PAR M. FRANCE
Quand M. France croit avoir prouvé, à sa propre satisfaction, que presque tous les témoignages relatifs à Jeanne sont de nulle valeur, il revient à sa seconde méthode : après avoir déprécié les témoignages authentiques, il nous présente comme authentiques d'autres témoignages qu'il cite ou qu'il interprète arbitrairement. Par exemple, nous ignorons tout à fait sous quel aspect les « saints » de Jeanne lui apparaissaient. Les historiens, en général, et M. France en particulier, écrivent qu'elle voyait ses saints sous la forme dont ils étaient revêtus dans l'art du moyen âge. Or, il est bien certain que tel n'a pas été le cas. Si Jeanne avait vu ses saints sous la forme familière de leurs images, elle les aurait reconnus dès le premier abord :
LES VISIONS DE JEANNi 4i
en réalité, il lui a fallu longtemps pour les reconnaître.
M. France va plus loin. Affirmant sans l'ombre de réserve que Jeanne voyait ses saints tels qu'ils étaient représentés dans l'art du temps, il s'en rapporte, suivant son habitude, à des autorités qui non seulement ne confirment point ce qu'il nous dit, mais le contredisent expressément. « La troisième fois, en écoutant, elle sut que c'était la voix d'un ange, et même elle reconnut que cet ange était saint Michel. Elle ne pouvait se tromper, le connaissant bien : c'était le patron du duché de Bar. » A l'appui de ce point, M. France nous renvoie à quatre passages des aveux de Jeanne au procès : mais aucun de ces passages ne justifie son allégation, et nous avons, par ailleurs, la preuve que celle-ci est fausse. Il est bien vrai que, la troisième fois, Jeanne « sut que c'était la voix d'un ange » ' : mais « quel ange lui parlait, elle l'ignorait. » Semblablement, dans le passage cité par M. France pour prouver que Jeanne a reconnu ses saints à leur figure, Jeanne nous dit précisément l'opposé : « Je fus un grand nombre de fois avant de savoir que ce fût saint Michel " ».