‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 90 sur 108 · I. Proicn, vol. m, p i · texte numérisé non relu

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il se trouve avoir été mêlé en personne. Les chroniqueurs bourguignons, malgré leur hostilité, reconnaissent l'admirable courage de Jeanne à Compiègne, et son incessant sacrifice de soi-même. Ignorant la lassitude, elle dormait tout armée. Pendant la semaine des victoires (12-18 juin', elle n"a pas eu un seul moment de défaillance corporelle ni morale. Et quant à son désir que ses soldats s'abstinssent de débauche, de brigandage, et de sacrilège, libre à son nouveau biographe de railler sa pruderie de « béguine » : mais il est trop évident, comme l'observe encore M. Petit-Dutaillis, qu'elle n'avait pas d'autre moyen d'établir la discipline, indispensable au succès de son entreprise. Dans ses fonctions de chefmilitaire, elle se préoccupait des âmes aussi bien que des corps de ses hommes, ce qui semble aujourd'hui enfantin et absurde à l'esprit scientifique de l'école de M. France : mais il faut se rappeler qu'elle était une femme de son temps, et que sa méthode était celle de Cromwell, celle des plus grands conducteurs d'hommes de toute l'histoire de jadis.

Or, toutes ces constatations étant d'une vérité indiscutable, force nous est bien d'admettre qu'une telle capacité militaire, chez une petite paysanne de dix-sept ans, « étonne la raison et

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rimagination ». Telle était, chez Jeanne, la finesse de discernement, comme nous l'avons déjà vu, qu'elle a deviné longtemps avant les plus subtils politiciens le caractère mensonger des négociations ouvertes par les Bourguignons après le couronnement du roi Charles VII : son avis au peuple de Reims ne laisse aucun doute sur ce point. Elle comprenait la diplomatie bourguignonne aussi clairement qu'elle avait compris l'irrésolution des Anglais à Oi^Iéans. Ceux-ci, suivant elle, ne bougeraient point de leurs forts pour attaquer la première ni la seconde des armées de secours. Dunois et tous les chefs français étaient d'un avis opposé : mais l'avis de Jeanne s'est trouvée justifié. C'est Dunois qui nous apprend qu'elle a insisté pour décider la marche vers Reims, et cela non seulement afin d'obéir à l'inspiration de ses voix, mais avec la pensée, toute pratique, que la cérémonie du sacre renforcerait de beaucoup la cause de Charles en lui gagnant une foule de sujets qui, jusqu'alors, s'étaient tournés vers le parti anglais'. Et, une fois de plus, Jeanne avait raison : simplement de par le fait du sacre de Charles, un grand nombre de villes ouvrirent à

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