‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 76 sur 108 · l'rocés, vol. 111. p. i · texte numérisé non relu

l'rocés, vol. 111. p. i

LA FORÊT DES ERREURS io3

créature de La Trémouille, personnage indigne, honte et fléau du royaume : cette prétendue dépendance de l'écuyer de Jeanne est absolument aussi fal)ideuse que sa « pauvreté ». M. France fondait son invention sur les comptes financiers de La Trémouille, récemment mis au jour. Ces comptes nous montrent La Trémouille recevant de l'argent et de son roi, et de villes à qui il promet de leur assurer une paix privée avec les Anglais et les Bourguignons ; et nous y voyons aussi qu'il fait profession de prêter de l'argent au roi, ainsi qu'à maints particuliers. Or, dans les comptes de La Trémouille, le nom de d'Aulon n'apparaît pas une fois pendant toute la durée de la vie de Jeanne. Aussi longtemps que l'écuyer est resté auprès de celle-ci, tout porte a croire qu'il n'a pas obtenu un gros de La Trémouille. Mais, plus tard, d'Aulon, combattant jusqu'au bout aux cotés de la Pucelle, fut pris avec elle, et ne put acheter sa liberté que moyennant une grosse rançon. En conséquence, durant le mois de mars i432, neuf mois après la mort de Jeanne, les registres de La Trémouille nous montrent d'Aulon empruntant à ce personnage une somme de 5oo couronnes d'or, pour un délai de deux mois, et puis encore obtenant une somme plus considérable, en association avec

io4 L.V JEANNE D ARC DE M. ANATOLE FRANCE

son frère et un autre chevalier*. Ces emprunts, naturellement, n'indiquent en aucune façon que d'Aulon, qui touchait un salaire du roi, ait « vécu de La Trémouille », comme le veut M. France. Après la mort de Jeanne, se trouvant forcé de payer sa rançon, il a simplement emprunté de l'argent au grand prêteur du temps, ainsi que le faisaient le roi lui-même et une foule d'autres personnes.

Gela encore, j'avais eu soin de le signaler à M. France ; et je dois dire que, ici, il a daigné s'apercevoir de « mon louable scrupule ». Tout en laissant intacte son affirmation, que, « d'Aulon était la propriété absolue de La Trémouille », il a ajouté, en note au bas de la page : « Les emprunts du livre de comptes sont d'une date un peu ultérieure : mais qui pourrait croire que ce fussent les premiers emprunts de d'Aulon ? » Tout le monde, en vérité, pourra et devra le croire, pour cette simple raison que, si d'Aulon avait fait déjà, précédemment, d'autres emprunts à La Trémouille, ces emprunts se trouveraient notés dans les comptes de ce dernier, parmi une foule de créances de toute origine. Et cela nous est d'autant plus évident que la créance de

Page 1