‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 89 sur 108 · I. Histoire de France, vol. IV. p. ■ju · texte numérisé non relu

I. Histoire de France, vol. IV. p. ■ju

Telle est, exactement, l'appréciation de Jeanne d'Arc que nous ont laissée des hommes qui étaient des historiens infiniment expérimentés, sûrs, et consciencieux, des hommes de l'espèce de Jules Quicherat et de Siméon Luce, qui, en matière religieuse, n'étaient nullement des enfants soumis de l'Eglise, mais que leur métier avait accoutumés à questionner et à interpréter les documents anciens. Et il convient encore que, à la singulière élévation morale et à l'intelligence non moins vive que nous décrit M. Petit-Dutaillis, nous ajoutions une autre qualité que, du reste, il reconnaît également : Finvincible courage de Jeanne et sa ténacité infatigable. Evidemment, nous ne voulons point réclamer pour elle le génie stratégique d'un Napoléon, d'un Moltke, d'un Frédéric, ou d'un Wellington. Jamais nous ne voyons qu'elle ait suggéré une attaque de flanc, une feinte, une diversion, ou bien l'un de ces habiles mouvements combinés au moyen desquels Saintrailles et Vendôme allaient repousser Anglais et Bourguignons du siège de Compiègne, durant rautomnc de i43o, en leur faisant perdre leurs canons, leurs provisions, et leurs matériaux de transport. Je ne sache pas l'ombre d'un témoignage nous permettant d'affirmer que Jeanne ait dé-

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ployé une intelligence militaire de cette espèce. Mais il n'en est pas moins certain que, en guerre, elle a merveilleusement compris la nécessité de frapper au centre de la domination étrangère, et, suivant l'expression d'un mémoire bourffuiirnon à l'adresse des Anglais, d' « étouffer le cœur môme du royaume ». Elle a compris, aussi, la nécessité d'agir promptement: tous ses mouvements ont toujours été extrêmement rapides. Et enfin, et surtout, pour remplir le rôle de chef dans une situation désespérée, personne n'aurait pu égaler cette jeune fille indomptable, dont la seule présence, avec l'auréole romanesque de sa bravoure au plus épais des flèches et parmi le fracas de l'acier, sullisait pour inspirer un réconfort inhni. Plus (pie personne jamais, Jeanne avait en soi le « don d'encouragement ». A Troyes, selon le témoignage de Dunois, elle déployait plus d'énergie et d'adresse pour organiser un assaut contre les remparts de la ville que n'auraient pu en montrer les meilleurs et plus braves chevaliers de l'Europe entière. Le vétéran Gaucoiirt s'accorde pleinement (pcr omnia concordai] ^ avec Dunois sur la conduite de Jeanne dans cette circonstance, oii

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