Procès, vol. III, p
■i-i LA JEA>>E D ARC DE M. ANATOLE FRANCE
allusions de Jeanne à ses réponses précédentes sont enregistrées, à plusieurs reprises, dans le compte-rendu officiel du procès. Par conséquent le témoignage de Manchon doit être tenu pour vrai, quelque désir qu'ait toujours M. France de nous représenter comme suspectes toutes les attestations favorables à la Pucelle ; et j'ajoute que le notaire de Rouen était, certes, mieux en position de connaître les faits que M. France, qui n'a pas assisté au procès, et n'a accordé qu'une attention distraite à son compte-rendu, tandis que Manchon en a suivi toutes les séances très attentivement.
Les questions posées à Jeanne étaient habilement variées, mais, aussi, souvent répétées ; et ses juges s'ingéniaient à lui lancer brusquement telle interrogation essentielle, au milieu d'un entretien sur des sujets d'importance secondaire. Tout cela afin de la confondre, épuisée comme elle était par le jeune du carême et par les horreurs de sa prison : mais elle, dans cet état, on pourrait presque dire que pas une seule fois elle ne s'est laissée confondre ni troubler. Et il y a mieux. Le compte-rendu contient, par endroits, des lacunes : or, nous voyons que Jeanne appelle l'attention des juges sur ces omissions, tout à fait comme Manchon atteste qu'elle l'a fait.
LES « SOUVENIRS CONFUS )) DE JEANNE 2d
Par exemple, le troisième jour de son interrogatoire (24 février), on lui a demandé si, « lorsqu'elle a été forcée de se rendre en France (pour remplir sa mission), elle a beaucoup regretté de n'être pas un homme. » A quoi elle a répliqué : « J'ai déjà répondu à cette question '■ » ! Or, cette question, dont nous pouvons être certains qu'elle a dû vraiment lui avoir été posée une fois précédente, ne se rencontre pas dans la relation écrite de ses interrogatoires antérieurs. De la même façon, elle alïirme avoir répondu à une question au sujet de sa prétendue prophétie à Baudricourt qu'elle aurait trois fils : sûrement, cette question lui a été posée déjà une autre fois, et cependant ni la première question ni sa première réponse ne figurent dans le compte-rendu officiel".
Un autre exemple est plus curieux encore. Le 3 mars, le questionneur dit à Jeanne : « Tu as déclaré que saint Michel avait des ailes ; pourquoi ne veux-tu rien dire des corps de sainte Catherine et de sainte Marguerite ? » A quoi elle répond : « Je vous ai déjà dit ce que je savais, et ne vous ferai point d'autre réponse ' » !