‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 111 sur 114 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Ne nous cache rien, de grâce, pour que nous puissions pleuker avec toi son infortune et la nôtre.

SYLVIE

Hélas! je n'ose approcher pour entendre ce qu'il m'est pourtant force d'ouïr. 0 mon cœur impie, cœur de rocher, de quoi, de quoi t'épouvantes-tu ? Presse au contraire ce beiger de faire le r-écit qui montrera toute ta cruauté. — Je partage, berger, la douleur que tu viens répandre ; il m'ap partient même de la ressentir plus que tu ne penses sans doute, Bt je la reçois comme une peine méritée. Ainsi parle-moi de tui sans réticence.

ERGASTE

Nymphe, je te crois bien, car j'ai entendu l'infortuné mourir ton nom sur les lèvres.

DAPHNÉ

Commence donc enfin ce douloureux récit.

ERGASTE

J'étais à mi-côte de la colline où j'avais tendu mes filets, quand je vis, non loin de moi, passer Aminte sombre et bouleversé. Je courus sur ses pas, et si promptement, que je l'atteignis et l'arrêtai. Ergaste, me dit-il, j'attends de toi un grand service ; viens avec moi pour témoigner de mon acte ; mais, avant tout, je veux que tu m'engages ta foi par serment de rester à distance, et de ne pas mettre obstacle à ce que je vais accomplir. Moi, selon qu'il voulait (qui jamais eût imaginé un si étrange dessein et une fureur si folle !), je fis des serments terribles, invoquant et Pan, et Paies, et Priape, cl Pomone, et la nocturne Hécate. Alors, reprenant sa route, il me conduisit vers une colline escar^jée, où, parmi des rocs et des débris incultes, un précipice descend dans la vallée. Là, nous nous arrêtâmes. Jetant les yeux en bas, je reculai d'épouvante ; mais Aminte, par un sourire tranquille, me rassura. « Raconte aux bergers et aux nymphes ce dont tu seras témoin, me dit-il ; puis, i^gardant au fond de l'abîme : « C'est par la gueule et les dents des loups avides que je voudrais

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mourir, si j'en pouvais disposer comme de ces rocs. Je voudrais que mes membres fussent déchirés, liélas! comme l'ont naguère été ses membres délicats. Mais, puisque le c^-hI refuse à mon désir les animaux féroces qui seraient de moi bienvenus, je prendrai une autre voie pour mourir, et, bien que je ne dusse pa*' la prendre, cette voie du moins sera la plus courte. Sylvie, je vais te suivre, et m'unir à toi, si tu ne le déd:iignes ; je mourrais content, si j'avais la certitude que ma venue ne troublera point ton repos, et qu'avec ta vie eût cessé ton dédain. Sylvie, je vais à toi. » A ces mots, il se jette de la iiauteur en bas, et je reste glacé de frayeur.

Pauvre Aminte !

Hélas !

DAPHNE

SYLVIK.

LE CHCELR.

Pourquoi ne le retins- tu pas ? fut-ce tes serments qui l'en empêchèrent ?

ERGASTE

Non pas, car, les méprisant en une telle circonstance, dès que je compris sa résolution funeste, je m'élançai ; mais, ainsi le voulait son cruel destin, je l'ai saisi par sa ceinture de soie, qui, ne pouvant soutenir son effort ni sa pesanteur, m'est restée rompue dans la main,

LE CHŒUR

Et que devint le corps de l'infortuné ?

ÉRGASTE.

Je l'ignore. J'étais si plein d'horreur et de pitié, que je n'eus pas le cœur de regarder au fond du gouffre, et d'y voir ses membres en lambeaux.

Étrange malheur!

LE CHOEUR

SYLVIE

Ah ! j'ai vraiment un cœur de rocher, puisque cette nouvelle ne me tue pas. Si la mort controuvée de celle qui lui

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