‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 107 sur 108 · Procès, vol. IV, p. 3f>o · texte numérisé non relu

Procès, vol. IV, p. 3f>o

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chambellan favori du roi, Boisy, l'unique gentilhomme que Charles VII admît à dormir dans sa chambre, a révélé le secret tout entier, en i \S(), à Pierre Sala, valet de chambre du roi Louis XI, fils de Charles VII ; et ledit Sala, beaucoup plus tard, en i ji6, dans ses Hardiesses des Grands Rois a divulgué la révélation qu'il tenait de Boisy.

L'affirmation de Sala mérite d'autant plus de nous inspirer confiance que, seize ans aupai'avant, en ijoo, l'auteur connu sous le nom de Y Abréviaieur du Procès a publié, par ordre de Louis XII, un récit beaucoup plus détaillé de toute l'affaire. Il nous dit qu'il a souvent entendu raconter l'histoire « par de grands personnages de France, qui lui ont assuré l'avoir lue dans une très authentique chronique », de laquelle, naturellement, nous ne savons rien. D'après l'auteur anonyme de i5oo, la date de la prière secrète du roi aurait été le jour de la Toussaint de 1428 ; la prière aurait été faite dans la chapelle de Loches, et aurait contenu trois requêtes à Dieu'. Sala, d'ailleurs, n'a certainement pas emprunté son information à cet écrit de \ Abréi>iateur : le récit qu'il nous fait est beaucoup moins détaillé, mais revêtu d'une probabilité infiniment supérieure. Suivant lui, le seci*et apporté par Jeanne serait la connaissance d'une prière tout intérieure, et non traduite en paroles, que le roi aurait faite dans un moment où, doutant de sa légitimité, il aurait eu la pensée de s'enfuir en Espagne ou en Ecosse*.

Chose curieuse : un chroniqueur écossais d'ailleurs très inexact et assez mystérieux, le moine de Pluscarden, qui avait quitté la France en i'\'\i, et écrivait en i jOi, a fait mention du désir qu'aurait eu Charles VII, durant

I. Cf. Le Procès, vol. IV, pp. 257-2'>8. a. Procès, t. IV, pp. 277-281.

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l'automne de 1428, de se réfugier en Ecosse, et a également parlé des prières anxieuses que le jeune roi aurait adressées au ciel durant cette crise intérieure'.

Etant données les circonstances, le témoignage de Sala nous apparaît entouré des meilleures garanties que nous puissions exiger d'un document de cette espèce. Il nous vient d'un homme en qui nous savons que Charles a placé toute sa confiance ; et rien ne nous empêche de croire que, en effet, le roi ait fait part du secret à son confident Boisy. Aussi bien Jeanne a-t-elle avoué, même devant ses juges de Rouen, quelle avait parlé au roi de sa belle résignation, et lui avait donné un signe tiré de ses propres actions.

Tel est donc le témoignage que, d accord en cela avec Quicherat, j'accepte comme nous donnant la clef décisive du mystère. Et il va sans dire aussi que, toujours d'accord avec l'éminent historien français, je n'hésite pas à tirer, de celte aventure du « signe » livré par la Pucelle à son roi, la conclusion qui s'en dégage inévitablement, touchant la présence, chez la jeune fille, de facultés psychiques d'un ordre anormal. Quicherat, comme l'on sait, ajoute même encore, à cette révélation du « secret du roi », deux autres épisodes de la vie de Jeanne où se sont affirmées les mêmes facultés : la découverte de lépée sous l'autel de Fierbois, et la prédiction d'une blessure, non mortelle, à recevoir pendant le siège d'Orléans '-. Ces trois faits, au jugement du plus sage et du plus prudent entre les érudits, « reposent sur un appareil de preuves si solide qu'il est impossible de les rejeter sans rejeter les fondements de l'histoire tout entière... Soit que la science réussisse ou non à expli-

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