‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 112 sur 114 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

portait tant de haine lui a ravi le jour, il serait bien juste que la mort certaine du berger qui m'aimaittantm'enlevàt la vie. ^i la douleur ne peut me l'arracher, ce sera du moins le fer, ou bien cette ceinture qui n'a point suivi son doux maître dans sa perte, et qui demeure uniquement sans doute pouivenger en moi ma rigueur impie et sa fin déplorable. Ceinture, malheureuse ceinture d'un maître plus malheureux encore, ne t'offense pas de rester en des mains si odieuses ; je ne te garde que pom' faire de toi un instrument de vengeance et de châtiment. Le pauvre Aminte devait certes m'avoir en ce monde pour compagne ; puisque je ne l'ai pas voulu, je serai, par ton secours, sa compagne aux Enfers.

LE CHCEÛR.

Console-toi, pauvre Sylvie ; la fortune est en cela coupable^ et non pas toi.

SYLVIE

Bergers, de quoi pleurez-vous ? Si vous pleurez sur ma doulem', je ne mérite pas la pitié, n'ayant pas su la connaître. Si vous pleurez la fin d'une victime innocente, c'est une faible marque d'un si grand malheur. El toi, Daphné, parle ciel, essuie tes larmes, si j'en suis la cause. Viens, je t'en conjure, non pour moi, mais pour lui, si digne de pitié, viens et cherchons ensemble ses restes infortunés et donnons-leur la sépulture. Ce soin-là seul me retient à la vie. Si je ne peux rien de plus, je veux au moins rendre ce devoir à l'amour qu'il me porta. Et, bien que cette main cruelle puisse profaner ce pieux office, je sais que l'accomplissement lui en sei-a cher: sa mort n'est qu'une preuve trop ceitaine de son amour.

Je consens à t'aider en ces soins religieux ; mais rejette la pensée de mourir ensuite.

SYLVIE

Jusqu'à cette heure j'ai vécu pour moi seule, tout entière à ma cruauté. Maintenant, les jours qui me restent, je A'eux les vivre pour Aminte, ou sinon pour sa froide dépouille. Au delà je ne saurais vivre en ce monde j ses funérailles seront ainsi

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le terme de ma vie. Mais, dis-nous, berger, quel chemin conduit au vallon où tombe le précipice ?

ERGASTE

Celui que voilà y mène, et d'ici la dislance est courte.

DAPHNÉ

Partons, je vais avec toi et te guiderai, car 3e me rappelle bien l'endroit.

SYLVIE

Adieu, bergers ; plaines, adieu ! adieu, forêts ; fleuves, adieu !

ERGASTE

A l'entendre, on dirait qu'elle se dispose à l'éternel départ.

LE CHOEUR

Ce que la mort renverse. Amour, tu le rétablis. Ami de la paix, comme elle de la guerre, tu triomphes de sa puissance et tu règnes. En unissant de tes liens deux belles âmes, tu fais la terre semblable au ciel, car tu ne fuis ni ne dédaignes son séjour. Les colères ne sont plus ici-bas ; tu rends doux les hommes, et tu bannis la haine des cœurs pleins de mansuétude. Tu apaises mille fureurs, et par ton suprême pouvoir t« environnes d'une éternelle harmonie les choses mortelles.

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