé de vérifier ses références : en suite de quoi une foule d'erreurs, petites ou grandes, s'étaient répandues, comme une poussière défigurante, sur son portrait de son héroïne. Or, le malheur est que cette poussière, dans la nouvelle édition du livre de M. France, demeure tout aussi épaisse qu'elle l'était auparavant. En dépit des critiques et des corrections, l'ouvrage a conservé la plus grosse part des défauts que quelques érudits français

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