LA PRETE.NDUE FACILITE DE LA TACHE DE JEAX.NE D'ARC
Le système de M. France exige que les Anglais se soient trouvés déjà très affaiblis et démoralisés, dès avant le jour où Jeanne s'est levée contre eux. Dans ces conditions, en effet, les succès de la jeune fille auraient été remportés sans peine, et n'auraient pas de peine à être expliqués. Or, il est bien vrai que les forces des Anglais étaient, à ce moment, très insuffisantes, et continuaient d'être encore réduites par la désertion : mais il n'est pas moins vrai que, après la terrible défaite infligée par elles à une grande armée française de renfort, le 12 février 1429, les Français n'ont plus tenté aucune démarche pour secourir Orléans. M. France dit que les « Godons » (les Anglais), en se retirant, abandonnèrent à leur sort les petites garnisons
6o LA JEANNE D ARC DE M. ANATOLE FRANCE
de Jargeau, de Meimg, et de Beaugency »* : tant ils étaient abattus et découragés ! Mais, d'autre part, M. France lui-même est forcé de nous dire que les Anglais, en se retirant d'Orléans, ont jeté leurs troupes dans ces places de Jargeau, de Meung, et de Beaugency. C'est Suffolk en personne qui a occupé Jargeau, pendant que Talbot occupait Beaugency : et ces deux places, tout de même que Meung, ont succombé devant l'approche de Jeanne et de d'Alençon, au mois de juin. On peut lire tout au long le récit de ces événements, dans le chapitre xv du i" volume : impossible d'imaginer contradiction plus flagrante ! Mais le plus curieux est que M. France, dans son édition a corrigée », maintient absolument Terreur susdite de sa Préface, estimant avec raison qu'elle sert grandement son « explication ». Il s'obstine à nous dire que les Anglais « ont abandonné à leur sort » ces places dont il va nous raconter qu'ils y sont installés au sortir d'Orléans. Et c'est lui qui accuse Jeanne d'Arc d'avoir possédé une mémoire « confuse » !
S'ils avaient fait ce qu'il nous dit là, certes les Anglais nous auraient bien fait voir qu'ils étaient