‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 8 sur 108 · I. Vol. I, p. Ji · texte numérisé non relu

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conque. Pas un témoin n'a comparu devant la cour de Rouen; et Tunique témoin dont le nom y soit cité est une femme que nous savons avoir étél'ennemie personnelle de l'accusée. Les juges, nous dit M. France, « étaient enclins à découvrir du mal dans chacun des actes et dans chacune des paroles de celle qu'ils voulaient perdre, pour déshonorer son roi. »

De sorte que, selon M. France, pour ce qui regarde les actions de Jeanne, le propre témoignage de celle-ci est, en môme temps, héroïquement sincère avec une limpidité de cristal, mais, aussi, obscur et confus, tel que le rendaient son intelligence constamment hallucinée et la « confusion » morbide de sa mémoire. Jeanne est, à la fois, un témoin excellent et détestable. Voilà ce que nous apprenons dès les premières pages de la préface du biographe : et cette fatale habitude de contradiction va se retrouver à travers tout le livre, réduisant à néant, de page en page, l'effort critique de M. France.

Quant aux accusateurs de laPucelle, lui-même reconnaît leur parti pris d'hostilité, leur résolution de ne citer aucun témoin, et tout l'ensemble des circonstances qui ont de quoi nous rendre méfiants à l'endroit de leurs affirmations. Telle est donc, suivant lui, la valeur documentaire de

L « EXPLICATION » DE JEANNE D ARC l3

ce « trésor pour l'historien » qu'est le compterendu ofliciel du Procès. Et cependant ce compterendu, toujours d'après lui, est la fine fleur des documents qui lui ont servi à « expliquer » Jeanne d'Arc M C'est en puisant surtout à cette a source » , qu'il se déclare en état de nous offrir ses « claires, raisonnables, et naturelles explications ! » Quoi d'étonnant que celles-ci, fondées sur des témoionaoes d'une valeur aussi douteuse, ne nous paraissent, en fin de compte, ni raisonnables ni claires?

L'éminent biographe nous dit ensuite, toujours dans les premières pages de sa préface : « 11 est bien certain qu'il ne restait à Jeanne, après un an, qu'un souvenir confus de certains faits considérables de sa vie » -. Nous aurons à lui demander, au fur et à mesure de notre examen, dans quelles circonstances Jeanne n'a montré qu'un « souvenir confus de certains faits de sa vie ». Peut-être n'y a-t-il pas, dans tout son livre, d'assertion plus manifestement gratuite ; et c'est plutôt M. France qui, à chaque instant, nous semble ne garder qu'un « souvenir confus » de ce

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