Procès, vol. III, p
LES QUALITÉS MILITAIRES DE JEANNE Si
train de me conduire! » Dans une autre, elle demande, en chemin, oii l'on va, et puis, en apprenant que c'est à Poitiers, s'écrie : « Je sais que j'y aurai bien à faire ! » \
Non, décidément, jamais nous ne pouvons nous fier aux affirmations de M. France ! Toutes ces erreurs et ces fables, dont il proclame qu'il les a puisées « aux meilleures sources », tout cela n'est qu'un produit de son imagination, inventé pour soutenir 1' « explication » qui veut que Jeanne ait été une simple d'esprit illuminée. Or, il est évident que, si Jeanne avait été vraiment 1' « idiote » que la définissait Voltaire, et que M. France s'ingénie à nous montrer en elle, la tâche qu'elle a accomplie, si facile qu'on la suppose, aurait été impossible à une telle créature, joignant à son « idiotie » un état à peu près perpétuel d'hallucination. Mais, heureusement, M. France lui-même se charge de nous rassurer là-dessus. Lui-môme nous prouve clairement que Jeanne était aussi éloignée que possible d'être une « idiote ». Dans sa conception de la bonne politique militaire, nous dit-il, Jeanne « avait en elle tout le gros bon sens du peuple », ce sens qui faisait défaut à « la cheva-
i. Journal du sièsçe d'Orléans et Chronique de la Pucelle, clans le Procès, vol. IV, pp. 128 et 209. Cf. France, vol. I. p. 214.
8i L\ JEANNE D ARC DE M. ANATOLE FRANCE
lerie française »\ En matière de diplomatie, pareillement, « on doit se garder de croire qu'elle manquait d'esprit » : au contraire, « elle s'apercevait très justement que le duc de Bourgogne amusait le roi avec des ambassades, et que Ton était joué par un prince qui enveloppait beaucoup de ruse dans beaucoup de magnificence Elle avait des idées très simples,
assurément, mais très justes sur la situation du roi de France à l'égard du roi d'Angleterre... et aussi à l'égard du duc de Bourgogne » -. Voilà ce que nous apprend M. France, quand il oublie qu'il a entrepris de nous représenter la Pucelle comme une idiote hallucinée ! Et, certes, c'est bien dans ces moments d'oubli qu'il se trouve nous dire vrai : car les témoignages les plus surs nous révèlent, d'autre part, que Jeanne, dès le 5 août 1429, a discerné et dénoncé publiquement des mensonges diplomatiques dont son roi ne s'est rendu compte qu'en avril i43o, après que ces mensonges avaient fait leur œuvre, et retardé de plusieurs années le complet affranchissement du royaume^.