‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 95 sur 108 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

LL — Page 21-22 : D'après AL France, le duc de Bedford, dans une lettre publique à Charles VII, aurait représenté Jeanne comme une « puissance surnaturelle ».

En réalité, Bedford, dans cette lettre, ne dit rien de pareil. 11 se borne à appeler Jeanne « une femme superstitieuse, désordonnée, et dilfamée ». Ce n'est que quatre ans après, dans un mémoire de décembre i.'j'ï'i, qu'il a attribué la ruine de la cause anglaise à Jeanne, considérée cette fois comme « un membre du diable. » Dans tout ce passage, d'ailleurs, M. France lâche les rênes à sa fantaisie. 11 écrit : « On voit, par la lettre de Bedford, comment les Anglais avaient transformé une enfant innocente en une créature surhumaine..., en une larve sortie de l'enfer et devant qui les plus braves pâlissent. » Parmi les références de la note 3 figure la mention : « Rymer, Fœdera, t. IV, p. 141 ». M. France devrait savoir que les allusions de Rymer à la terreur causée par la Pucelle ne sont qu'une interpolation gratuite de Rymer (en 1710) dans les documents de iV-^^^-iV^o.

LU. — Page -Il : « Celte grande cité de Paris que ses voix, trop écoutées, lui avaient promise. » A l'appui de cette promesse, la note 4 cite le « Procès, t. I, pp. a 46 et ■298, » Or, la page 24G ne fait aucune mention d'une promesse des Voix : Jeanne y exprime simplement son désir personnel d'être « à Paris ». Dans la page 298, ce sont ses ennemis qui déclarent que, à l'assaut sur Paris, elle a annoncé son succès « par révélation » : mais Jeanne a toujours nié qu'elle ait eu une révélation de ce genre. La dernière référence, une lettre attribuée à Alain Chartier, représente en effet Jeanne comme ayant reçu de ses voix une promesse de succès à Paris : mais cette assertion de la lettre ne saurait être tenue pour vérité historique. Toute la lettre d'Alain n'est qu'un exercice de l'hétorique assez grotesque ; et la promesse du succès personnel de Jeanne à Paris y apparaît dans un discours que ses V'oix lui tiennent à Domrémy, Cf. le témoignage de Seguin dans le Procès, t. III, p. io5.

LUI. — Page 37 : « Son aspect robuste. » La note 2 cite

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le « Procès, p. 100 ». Dans cette page, d'Aulon ne parle nullement de « l'aspect robuste » de Jeanne, mais dit seulement qu'elle avait « une belle poitrine », ce qui nest pas du tout la même chose. Quant à la lettre de Boulainvilliers, également citée à l'appui de « l'aspect robuste » d^ Jeanne, nous y lisons simplement /ixc puella competentis est clegantiœ. L'auteur vante l'élégance, et non point la force, de la ligure de la jeune fille. Enfin l'autorité de Philippe de Bergame, pareillement alléguée par xM. France, n'a pas d'autre valeur que celle d'un romancier écrivant à une date très éloignée des faits. L'existence, chez Jeanne, d'un « cou large et fortement ramassé sur les épaules » ne repose que sur les mots collum modiciiin d'une prophétie fabriquée [Procès, t. III, p. 3/(5).

LIV. — Page /| I : « La Pucelle ne donnait pas ordres aux gens de guerre ». Ce qui est sûr, tout au moins, c'est que les ennemis mêmes de Jeanne nous affirment qu'elle « donnait ordi'es ». (Procès, t. I, p. 298.)

LV. — Page 56 : « Jeanne faisait tomber sur la tête de ces innocents trois gouttes de cire ardente. » La note I cite le « Procès, t. I, p. 3o4 », mais il semble avoir échappé à M. France que, dès la page suivante, Jeanne conteste et nie formellement l'accusation stupide d'avoir jamais recouru à « cette espèce de divination ». Quantum ad candclas accensas et distillatas , negat.

LYI. — Page 017 : « On a dit que Jeanne observait les murs de Paris, et cherchait le meilleur endroit où donner l'assaut. » C'est, en effet, ce que nous affirme le contident de d'Alençon, qui, ce jour-là chevauchait à côté de Jeanne pour reconnaître les lieux [Procès, t. IV, p. 1^). Cependant, M. France écrit : « La vérité est que, sur ce point eomme sur tous les autres, elle s'en rapportait à ses voix. » Mais les documents ne mentionnent pas un seul cas, dans toute la vie de Jeanne, oîi ses voix aient dirigé le détail de sa conduite militaire. Pareillement, RI. France

chercherait en vain l'ombre d'un témoignage pour confirmer laveuglement de Jeanne aux choses terrestres, tel qu'il nous le représente un peu plus haut (page 04).

LVII. — Page 64 : « Le Régentleur abandonnait Paris d'avance... Au lendemain de la victoire de Patay, il alla s'enfermer dans son château de Vincennes. » La note 5, cite la page '297 de la Chronique de la Pucelle. Or, ce passage ne parle nullement de la bataille de Patay, mais bien de la délivrance d'Orléans.

LVIIL — Page 78 : « Opération de très grande importance, proposée et décidée, sans aucun doute, en conseil, et à laquelle, par conséquent, le roi n'était ni contraire, ni étranger, ni indifférent. » L'opération dont parle ainsi M. France est l'attaque de Paris (8 septembre 1429) ; et l'auteur ajoute que les forces royales « ne venaient pas escarmoucher, ni faire quelques vaillances en armes ». Or, ceci est en contradiction avec les deux témoignages de Fauquembergue, qui se trouvait dans la ville, et de Jeanne, qui était avec l'armée française. Celleci (Procès, t. I, pages 14G-147) déclare que tout le monde, à l'exception d'elle seule, n'entendait que faire une démonstration, « une escarmouche ou vaillance ». Et Fauquembergue, de son côté, écrit que les forces attaquantes « faisaient semblant de vouloir assaillir ladite ville de Paris » (Procès, t. IV, p. 456). Quant à la première des affirmations de jNL France, celui-ci la fonde sur de nombreuses pages du Procès : « T. I, pp. -.440, 24G, -298 ; t. III, pp. /l'iS, 427; t. V, pp. 97, 107, i3o, 140. » Or, de ces neuf passages, le seul qui mentionne l'attaque sur Paris est celui de la page 298 du tome I, oîi les accusateurs de Jeanne, sans dire un mot d'aucun « conseil royal », assurent que c'est Jeanne elle-même qui a rassemblé toute l'armée de Charles pour assaillir la ville. Les huit autres passages ne contiennent que des allusions générales, de dates diverses, à un projet de marche sur Paris.

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Aussi bien, le gros de l'armée royale n'a-t-il pas été au feu un seul instant : l'attaque n'a commencé qu a deux heures après-midi, et n'a rien été de plus qu'une « escarmouche ». D'ailleurs, M. France lui-même paraît s'être rendu compte que le roi, le jour du 9 septembre, ne voulait point permettre un assaut, puisqu'il nous dit que Charles « pensait ravoir la ville sans assauts, avec la connivence de plusieurs bourgeois » (p. 83).

LIX. — Page 77 : » On suppose que ces hommes de guerre connaissaient les profondeurs de la fosse, mais qu'ils ne dirent rien à la Pucelle, souhaitant qu'il lui arrivât mal ». La note 2 cite « La Chronique de la Pucelle, page 333 ; Jacques Chartier, Chronique, t, I, p. 109 ; le Journal du Siège, p. 127 ; et les Vigiles de Martial d'Auvergne. » Tels qu'ils sont publiés par Quicherat dans le Procès, pas un seul de ces quatre témoignages ne justifie l'assertion de M. France.

LX. ■ — Page 85 : « Etait-ce l'épée de sainte Catherine ? On le crut, et non, sans doute, à tort ». Ceci veut dire que l'on a eu raison de croire que Jeanne avait brisé l'épée de Fierbois sur le dos d'un suiveur de camp. A l'appui, la note 3 cite le témoignage de Jeanne au Procès, t. I, page 7G. Mais Jeanne, dans ce passage, ne dit pas un seul mot de la rupture de l'épée ; et dans la page suivante (t. I, p. 77) elle nous apprend au contraire qu'elle a conservé l'épée jusqu'à la fm d'avril i43o, date où elle a préféré en employer une autre, évidemment parce qu'elle savait être prise, et n'entendait pas exposer l'épée de Fierbois à tomber entre les mains anglaises.

LXI. — Page 93 : « L'évèque de Thérouanne, chancelier d'Angleterre ». Probablement M. France a voulu dire « chancelier de France », sous la domination anglaise,

LXII. — Page 9/, : « La Charité, qu'on avait laissée aux mains des Anglais. » En réalité, cette ville était « aux

mains » du routier Gressart, qui, nominalement sujet du duc de Bourgogne, pillait avec une impartialité parfaite Bourguignons et Français (Voyez Lowell, Joan of .4rc, p. i83).

LXIII. — Page 96 : « Jeanne voyait saint Michel en armes. » La note 3 renvoie à la table analytique du Procès, X., V, au mot Michel. Mais nulle part, ni dans la Table analytique, ni dans le corps du Procès, il n'est dit que Jeanne ait vu « saint Michel en armes ».

LXIV. — Page 97 : « On disait que frère Richard était leur beau-père, il les endoctrinait ». La note 3, cite le « Procès, t. II, p. '(DO », qui n'a aucun rapport avec ce sujet.

LXV. — Page 120 : « Le 3 mars, elle suivit le roi Charles à Sully. » La note 1 cite le « Procès, t. V, p. 109 », où se trouve, en effet, sous cette date, une lettre dictée par Jeanne. Mais M. Finance observe très justement, un peu plus loin (p. i-i'i), que la date véritable de la lettre est le « 23 mars ». D'où il n'est guère possible de conclure que, « le 3 mars, Jeanne ait suivi le roi à Sully ».

LXVI. — Page 137 : « Plusieurs Anglais renâclaient, épouvantés par les enchantements de la Pucelle ». Cette assertion vient d'un auteur anglais, Rymer, en 17 10, et ne repose sur aucun témoignage antérieur. Rymer a inventé la chose de toutes pièces.

LXVII. — Page i5i : « Cette vierge qui, naguère, dans les batailles, n'avait d'arme que son étendard. » Or, il est notoire que Jeanne avait toujours, en plus de son étendard, son épée, son poignard et sa hache de combat, encore qu'elle affirme « ne s'être pas servie de son épée » {Procès t. III, p. ao5), et « n'avoir jamais tué personne » (Procès, t. I, p. 78).

LXVIII. — Page 168 :« Elle avait promis, dit-on, à ceux de la ville, de déconfire les Bourguignons, et de l'amener prisonnier le duc Philippe. » M. France ne cite aucun

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témoignage sur ce point, et le seul que nous possédions est des plus suspects, venant d'un chroniqueur bourguignon (Procès, t. IV, p. 4^8)-

LXIX. — Page 178 : « Elle se rendit à lui ». C'est ce que Jeanne a toujours nié. « A aucun homme jamais elle n'a donné sa foi » (Procès, t. I, p. 47). En prison elle a refusé de donner sa parole de ne pas chercher à fuir; à Compiègne. elle a refusé de se rendre (Cf. de Cagny dans le Procès, t. IV, p. 34).

LXX. — Page 187 : « Nous avions déjà trouvé des raisons de croire que, à la fin de mars, l'archevêque de Reims demanda au sire de la Trémouille d"envo}'er Jeanne, de SuUv, avec une belle compagnie, pour guerroj-er dans rile de France. » Ceci paraît se rapporter à un passage du vol. II (p. i35i, contenant la citation d'une lettre de JeanneàlavilledePieims.]Maislalettreestdu iGmars 14^0, et Jeanne y promet seulement de venir à Reims si la ville se trouve attaquée.

LXXI. — Page 2o3 : (.< Sire Aimond... la trouva fort agréable de sa personne. » La note 3 cite le a Procès, t, II, pp. 438 et 457; t. III, pp. i3, 19 ». Mais aucune de ces pages ne fait mention d'Aimond. Cf. Procès, t. III, p. 121.

LXXII. — Page lu) : « Jean Xaviel s acquitta exactement de sa mission auprès de la Pucelle. » La note i cite le « Procès, t. I, pp. 95, 9G, 23 1 ». Ces pages ne contiennent pas un mot relatif à Jean Xaviel et à sa mission auprès de Jeanne.

LXXIII. — Page 2'2G. « Une partie des ouvertures ayant été bouchées, Ion n'y voj-ait plus très clair ». La note 7 cite le ((Procès, t. II. p. 7». Cette page ne renferme aucune mention du fait.

LXXIV. — Page 227 : « Un apprenti maçon vit passer la cage. » La note 2 cite le « Procès, t. Il, p. 36 » qui n"a pas un seul mot sur le sujet. La référence véritable

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est Procès^ t. III, p. i<So, où nous lisons que le prélendu « apprenti » était âgé de vingt-huit ans.

LXXV. — Page 23G, note -i : M. France cite les EecAc/c7(es de Beaurepaire, pp. 3^1 et suiv. ». xMes propres recherches ne m'ont point permis de découvrir ces pages elles-mêmes dans l'ouvrage de Beaurepaire.

LXXVI. — Page 2GG:« En France, elle avait faitplusieurs récits merveilleux de couronnes. » La note -2 renvoie au « Procès, t. I, pp. I20, 122 ». Ces pages ne disent pas un mot de tels « récits >} faits par Jeanne « en France » : mais l'auteur se plaît à insister sur cette fable de son invention.

LXXVII . — Page 280 : « Les docteurs trouvaient qu'elle variait dans ses réponses. » La note 5 cite le « Procès, t. I, p. 34 », qui ne dit absolument rien à cet effet. On pourra voir, à la page j\ du tome I, une « variation » de Jeanne dans ses réponses sur les motifs qui lui ont fait porter le costume masculin.

LXXVIII. — Page 3Gj. « On les accusait de favoriser les erreurs de Jeanne; » La note \ cite le « Procès, t. II, p. jj », qui ne fait aucune mention de la chose.

LXXIX. — Page 38 1 : La dernière phrase tout entière est mal traduite. Le texte ne dit pas que la « cédule », — la confession des méfaits de Jeanne, — « lui ait été lue », maisseulementqu'elle aété « récemment lue», nuper lecta, aux juges assemblés. De plus, « la sentence une fois portée par les juges « n'équivaut nullement aux mots latins : et, liis peractis, nos judices declarabinius eam heretica/n. En fait, les votes des assesseurs ont été négligés, et ces assesseurs n'ont nullement, à cette date, déclaré Jeanne hérétique.

LXXX. — Page 3g'2 : « Elle demanda pardon... au roi Henri, aux princes anglais du royaume. » La note i cite le « Procès, t. II, p. ig, et t. III, p. 177 ». Ces deux pages ne font aucune mention d'une demande de pardon à ces personnages.

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