‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 45 sur 114 · LA JEÏIUSALE5I DELIVREE · texte numérisé non relu

LA JEÏIUSALE5I DELIVREE

s'inquiéter des imprécations humaines. Dieu, environné de ses splendeurs, éblouit même les yeux les plus purs ; autour de lui sont d'innombrables immortels qui jouissent à divers degrés d'un bonheur toujours égal.

Les saints concerts des chœurs bienheureux font retentir de joie le séjour céleste. Dieu appelle à lui Michel, qui sous une armure de diamant étincelle et brille. « Ne vois-tu pas, lui ditil, ces cohortes impies de l'enfer qui se sont armées contre mon trouptau fidèle et chéri, et se sont échappées des gouffres de la mort pour troubler le monde ?

«Va; dis-leur qu'elles laissent désormais aux guerriers les soins du combat qui les regarde; qu'elles n'infectent plus de leurs poisons le royaume des vivants et les campagnes sereines du ciel ; qu'elles retournent aux profondes ténèbres de l'enfer, séjour digne de leurs justes châtiments; que là elles se torturent elles-mêmes, et torturent les âmes de l'Abîme. Ainsi je l'ordonne, ainsi je le veux. »

Il dit ; — et le chef de la milice ailée s'incline avec respect aux pieds de l'Éternel : puis il déploie ses ailes d'or, et son vol est si rapide, qu'il devance même la pensée. Il traverse les régions brûlantes cl lumineuses, séjour permanent des bienheureux; il considère le limpide azur du ciel, et le cercle mouvant des étoiles.

11 voit rouler à gauche Saturne et Jupiter, de phases et d'aspects différents, et tous ces astres lixes qu'une puissance divinement et dirige. Puis, des plaines lumineuses et rayonnantes du jour éternel, il descend aux régions des tonnerres et des pluies, où le monde, se détruisant lui-même, meurt et renaît de ses ruines.

LXU.

11 arrive, et au battement de ses ailes se dissipent les épaisses ténèbres et les sombi-es horreurs. La nuit se dore des divins rayons que jette son étincelant visage. Tel le soleil étals dans

les nues, après la pluie, ses belles couleurs ; telle une étoile^ filant dans l'espace, tombe au sein de la terre. Lxni.

Joignant enfin les bandes infernales qui allument et aiguillonnent la fureur des Infidèles, il se balance dans les airs sur ses ailes vigoureuses, et, agitant sa lance, il leur dit : « Vous devriez pourtant savoir quelle foudre redoutable lance le roi du monde, ô vous, orgueilleux encore au sein de l'opprobre, au sein des plus cuisantes tortures et de misères affreuses.

a II est e'crit au ciel que devant le saint étendard Sion ouvrira ses portes, et que ses murailles tomberont. Pourquoi lutter contre le destin ? pourquoi provoquer la colère de la cour céleste? Maudits, aUez donc en A'otre royaume, royaume de peines et de morts éternelles. Que vos guerres et vos triomphes ne dépassent point l'enceinte de vos prisons.

« Là, donnez un librfe cours à vos cruautés ; là, sur des coupables exercez toute voti 3 puissance, au milieu des cris éternels, des grincements de dents et des chaînes ébranlées qui bruissent. » Il dit ; et de sa lance fatale il presse et frappe les plus tardifs. Eux, n'abandonnent qu'en gémissant les belles régions de la lumière et des étoiles d'or.

Us revolent aux abîmes pour accroître sur les damnes leurs tortures habituelles. La mer ne voit point passer d'aussi grandes bandes d'oiseaux allant chercher des soleils plus cléments , ni l'automne tomber sur le sol, aux premiers froids, tant de feuilles arides. Délivré d'eux , le monde dépouilîo son morne aspect et se rassérène.

Mais la fureur et l'audace sont loin de s'éteindre au cœur d'Argant, quoique Alecto ne l'embrase plus de ses feux , et ne l'agite plus de son fouet infernal. Il fait tournoyer son glaive • dans les rangs les plus épais et les plus serrés; il moissonne les têtes le^lus vulgaires comme les plus glorieuses, le chef comme le soldat.

LXVUI.

Non loin de lui, Clorinde jonche la plaine de membres mu-

liles. Elle plonge son cpdcdaiisle sein de Bérenger.au milieu (lu cœur siège de la vie, et ce coup pénètre si profondënier.t, que le fer sort sanglant par le dos. Puis , elle frappe Albin au gosier, et fend le visage à Gallus.

Elle coupe la main droite à Garnier, qui l'a blessée d'abord. Cette main à demi vivante étreint encore le fer de ses doigts palpitants j on dirait la queue d'un serpent qui, séparée du corps, cherche en vain à s'y réunir. La guerrière l'abandonne, et, se tournant vers Achille, fait tomber sur lui son t'pée.

Le coup porte entre la nuque et le cou. Les nerfs sont rompus, la gorge tranchée, et la tête roule avec le tronc dans la poussière. Spectacle horrible ! le corps reste assis sur la selle ; mais, libre du frein , le coursier s'en débarrasse en bondissant.

Tandis que l'indomptable guerrière enfonce et abat les troupes d'Occident, l'altière Gildippe, de son côté, ne fait pas im moindre massacre des Sarrasins. Toutes deux du même sexe, elles sont d'une valeur et d'une audace égales ; mais elles ne trouvent pas l'occasion de se mesurer ; le destin leur réserve de plus redoutables adversaires.

Elles se précipitent l'une contre l'autre, sans pouvoir fendre la foule compacte qui les sépare. Mais le généreux Guelfe fond alors sur Clorinde, et teint son épée dans son beau flanc, qu'il offense d'une légère blessure. Elle lui riposte cruellement par un coup de pointe, dont elle le frappe entre les côtes.

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