I. Procès, vol. I, pp. !i'iy:t
ii8 LA JEA>'>E D ARC DE M. ANATOLE FRANCE
J'aurai accompli la tâche que je me suis proposée, clans ce petit essai critique, si le lecteur en emporte l'impression que Jeanne d'Arc, contrairement aux conclusions du livre de M. France, occupe à bon droit la place historique que lui ont assignée des biographes aussi consciencieux et savants que Tétaient Jules Quicherat et Siméon Luce. Je crois avoir prouvé que M. France, en nous représentant la Pucelle comme hallucinée au point d'être incapable de distinguer le vrai du faux, et comme possédant une mémoire trop confuse pour se souvenir clairement des événements de sa propre carrière, s'est simplement appuyé sur la découverte imaginaire de faits dont aucun témoignage ne confirme l'existence. Pareillement, j'ai essayé de montrer que l'écrivain français soutient une théorie absolument gratuite et impossible en attribuant à la mission de Jeanne une origine cléricale, et en décrivant la jeune fille comme secrètement « soufflée » par des prêtres. M'appuyant sur le témoignage du régent anglais de France, le duc de Bedford, j'ai rappelé que l'action de Jeanne, bien loin d'avoir été insignifiante, comme le voudrait M. France, a eu pour eftet de faire perdre aux Anglais, en trois mois, une grande partie de leurs conquêles, et de leur aliéner le concours